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La Juve en plein chantier

En tête de la Serie A, invaincue, la Juventus semble, sur le papier, réaliser le début de saison idéal. Et pourtant, Antonio Conte n’a pas l’air entièrement satisfait des résultats obtenus par son équipe. Perfectionniste, ou réaliste ?

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Chaque saison, depuis son retour en Serie A, c’est quasiment le même refrain. La Juventus commence fort, à tel point que jusqu’au mois de décembre, on ose parler de Scudetto du côté de Turin. Puis vient l’hiver. La Juventus qui perd des points sur des terrains hostiles, et qui, finalement, termine loin de ses objectifs initiaux. Si lors des deux premiers exercices (2008 et 2009), la Vieille Dame avait tout de même réussi à se placer sur le podium, lors des deux saisons suivantes, elle s’est littéralement écroulée, finissant deux fois d’affilée à la septième position. Antonio Conte a bien appris ses leçons. Loin de Turin, il a pris le temps d’observer, jusqu’à prendre, cette année, les rennes de l’équipe. Et le technicien, dès sa prise de fonction, adopte la stratégie du « je n’en fais pas trop mais quand même un peu » . D’une part, il vante les mérites de son football offensif, basé sur un hypothétique 4-2-4. De l’autre, il rappelle dès qu’il le faut que la Juve est là pour « faire mieux que les saisons précédentes » . Rien de plus ? Non. Le reste, il laisse le soin aux médias le dire à sa place.

Nineties memories

Dès la première journée de championnat, pourtant, les prémices d’un renouveau prospère se dessinent. Face à Parme, la Juve attaque, joue, construit, séduit, marque des buts. Tout ce que son entraîneur avait promis. Les Turinois s’imposent 4-1. La semaine suivante, rebelote. Cette fois-ci, pas de feu d’artifice, mais un jeu solide, presque rude, et finalement, un succès 1-0 glané sur l’une de ses seules occasions du match. Les deux visages gagnants de la Juventus, se dit-on alors. Comme à l’époque d’un certain Antonio Conte. Les romantiques sont servis. « Conte a ramené avec lui l’esprit qui habitait la Juventus à la fin des années 90 » annonce en une le Corriere dello Sport au lendemain de la victoire à Siena. Très bien tout ça. Et donc ? La Juventus marche sur la Serie A ? Oui. Et non.

Après six journées, les bianconeri sont en effet en tête du classement. Oui, mais. Parce qu’il faut forcément un « oui mais » . Oui mais Conte, lui-même, se pose des questions. Trois victoires, trois nuls. Pour lui, son équipe aurait déjà dû faire beaucoup mieux, même s’il continue à affirmer que les prestations lui plaisent. « Je n’ai rien à reprocher à mes joueurs qui ont fait un match parfait » aussure-t-il, dimanche dernier, après un 0-0 contre le Chievo. Alors, verre à moitié vide ou à moitié plein ? Dans un championnat pour le moment paralysé dans l’équilibre le plus total, la Juventus aurait largement eu l’occasion de s’envoler, surtout que son calendrier, hormis le match face au Milan AC, n’avait rien d’insurmontable. Et ça, Conte le sait. Avec les débuts laborieux de l’Inter, du Milan et de la Roma, la Juve vient de vivre deux mois au cours desquels elle aurait pu (et dû) prendre une avance conséquente. Le genre d’opportunités manquées que l’on peut regretter, plus tard dans la saison. Lorsque les autres, eux, carburent à plein régime.

La der de Del Piero

L’une des choses qui préoccupent actuellement Antonio Conte, c’est l’inefficacité de ses attaquants. Et pourtant, devant, cela se bouscule. Matri, Vucinic, Quagliarella, Toni, Del Piero, Giaccherini. Que du beau monde. Pourtant, le meilleur buteur du club se nomme Claudio Marchisio, milieu de terrain. Trois pions. Deux de plus que Matri et Vucinic, qui n’ont fait trembler les filets qu’une seule fois chacun. Le technicien avait pourtant annoncé la couleur en début de saison : un jeu offensif, avec deux milieux, deux ailiers portés vers l’avant et deux attaquants. De ces promesses, il ne reste déjà plus grand chose. Lors des deux dernières rencontres, Conte a proposé un système à un seul attaquant, une sorte de 4-2-3-1 avec Vidal, Pepe et Krasic en soutien de Vucinic. Résultat : si un éclair de génie ne surgit pas des pieds d’Andrea Pirlo, l’attaque reste stérile et l’animation offensive déçoit.

Deuxième souci : Conte va désormais devoir gérer le « cas Del Piero » . En début de semaine, Andrea Agnelli, le président turinois, a pris tout le monde de court en affirmant que Del Piero disputait là « sa dernière saison avec la Juventus » . Incrédulité parmi les tifosi, mais aussi auprès des anciens de la Juve, qui ont du mal à comprendre l’utilité d’une telle déclaration au mois d’octobre. Dès le lendemain, tous les yeux étaient donc braqués vers le capitaine turinois, obligeant Conte à justifier en conférence de presse qu’Alex était « toujours aussi souriant et déterminé  » . Ou comment créer un problème là où il n’y en avait pas.

Moutarde à l’ancienne

En revanche, s’il y a bien un secteur qui donne entière satisfaction à l’ancien entraîneur de Siena, c’est la défense. Il faut dire que la colonne vertébrale Buffon-Chiellini-Barzagli-Bonucci a autant l'occasion de faire ses preuves avec la Vieille Dame qu’avec la Nazionale. Pratique pour parfaire les automatismes. Du coup, les Turinois n’ont encaissé que trois buts en six journées, dont un, seulement, sur action. « A l’ancienne » pourrait-on dire. Beaucoup mieux que la saison dernière, où la Juve a compté parmi l’une des pires défenses de la Botte. Pour un ancien ténor comme Conte, qui a connu la période Ferrara-Montero, il était évidemment indispensable de perfectionner, avant tout, la phase défensive. Pour le moment, un travail qui porte ses fruits.

Des interrogations, des certitudes, des doutes, des convictions : Conte va devoir jongler au cours des prochains mois avec ses états d’âme. En même temps, il ne l’a jamais caché : sa Juventus demeure un chantier ouvert, un projet qu’il faut « entièrement construire » . Voyant les choses du bon côté, la conclusion de ces six premières journées pourrait être que, même construite à moitié, même avec des incertitudes tactiques, même avec des joueurs pas encore au top de leur forme, la Juve est première de Serie A. Excusez du peu.


Eric Maggiori
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