Futsal

La Mannschaft nouvelle du futsal

Presque vingt ans après la France, l'Allemagne a enfin son équipe nationale de futsal. Un retard à l'allumage qui s'explique par le relatif anonymat dans lequel s'exerce encore aujourd'hui ce sport de l'autre côté du Rhin. Mais la Fédération allemande a de l'ambition et compte sur sa nouvelle équipe pour lancer la hype.

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Ils étaient 54 en janvier dernier. À la fin du mois d'octobre, il n'en restera que seize. La sélection drastique est opérée par la DFB (la Fédération allemande de football), à la recherche des seize joueurs qui pourront s'inscrire dans l'histoire du football allemand comme les premiers sélectionnés officiellement pour former la Nationalmannschaft de futsal, première du nom. La décision de se lancer dans le foot en salle ne date pas d'hier. Le projet a lentement mûri. Le 5 décembre 2015, le comité exécutif de la DFB avait entériné l'idée de créer une équipe nationale. Il a fallu ensuite le temps de constater les forces en présence, compter les hommes, trouver un adversaire exigeant mais pas trop effrayant et choisir une salle avec l'espoir d'y créer un bel événement rassembleur. Le 30 octobre et le 1er novembre, l'Allemagne du futsal affrontera donc l'Angleterre dans un gymnase de 3000 places.

Les îles Salomon devant l'Allemagne


Le contraste avec le dernier événement en date dans le futsal est évident. Il y a quelques semaines à peine, en Colombie, s'est déroulée la Coupe du monde. Pour la finale Russie-Argentine, ce sont 8 559 spectateurs qui se réunissent. La compétition a réuni vingt-quatre pays à la géographie sensiblement différente de celle habituellement observée pour le football. Comme pour l'autre Mondial, il faut arracher son billet par des tours de qualification selon la confédération à laquelle on appartient. Mais au futsal, il y a des surprises dans les participants. Les îles Salomon, le Vietnam ou encore le Kazakhstan se sont qualifiés pour voyager en Colombie. L'Angleterre n'a pas passé l'étape du deuxième groupe de qualification, tout comme la France. Et l'Allemagne ? Sur la mappemonde du futsal, elle n'existe pas. Contrairement à Saint-Marin, l'Angola ou Hong-Kong, l'Allemagne n'apparaît pas dans le classement FIFA officiel. Et pour cause, elle ne peut pas avoir de points : son équipe n'a toujours pas disputé de match officiel. Une anomalie bientôt réparée donc, par ce premier galop d'essai grandeur nature, avant de se lancer dans la course à l'Euro 2018. Après quelques matchs officieux et plus ou moins réussis, l'Allemagne a désormais son équipe nationale soutenue par la DFB. Enfin.

Futsal vs Hallenfußball


« C'était le bon moment pour créer cette équipe. Depuis une bonne décennie, il y a des équipes locales de futsal en Allemagne. Il y a des améliorations dans le jeu. Il fallait maintenant une impulsion vers le haut, pour aller plus haut et avoir plus de joueurs encore. Il nous fallait un signal fort, le voici. » Paul Schomann, le sélectionneur, est satisfait de la décision de la DFB et de son nouveau rôle. Ancien entraîneur dans les équipes de jeunes de la Nationalmannschaft, il observe le futsal depuis un moment. Il connaît particulièrement bien le potentiel de ce sport en Allemagne, ainsi que le soutien nécessaire, à travers une équipe fanion, pour lancer le mouvement. Depuis dix ans, le futsal balbutie ses premières leçons sans avoir réussi à lancer un véritable engouement. « Nous n'avons pas de joueurs professionnels pour le moment. Il n'y a pas encore la clientèle pour cela. » Ni la structuration suffisante pour attirer ce public. « Ici, dans le Nordrhein-Westfalen, nous avons une ligue régionale. Ce n'est pas le cas partout. Pour la plupart des régions, le futsal se résume à quelques tournois l'hiver. Pas plus » , confie Schomann à regret. La faute également aux contours auparavant flous du sport, formalisé autour du futsal tardivement. L'Allemagne s'est intéressée plus tôt au Hallenfußball (une variante avec plus de contacts) dans les années 80, pour des tournois amicaux avec les équipes de Bundesliga au repos pendant l'hiver. Alors le futsal a du mal à se faire une place comme un sport spécifique et à l'année, que l'on va voir régulièrement le week-end. Dès lors, le public ne se déplace pas en masse. Comme le raconte « Mister Futsal » sur son site internet dédié à la pratique en Allemagne, la plupart des matchs se jouent dans des salles vides, devant « les amis et la famille » .

Un enfant dans des chaussures trop grandes


À ce sujet, Paul Schomann a une envie précise qu'il sous-entend volontiers : la création d'une Bundesliga du futsal. Ce n'est pas forcément pour tout de suite. Le modèle espagnol – deux fois champion du monde et ultradominateur en Europe – fait rêver. « Sportivement, c'est un souhait d'avoir une structuration des ligues comme cela peut exister en Espagne. Avoir une ligue nationale serait une très bonne chose, pour être plus compétitifs, faire progresser les joueurs, etc. » Il y a un terreau et du potentiel, avec probablement des frontières à rendre plus poreuses entre football et futsal. Deux exemples montrent d'ailleurs que les deux pratiques pourraient permettre à l'Allemagne de sortir gagnante sur tous les tableaux. Lennart Hartmann, ancien joueur du Hertha Berlin, récompensé en argent l'année où Toni Kroos obtenait la Fritz-Walter-Médaille d'or. Il joue désormais en parallèle de ses études pour le FC Liria dans un championnat berlinois et est toujours en course pour faire partie des seize. Dans l'autre sens, la réciproque est vraie. Julian Weigl doit son intégration à Munich 1860 à son équipe de futsal de Munich, 1860 Rosenheim. À quatorze ans, le jeune Weigl s'octroie même une place de meilleur buteur en championnat du sud de l'Allemagne et un titre de vice-champion d'Allemagne. Six ans après, il participait à l'Euro en France. À terme, avec ce réservoir potentiel, l'ambition pour la sélection est donc grande, même si Schomann préfère tempérer les attentes immédiates. « C'est utopique de croire que nous pouvons devenir de suite champions de monde. Comme je dis, nous sommes encore des enfants dans des chaussures trop grandes. Selon moi, il faut le passage d'une génération entière pour apprendre et grandir. » On verra alors qui sont les enfants et qui sont les hommes.

Par Côme Tessier
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Il a maigri Tony Soprano.
Etonnant qu'il n'est pas encore d'équipe nationale, le futsal en Allemagne est très répandu. Il y a quelques années, lors de la trêve hivernale on pouvait même voir sur les chaînes allemandes des tournois de foot en salle entre clubs pros.. autant dire que l'équipe du Bayern avait de la gueule !!! Je me rappelle d'un tournoi où tu avais Mehmet Scholl, Salihamidzic sur les ailes et Carsten Jancker en pivot... ça envoyait du lourd :) :)
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