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La Liga et son mercato pour fauchés

En Espagne, le mercato hivernal illustre les maux d’un football qui est à la dêche. Avec un grand nombre de joueurs en fin de contrat, les prêts sont légion. Car entre politiques sportive et économique, les gros sous ont pris le dessus. Enfin gros sous, pour ce qu’il en reste.

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« Le Real et le Barça, ce n’est pas la réalité du football espagnol. Même l’Atlético a des difficultés pour boucler un transfert. » Pablo Polo, quelques années de la Liga au compteur pour Marca derrière lui, n’en démord pas : « L’Espagne du football n’a plus d’argent. » Plus que les dettes pharaoniques des clubs espagnols, un rapide coup d’œil au tableau des transferts hivernaux suffit. Durant ce mois de janvier, la Liga a connu 29 mouvements dans le sens des arrivées, 35 dans celui des départs. François Gallardo, agent français basé à Madrid, ne peut que constater «  qu'il y a eu moins de la moitié des mouvements de l’an dernier à la même période » . Autant dire que les 20 clubs de l’élite ont joué les radins. Car dans les différentes transactions effectuées, un grand nombre correspond à l’arrivée de joueurs libres ou en prêt. Au premier jour de 2014, date de l’ouverture des transferts, ils étaient 73 footballeurs à voir leur contrat se terminer en juin prochain. Bref, une situation qu’aucun des grands championnats continentaux ne connaît.

El-Zhar : « L’attente du maintien »

Ces joueurs en fin de contrat sont, dans leur large majorité, des victimes du marché espagnol. La prolongation annoncée en grande pompe de Xabi Alonso n’est qu’un épiphénomène. Nabil El-Zhar, joueur de Levante, connaît cette situation : « J’ai signé un premier contrat de deux ans avec possibilité de prolongation d’un an. Les dirigeants ont pris contact il y a peu avec mes agents pour me prolonger. J’ai mis cinq buts, j’ai marqué contre le Real et le Barça. » Bref, Nabil s’est mis en lumière et ne devrait pas galérer à trouver un nouveau challenge, à Levante ou ailleurs. Justement, son employeur de Levante dispose de huit joueurs en fin de contrat. Pour l’international marocain, l’explication d’une telle situation est simple : « Les clubs attendent le dernier moment pour te proposer une prolongation, ils ne se pressent pas. Ça ne leur a peut-être pas souri dans le passé. Ils ne peuvent pas trop s’avancer, ils attendent souvent de savoir si l’équipe se maintient. » Ah, ce fameux maintien, le sésame qui permet à chaque club de toucher les droits télés, la poule aux œufs d’or.

Malgré la mainmise du Real Madrid et du FC Barcelone sur la répartition de ces droits, les autres clubs ne peuvent s’en passer. « Les clubs ont pris des joueurs à la carte, selon leur besoin de se maintenir, le nombre de compétitions qu’il leur reste à jouer, avance François Gallardo. Ils partent désormais du principe qu’il vaut mieux payer pour six mois selon leurs besoins. Car s’ils descendent, et perdent les droits télés, ils n’auront plus d’argent du tout. » De fait, outre l’arrivée de joueurs libres, les clubs misent énormément sur les prêts. « C’est un moyen de limiter les risques économiques et sportifs. On ne fait plus d’investissement » , poursuit cet agent français. En chiffres, ce mercato hivernal espagnol a connu 17 prêts dans le sens des arrivées pendant que les clubs ont cédé 11 joueurs jusqu’à la fin de la saison. Cette flexibilité n’est pas une volonté, c’est une obligation économique plus que sportive. Même l’Atlético de Madrid, pourtant pimpant sportivement, n’a pu se renforcer qu’avec deux prêts – ceux de Diego et Sosa, pendant que Guilavogui et Oliver étaient prêtés.


L’Hacienda, payera ou payera pas ?

Cette situation inextinguible, l’Espagne du football la doit à sa folie des grandeurs des années 2000. Que ce soit Valence ou le Super Depor, les exemples sont nombreux. « Avant, tout l’argent allait directement aux joueurs, les impôts n’existaient presque pas. Désormais, l’État a fait changé la donne » , explique François Gallardo. Entendez par là que les clubs espagnols, dont la dette s’élève à plus de 800 millions d’euros, doivent désormais payer comme tout le monde leurs impôts d’ici huit à dix ans. En Espagne, le trésor public répond au nom d’Hacienda. Problème, au pays de Mariano Rajoy, on peut toucher à l’IVG, mais pas au football. « Ici, tout le monde doit payer l’Hacienda, sauf les clubs du football. L’avantage du football, c’est qu’il a une énorme portée sociale en Espagne » , relève Pablo Polo. Ainsi, en 1995, le FC Séville et le Celta Vigo ont été relégués administrativement en Deuxième Division. Des manifestations monstres dans les plus grandes villes d’Andalousie et de Galice ont changé la donne, les deux clubs ont réintégré l’élite. Cette anecdote en dit long sur un football espagnol qui n’a pas vraiment appris des erreurs du passé. Il en vit les conséquences, sans vraiment se préoccuper du futur. En Espagne, on vit au jour le jour, car il n’existe pas d’autre alternative.

Par Robin Delorme, à Madrid
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