Réponse de memepaspeur le 29/10/2011 à 01:04
Grosse étape aujourd'hui, Villejuif - Bled-les-hauts, à 75 km de la capitale, à la frontière des Yvelines et de l'Eure et Loir.
Deux concurrents au départ, moi, Jean le bienheureux contre Boris les yeux noirs, la lutte s'annonce acharnée.
On part de la banlieue et faisons quinze kilomètres sans histoires, le nez dans le vent, heureux de l'aventure. Quand d'un coup, passant par Meudon, la route s'élève. Je suis un peu inquiet : mon fier destrier a beau être vachement fier, il refuse de passer le 1er plateau et les cotes trop dures sont compliquées pour moi. C'est en fait, je l'apprendrai plus tard, la route du chemin des gardes, une belle saloperie parmi les plus dures de la région parisienne. Durant l'ascension, Boris le noir gère tranquille tandis que je sens de nouveaux organes pousser à l'intérieur de mon ventre et crier douleur. Jamais vu plus belle motivation pour un feignant d'aller enfin se bouger le cul pour demander de l'aide et "réparer" son vélo.
Arrivés en haut de la côte, un peu étourdi tous les deux, on se retourne et on voit un panneau routier "attention 16%" ... c'était donc ça !
On espère se refaire sur la descente (la moyenne faiblit dangereusement) mais entre les bagnoles et les bandes rugueuses, on dépasse difficilement les 45 km/h, les mains sur les freins, alors que ça descend genre mur ! frustration.
On arrive ensuite à Versailles, prétexte pour chanter un couplet de "la semaine sanglante" en passant devant l'Hôtel de Ville, la clope au bec, y a que ça de bon !
S'ensuit un itinéraire pénible entre St Cyr et un bled près de Monfort l'Amaury, empli de zones commerciales et industrielles. Très chiant. Mais on se retrouve entre temps, perdus, dans une descente vertigineuse où je grille Boris le sombre et les 30 kmh de limite de vitesse en piquant à 51.6 km/h. Le ravito est donc prévu dans un coin près de Monfort, mais on en improvise un à 4.5 km du but, fringale oblige. Mais alors là, en repartant, on se tape un faut plat tout du long, et avant d'arriver à la bouffe, le moindre dos d'âne me fera froncer des yeux. Argh !
Un "mangeons sous l'appenti, ce sera classe" plus tard, et après avoir vérifié que Boris le vicieux ne met rien de toxique dans ma pitance, nous voilà parti en descente.
Quel pied. Un faux plat descendant qui dure sur sept kilomètres sur monfort l'amaury ! 40 kmh tranquille sans le moindre coup de pédale, des kilomètres durant ! Quel pied.
Dans la forêt de Rambouillet, c'est tranquille, Boris le pervers prend la plupart des relais, mais quand je les prend, le rythme augmente et il fait pas le fier ! en fait non, il suit et je suis vite crevé. Je commence à me demander comment je vais faire pour me débarrasser de cette plaie avant l'arrivée.
On arrive à St Léger, en attendant de trouver un glou glou market on se pose à coté du lac et on regarde les canards. Evans, Contador et consorts font pas assez ça. C'est tout un exercice de convaincre ses poumons bousillés que fumer, ça va être agréable (ce que pense ta tête, mais ta bouche pâteuse et tes poumons douloureux, moins).
Deux packs et deux bouteilles dans les sacs en plus, les choses sérieuses s'annoncent. Il faut savoir que l'épreuve finit sur une petite montée suivie d'un court mur à bien 20% (bien que très court, hein) avant l'arrivée. Mon plan, contre Boris le diabolique, est de se foutre dans sa roue, en faire le moins possible, et l'attaquer tel un fourbe dans les derniers mètres. On arrive à proximité, via Condé, et au fur et à mesure des derniers kilomètres, je me rend compte que quelque chose cloche dans mon plan parfait. A trois km de l'arrivée, je me rend compte que Boris l'affreux bourrine à fond ! On est bien à 30 de moyenne, comme si ça lui était naturel après plus de 80 km de route (on a fait un détour pour manger), non vraiment, il me fout la pression ! et il le dit ! "je te fous la pression grave, hein ?".
Qu'importe, me dis-je, je vais continuer à lui coller au derche et j'attaquerai dans les derniers mètres.
Tu parles !
Je vous ai parlé d'un mur pour les derniers mètres ? Bah j'ai bien essayé, ça a duré huit secondes et ça m'a fait l'effet d'une armée de sadique torturant chacun des fibres musculaires de mes cuisses (avec leurs dents). Alors je me suis rassis, en Ulrich, et je me suis dit que deuxième c'était pas si mal.
Bravo à Boris le tortionnaire. Et vive le vélo !