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La lutte finale de Dimitri Payet

En conflit contre ses patrons, Dimitri Payet ne s'exprime ni sur les réseaux sociaux ni en interviews. Il préfère cette solution vieille comme le monde et si prisée des travailleurs lancés dans un bras de fer avec leurs employeurs : la grève.

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Sans tracts, sans cortèges, sans lives sur BFM ou I-Télé, Dimitri Payet est toujours en grève, le nez dans le guidon depuis une semaine pour faire plier West Ham. Et pour une fois, les grévistes et les autorités sont d'accord sur le nombre de participants à la grogne : un seul. Après une première saison à West Ham faite d'amour, de coups francs léchés, de chants en tribunes et de réussite sportive, l'ancien Marseillais s'est déjà lassé de son séjour londonien et n'aurait plus qu'une idée en tête : retrouver le maillot olympien le plus vite possible. Un blocage confirmé par Slaven Bilić en personne, qui écrivait il y a peu dans le London Evening Standard : « Lui et moi avons eu une réunion. J’ai alors compris ses intentions. Juste avant ma conférence de presse, j’ai demandé à Dimitri s’il confirmait ses intentions ou s’il avait changé d’avis. Il m’a répondu qu’il était sûr de son choix. La meilleure chose à faire était donc de révéler aux supporters et aux autres joueurs ce qui se tramait. » Mais face à lui, Payet trouve un club intransigeant qui refuse de le laisser filer, et qui le pousse à choisir la plus radicale des stratégies, celle de la grève. Cette cartouche, Payet l'avait déjà utilisée en janvier 2011, alors qu'il jouait à Saint-Étienne, et que le PSG avait voulu le faire signer pour huit millions d'euros. Pas assez, d'après les Verts. Alors Payet boude, entre en grève, et se rend même à Paris par ses propres moyens et sans prévenir personne pour faire pression sur son club. Pour rien, à part pour être forcé de rentrer à Sainté la queue entre les jambes en présentant ses excuses au vestiaire et au public.

Un combat solitaire


Mais si le Réunionnais se relance dans la bataille en 2017, c'est qu'il pense être mieux placé qu'il y a six ans. Éric Coquerel, conseiller régional d'Île-de-France et bras droit de Jean-Luc Mélenchon depuis la fondation du Parti de gauche en 2008, analyse : « Tout est une question de rapport de force dans une grève. C'est sûr que le Payet d'aujourd'hui a plus de poids que le Payet de Saint-Étienne. C'est à lui de savoir si sa qualité de jeu est devenue telle que le rapport de force est en sa faveur et lui permette de continuer le bras de fer. » Loin des luttes sociales pour démonter une loi ou crier contre des licenciements, Payet tente de faire pression sur un club qui a doublé son salaire cet été, faisant de lui le joueur le mieux payé des Hammers. Pas une grève pour des questions de portefeuille, donc. Et là où les footballeurs français avaient fait grève en 1972 pour des questions de contrats, là où l'UNFP a appelé les joueurs de Ligue 1 et Ligue 2 à entrer en grève en 2008 pour lutter contre un projet de réforme du conseil d'administration de la LFP, la démarche de Dimitri Payet ne regarde que lui et n'a pas de dimension collective. Pas une raison pour baisser les yeux d'après Éric Coquerel : « L'envie de changer de championnat, ça peut être une revendication entendable. Le foot actuel, c'est l'exemple type du capitalisme le plus sauvage. Les clubs font un peu ce qu'ils veulent quand ils veulent vendre un joueur. Pour une fois que c'est un joueur qui essaie de faire entendre ses droits en allant au rapport de force, je ne vais pas pleurer pour le club, ni pour le système. »

Le mur Bilić


Mais du côté de West Ham, on n'est pas non plus prêt à plier. Contrarié, mais pas résigné, Slaven Bilić accepte le choix de son joueur, sans l'imaginer partir : « Nous n’allons pas le vendre, quoi qu’il arrive. J'en ai parlé avec le président et ce n'est pas une histoire d'argent. À partir d’aujourd’hui, il ne s’entraînera plus avec l’équipe première. J’attends de lui qu'il revienne et qu'il montre implication et détermination pour l'équipe comme l'équipe lui en a montré. » Du côté de l'entourage du joueur, on montre aussi ses muscles, sa détermination, et le Daily Mirror citait un proche de Payet qui expliquait que Dimitri « ne s’entraînera et ne jouera pas tant qu’il n’y aura pas un départ et qu’il inventerait une blessure s’il le faut. » Un front contre front digne des plus grandes luttes sociales, avec lesquelles Éric Coquerel n'hésite pas à faire des liens : « Un club, c'est un patron. Notamment en Angleterre où il y a des actionnaires derrière, et où le foot s'adapte parfaitement au capitalisme financier qu'on dénonce. C'est un peu la même chose qu'à la bourse, on spécule sur des joueurs, le parallèle tient parfaitement. » Un footballeur millionnaire, pur produit de ce capitalisme, qui utilise un moyen d'action associé aux classes ouvrières, l'ironie ne dérange pas l'homme de Mélenchon : « Il arrive souvent que des salariés fassent grève sans forcément vouloir remettre en question le système capitaliste. Ils défendent aussi leurs intérêts par un droit qui devrait être imprescriptible. Il n'y a pas besoin d'être anticapitaliste pour faire la grève pour ses intérêts propres. » Aux dernières nouvelles, le dossier Payet est toujours bloqué, et les joueurs de West Ham l'ont exclu de leur conversation commune sur Whatsapp. Le chemin du Grand soir est décidément long et tortueux.

Par Alexandre Doskov Propos de Éric Coquerel recueillis par AD
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