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La griffe Dunga

Malgré les victoires qui s'accumulent, tout le monde s'accorde à dire que ce Brésil est ennuyeux. A l'image de son sélectionneur, Dunga ? Peut-être, oui. Sauf que l'affaire est plus complexe et que cette Seleçao a sans doute plus de vertus auriverde qu'on pourrait le penser. Explications.

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« Même après une victoire 10-0, il peut y avoir des aspects négatifs » . C'est entendu, Dunga n'est vraiment pas un marrant. Et le bougre a bâti une équipe à son image. Avis aux doux rêveurs qui fantasment sur un Brésil de fête : passez votre chemin et éventuellement prenez vos billets pour aller voir l'Allemagne voire l'Espagne. Faut pas se mentir, cette Seleçao est l'une des plus ternes de l'histoire. Et une fois qu'on a identifié Robinho et ses caresses de balle toutes en semelle, on cherche vainement l'ADN auriverde dans cet ensemble. D'aucuns diront que Dunga lui-même n'était pas auriverde et tout le monde de conclure que l'équipe qui affrontera les Pays-Bas ce vendredi à 16h n'est pas brésilienne mais “dungienne”.

Luis Fabiano, symbole “dungien”


Au fond, c'est peut-être Luis Fabiano qui symbolise le mieux cette empreinte nouvelle. Il va falloir arrêter de dire n'importe quoi à son sujet : un joueur qui s'est fait dégager du Stade Rennais parce qu'il n'avait pas le niveau est forcément un footballeur suspect. Dans un pays qui a enfanté les attaquants parmi les plus doués de l'histoire du jeu, le Sévillan figure une sorte d'hérésie. Pas extraordinairement technique, pas très rapide, pas phénoménalement puissant mais bon dans à peu près tous les secteurs. Mais au vrai, c'est plus encore son parcours qui dit la valeur du gaillard. Un type capable de surmonter un échec en Bretagne, de repartir se refaire une santé au Brésil pour mieux revenir et s'imposer dans une équipe phare de la Liga, dit quelque chose d'une impressionnante force de caractère. Il est comme ça Luis Fabiano : fort dans la tronche et bien conscient que son histoire et son potentiel ne lui autorisent aucune facilité. L'axiome qui en découle est limpide : “je ne râle pas, je me bats, je m'accroche et ça finira bien par payer”. Oui, dans le système suintant de sueur du sémillant Dunga, l'heure était sans doute davantage à l'abnégation d'un Luis Fabiano qu'à la classe pure d'un Alexandre Pato. Et on l'a dit, Robinho mis à part, le reste de l'équipe est le fruit de ce postulat.

Une Seleçao plus brésilienne qu'il n'y paraît


Mais l'affaire serait bien trop réductrice. Car malgré sa philosophie toute en labeur, Dunga n'a pas autant tourné le dos que ça aux fondamentaux brésiliens. Prenez les latéraux par exemple. Certes, Maicon et Michel Bastos n'ont pas exactement la même maestria que la paire Cafu/Roberto Carlos il y a quelques années. Mais l'Interiste et le Lyonnais restent, malgré tout, des modèles de contre-attaquants qui font la réputation ancestrale des latéraux brésiliens depuis plus de quarante ans. Et que dire aussi de la présence de Kaka ? Certes, même au meilleur de sa forme, l'ancien Milanais a toujours davantage été un maxi-talent tendu vers l'efficacité qu'un véritable artiste. Certes, actuellement le Madrilène ne peut jouer que par à-coups. Mais justement ! En cela, il est le parfait dépositaire d'une idée or et verte éternelle : le changement de rythme. Empêtré dans son jeu et ses insuffisances physiques, Kaka a pour l'instant toujours su accélérer au moins une fois pour faire une différence. Et c'est pour ça que le Ballon d'Or France Football 2007 continue à bénéficier de la confiance de Dunga, peu suspecté de faire du sentiment : pour cette capacité à changer de rythme et à faire la décision sur une action. Oui, cette Seleçao hybride pourrait provoquer la perte des Pays-Bas grâce à cette identité double : moins brésilienne qu'on pourrait le fantasmer, mais bien plus qu'on ne pourrait l'imaginer.

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