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  1. // Equipe d'Angleterre

La Grande Dépression

En 1999, les Anglais était tombés face à des Français on fire, champions du monde. Défaite à Wembley dure à avaler mais logique. Mais là, face aux anciens grévistes, la pilule a du mal à passer et interroge.

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« Si l'Angleterre et la France étaient deux équipes en thérapie depuis le traumatisme sud-africain, il est désormais clair que mercredi soir, une a bien mieux répondu au traitement que l'autre » . Signé le Guardian. Les deux nations sortaient d'une Coupe du Monde au mieux ratée, au pire honteuse. Récoltant des adversaires de seconde zone dans les éliminatoires à l'Euro, elles s'affrontaient hier soir afin de savoir où elles se situaient réellement, malgré le biais du caractère amical de la rencontre, même si la rumeur disait qu'il n'y avait jamais « d'amicalité » entre Français et Anglais lorsqu'il s'agissait de football (voire de rugby ou de squash aussi). Faut croire que le cœur mis à l'ouvrage par les Britons hier à Wembley peut donner à réfléchir sur cette rumeur trop largement répandue avant-match.

« Défense lourde et préhistorique »

Actuellement, Outre-Manche, on cherche surtout la bonne couleur à donner à l'avenir du foot anglais, in extenso, de la sélection anglaise, vous savez celle qui était donnée favorite en Afrique du Sud... Schizophrénique, l'Angleterre du foot réclamait à cor et à cris début juillet la grande lessive au sein des Three Lions : Lampard, Terry, les Cole, Gerrard out ! Excellents en clubs, ils étaient décrétés indignes de la tunique nationale, incapables de surmonter leurs ego et de mouiller le maillot. Le refrain était alors le suivant : mettez au moins des jeunes qui se donneront à fond et feront honneur à la nation. Capello, face aux blessures de ses cadres aussi, a donc tenté l'expérience : Henderson, Gibbs, Carroll, Milner, Lescott. Damn it ! « Une France facile met la nouvelle génération anglaise face à la réalité » titre l'Independent. La cure de jouvence opérée par le maître italien vient de leur sauter au visage. Mis à part Andy Carroll, la presse anglaise redemande, faute de mieux et dès que possible, le retour des anciens. Car, comme le dit le Sun, « les choses ne peuvent être pire. Nous ne pourrons certainement rien gagner avec des types comme Terry, Lampard, Rooney et Cole, mais nous n'avons certainement pas les forces pour penser sérieusement à les laisser de côté. La nouvelle portée n'est pas meilleure que l'ancienne » . Cruel constat. En prenant la situation par les deux bouts, l'Angleterre du foot ne voile même plus son sentiment d'impuissance. « Nous sommes revenus dans l'âge des ténèbres » annonce le Sun, qui enchaîne : « Balles longues, passes peu soignées, technique incertaine, défense lourde et préhistorique. Cette histoire nous est familière. [...] Et même si le remplaçant Peter Crouch marqua sur son premier ballon, cela n'a finalement que mis du gloss au tableau d'affichage » . Le Guardian salue de son côté la « fluidité et le flair d'une équipe de France, données qui seraient apparues comme des aliens du temps de Domenech » et remarque des Bleus bien plus à l'écoute du projet de Blanc que les Anglais à celui de Capello.



Pour sa première défaite à domicile avec la sélection anglaise en main, Fabio Capello est sans surprise pointé comme le premier responsable de la déroute britonne à Wembley. « Capello est l'abruti au chapeau » (en VO, « Capello's the prat in a hat » ) titre le Sun. Le Guardian interroge la remise en question post-mondial de Don Fabio : «  Laurent Blanc a profondément modifié le staff, engagé un psychologue pour améliorer l'harmonie au sein de l'équipe, alors que la seule concession de Capello fut de promettre l'embauche d'un nouvel entraîneur-adjoint anglais, qui se fait toujours attendre » . Et la relation entraîneur-entraînée est aussi interrogée, comme jadis la relation de Domenech avec ses joueurs. Mais surtout, les médias anglais s'emballent sur la gestion du cas Steven Gerrard, promis à une heure de jeu, mais finalement resté 85 minutes et sorti sur blessure. Le préparateur physique des Reds, Darren Burgess a fait chauffer son Twitter hier soir : « De l'amateurisme complet. Et maintenant nous payons pour leurs incompétences. Absolument honteux » , tweet retiré peu après minuit. Petit joueur. Barry blessé, Ferdinand sorti à la mi-temps pour cause de cuisses dures, et Carroll déclaré apte malgré les réserves - le mot est faible - du staff de Newcastle, Capello, décrit comme « l'Italien à 6 millions l'année » , a joué avec les nerfs des clubs hier soir.

Une victoire au rabais pour les Bleus ?


Parlons des clubs justement. Le Sun a décidé de lancer une sagaie contre le système Premier League, dénoncé comme en partie responsable du marasme. Le fric, les stars, les femmes, le tabloïd s'emporte sur «  the best football league on Earth » : «  Nous récoltons le tourbillon du mantra des pontes de la Premier League, qui nous disent que l'argent fait tout, le tourbillon du laisser-faire, de nos joueurs sur-protégés, fêtés par un public complaisant, obsédé par les histoires de célébrités de joueurs qui sont bien loin d'être aussi bons qu'ils ne le pensent. Que nos misérables footballeurs reviennent à la réalité » . Pan! On crache sur le fonds de commerce. Pourquoi pas. Enfin, ne soyons pas aveugles et ne boudons pas notre plaisir. La France était quand même bien plus mal au sortir de l'Afrique du Sud que l'Angleterre. Les Bleus étaient rentrés des poules avec un zéro pointé, avaient nourri le mythe du gréviste français et sali le maillot tricolore. L'Angleterre poussive avait passé les poules et peut encore se demander ce qu'il serait advenu du scénario du match contre l'Allemagne sans ce but refusé à Lampard. Et pourtant, il y avait un gouffre entre les deux formations hier. L'Angleterre avait ses absents. Ok. Et la France alors ? On se prive bien d'Anelka, de Ribéry ou encore d'Evra. On confie bien les clés du milieu au jeune M'Vila, non ? Idem pour Henderson chez les Three Lions, non ? Rami, sur la ligne de départ, est-il meilleur qu'un Joleon Lescott ? Le duel Clichy-Abidal au poste d'arrière-gauche ne vaut-il pas l'alternative Gibbs – Ashley Cole ? Et Valbuena comparé à Milner ?

Non, cette victoire n'est pas à prendre au rabais. Elle met simplement en lumière le choix incroyable du foot anglais : la toute puissance de la Premier League dans un pays où tout de même 85 000 personnes étaient venus s'asseoir à Wembley pour un amical et tolérer une nouvelle prestation insipide de ses troupes. Laissons la conclusion au Guardian : « Alors que l'Angleterre remplaçait Carroll par Bothroyd, Laurent Blanc pouvait appeler Dimitri Payet, flambeur et excitant attaquant de Saint-Etienne » . L'Angleterre se pose des questions, déprime et doit sans doute être jalouse de voir la France bien mieux réussir sa remise en question. Ça, ça se savoure, bien plus qu'une qualification au Mondial 2010 entachée d'une main de Titi. N'est-ce pas Raymond ?

Ronan Boscher

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