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La montagne Diakité

Quasiment toujours remplaçant depuis son arrivée à Rome en 2006, Modibo Diakité est en train, enfin, de s’affirmer à la Lazio Rome. Profitant de la blessure d’Andre Dias, le Français progresse à pas de géant. Et ce n’est que le début.

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Soyons francs. Dans un club qui a vu grandir Alessandro Nesta, le plus élégant de tous les défenseurs de la dernière décennie, Modibo Diakité faisait tache. Pas de quiproquos. On parle bien là de son style. A chaque fois qu’il prenait sa place en défense centrale, c’était au petit bonheur la chance. Soit des interventions complètement ratées, soit des fautes affreuses. Non, ce n’est pas vraiment la classe à l’italienne. Diakité se montre même un peu gauche, maladroit, mettant toujours trop d’entrain et de fougue dans chacune de ses interventions. Alors, inlassablement, il finissait sur le banc, et ce, malgré les entraîneurs qui se sont succédé sur le banc de la Lazio. Pourtant, depuis le début de l’ère Lotito, en 2004, le club biancoceleste n’a jamais connu un immense défenseur central. Fini, le temps des Mihajlovic, Nesta et autres Jaap Stam. Il y avait de la place pour lui. Mais le grand Modibo a pris son mal en patience, a accepté les critiques, a écouté les conseils. Il y a quelques semaines, les deux défenseurs centraux de la Lazio, Andre Dias et Giuseppe Biava, se blessent. C’est l’occasion. L’occasion rêvée de prouver qu’il est capable de mettre en pratique tout ce qu’il a emmagasiné. Et là, bingo. La Bête est devenue belle, le maladroit a laissé place au puissant et vigoureux. Depuis qu’il est titulaire, son équipe a encaissé trois buts en huit matches, toutes compétitions confondues. C’est peu. Et qu’on se le dise : Diakité y est pour quelque chose.

« C’est le défenseur le plus fort »

Pourtant, tout ceci aurait pu ne jamais arriver. Cet été, Diakité a en effet failli quitter la capitale italienne. Lecce lui a longuement fait les yeux doux. Lui a fini par refuser. Puis c’est le LOSC qui a tenté une approche. Un autre refus. Lui ne voulait que Rome, et que la Lazio, même s’il ne fallait se contenter que de quelques bribes de matches en Coupe d’Italie et en Europa League. Mais le destin en a voulu autrement. Les deux blessures de Biava et Dias ont obligé Edy Reja à remettre les clefs de son arrière-garde au défenseur français. Quelques matches plus tard, le technicien ne regrette pas ce choix forcé. « Diakité a fait des pas de géant. L’important, c’est qu’il conserve son humilité. Tant de fois, il se motive, il part à l’abordage et il veut faire quelque chose. Il doit jouer avec simplicité. Il a une puissance physique extraordinaire et il est train de s’améliorer sur le plan technique  » assure le coach. Des compliments repris par Andre Dias lui-même, plutôt fier que Diakité, de huit ans son cadet, réussisse enfin à s’imposer. « Je pense que c’est le défenseur le plus fort que nous ayons et je ne le dis pas juste parce que je l’adore, mais parce que c’est la vérité. Il arrive d’une série impressionnante de grands matches et c’est juste de le souligner. Et puis, il a bien travaillé, et c’est un grand joueur » assure-t-il. En effet, Diakité a mis au placard tous ses défauts des saisons précédentes et s’impose même comme l’un des tout meilleurs de ce début de saison en Italie. Et peu importe si les adversaires en face s’appellent Cavani, Lavezzi, Giovinco ou Matri.

Promesse, Bête, avenir

Son abnégation a donc payé. Et il n’y a qu’à regarder ses statistiques pour comprendre que le natif de Bourg-la-Reine a bien fait de ne rien lâcher. 3 matches en 2006, un seul en 2007, 9 en 2008, 19 en 2009 et 9 en 2010. Moins de 50 matches en cinq ans. N’importe quel jeune joueur de son âge serait parti faire ses armes ailleurs, dans une division inférieure, par exemple. Mais non. « Diaki » est plutôt le genre à avoir des idées fixes. Après cinq années en tant qu’éternelle promesse, la sixième semble, enfin, la bonne. Ses points faibles, le manque de tranquillité et la trop grande fougue agonistique, semblent enfin dépassés. Arrivé de Pescara à l’âge de 19 ans, Delio Rossi, son premier entraîneur à Rome, préfère ne pas le lancer trop vite dans le grand bain pour « ne pas le brûler » . De graves blessures au tibia ralentissent par la suite sa progression. Lorsqu’il débarque, en février 2010, Edy Reja juge que Diakité n’est « pas encore mature » . Mais le club a toujours cru en lui, au point de renouveler son contrat jusqu’en 2013. Aujourd’hui, à 24 ans, celui qui était surnommé « la Bête » lors de ses premiers pas en France, sait que sa persévérance va être récompensée. Les deux titulaires, Biava et Dias, ont respectivement 34 et 32 ans. L’avenir est donc ailleurs, comme le souligne Diakité lui-même. « Le présent, c’est Dias et Biava. Moi, je suis le futur parce que je suis plus jeune qu’eux et avec Radu et Cavanda, nous sommes l’avenir. Je pense que j’ai eu la chance d’avoir du temps de jeu cette année pour prouver ce que je sais faire. L’expérience de Biava et Dias m’aide beaucoup » affirme-t-il. Et humble, avec ça.

Anti-Di Natale

Demain soir, Diakité devrait à nouveau être titulaire pour la réception de l’Udinese. Il aura face à lui l’attaquant le plus redoutable en Italie, Antonio Di Natale. Un sacré défi. L’Udinese, d’ailleurs, rappelle des bons souvenirs au défenseur. C’est contre eux, en décembre 2008, qu’il a inscrit son seul but sous les couleurs de la Lazio. Demain, l’objectif ne sera pas forcément de marquer un but, mais déjà de contrôler le petit attaquant frioulan, qui marque à chaque fois qu’il rencontre la Lazio. Son doublé, en avril dernier, avait notamment permis à l’Udinese de passer devant les Romains et de se qualifier pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions. Mais Diakité est aussi en train de prendre goût à la phase offensive. Lors des deux dernières rencontres, il a offert deux passes décisives, une à Klose contre Lecce, et une à Sculli contre le Sporting. Solide derrière, altruiste devant… Mais dis donc, ce ne serait pas le profil idéal pour un défenseur en équipe de France, ça ? « L’équipe de France ? Je n’y pense pas, pour le moment, j’essaie surtout d’être bon avec la Lazio. N’importe quel joueur rêve de l’équipe nationale. Moi, je pense surtout à mon club, et je pense que les autres choses arriveront d’elles-mêmes » souligne-t-il. De la patience et du sérieux. Grand Modibo deviendra grand. Encore plus grand.


Eric Maggiori
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