Mercato - Économie

Par Alexandre Pauwels

La France, championne d'Europe de l'exportation

La récente étude démographique du CIES révèle qu’avec 269 représentants à l’étranger, la France est le deuxième exportateur mondial de footballeurs. Une tendance qui ne va qu’en augmentant au fil des années. Comment l’interpréter ? Éléments de réponse.

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Moussa Sissoko (Newcastle)
Moussa Sissoko (Newcastle)
269. C’est le nombre de joueurs français qui évoluaient à l’étranger en 2012, selon l’étude annuelle menée par l’Observatoire du football du Centre international des études du sport (CIES). Il s’agit donc du deuxième total mondial, derrière l’intouchable Brésil et ses 515 expatriés. Seulement, là où le leader mondial marque le pas, la France ne cesse d’exporter ses footballeurs. Elle est même devenue la nouvelle Yougoslavie, principal pays exportateur en Europe dans les années 80. En 2012, ils étaient donc 24 de plus que l’année précédente, et l’augmentation devrait suivre en 2013. Il n’y a qu’à regarder le bilan de ce mercato hivernal, et constater que six Frenchies se sont tirés en Angleterre, deux autres en Russie ou en Chine, pour ne citer que les plus célèbres. Bref, en attendant l’été et de très probables nouveaux départs, reste à se questionner sur cette dynamique. Pourquoi les joueurs français décident-ils de ne pas s’éterniser dans leur pays ? Pourquoi de nombreux clubs étrangers, sans distinction de nationalité, se penchent-ils sur la France pour y faire leurs achats ?

Des questions légitimes, qui ramènent aux débats de l’affaiblissement du championnat français, et de la motivation, économique ou sportive, d’un footballeur. Mais il convient, avant toute chose, de relativiser les statistiques. « Il faut prendre les chiffres avec une certaine précaution. Il y a les joueurs qui évoluent en Premier League, Serie A, Bundesliga ou Liga. Et ceux qui évoluent dans des championnats au niveau sensiblement inférieur. De ceux qui évoluent dans les championnats majeurs, sur les 269 cités, il doit y en avoir une petite partie », prévient Bruno Satin, agent de joueurs. Et il fait bien. Car d’un chiffre important, on peut rapidement effectuer des soustractions intéressantes. Ils sont donc seulement 64 à fouler les pelouses européennes les plus prestigieuses : 32 en Premier League (première nation étrangère représentée, devant l’Irlande), 14 en Serie A, 13 en Liga, 5 en Bundesliga. Soit, à peine 25% du total des expatriés français. Où sont les autres ? Pas besoin d’aller chercher bien loin, ces derniers sont massivement implantés dans les pays francophones. La Suisse accueille 12 ressortissants, la Belgique 30, le Luxembourg… 80. Avant de dresser un quelconque bilan ou lancer l’analyse, autant être clair : l’exode – si on peut employer le mot – ne date pas d’hier, et ne concerne pas uniquement les grands championnats ou paradis fiscaux.

Vendre pour survivre

Le fait est que la France se trouve dans un cercle non vertueux. Qu’on pourrait résumer de cette manière : premièrement, les clubs sont en déficit. Ils doivent équilibrer les comptes, alléger les masses salariales. Conséquence : ils vendent leurs meilleurs éléments, et piochent dans leurs centres de formation pour équilibrer les effectifs. Conclusion : les joueurs, révélés plus tôt, partent de plus en plus jeunes. « À entendre l’entraîneur de Newcastle, j’ai l’impression que ce qu’on peut faire en centre de formation plaît à l’étranger. Il y a un modèle français qui tient encore la route », pointe Patrick Rampillon, directeur du centre de formation du Stade rennais. Une formation de qualité, une grande place accordée aux jeunes, avec des exemples « comme Maupay de Nice, ou Jean de Troyes, titulaires dans leurs clubs malgré leur âge », sont deux composants qui valent à la France d’être observée.

Il y a aussi le poids de l’histoire avec un grand H, celle qui révèle que le Français s’adapte bien. Après tout, à la suite de l’arrêt Bosman de 1995 (facilitant les transferts vers l’étranger), toute une génération dorée a soulevé des trophées en Italie, Espagne, Allemagne, Angleterre. Les titres internationaux aidant, le footballeur français est devenu hype. Et s’il l’est encore aujourd’hui, c’est que les expatriés ont confirmé la règle, que les générations se succèdent, que le talent demeure. Mais l'argent aussi, motive les clubs étrangers. Car les joueurs français « sont aussi très abordables financièrement », selon Bruno Satin. Crise oblige, les dirigeants ne sont pas farouches en affaires, et pas question pour eux de laisser filer les millions quand ils se présentent. « À l’image de ce mercato, les clubs français sont en difficulté financière, on vend les joueurs par nécessité, et non par intérêt sportif », poursuit quant à lui Patrick Rampillon. Avant de balancer une belle conclusion : « L’appétit vient avec les chiffres et les virgules, placés là où il faut. »

Joueurs en quête de visibilité… et de pognon

Reste tout de même à préciser que le système convient à tout le monde. Joueurs de talent à bon prix pour les uns, ressources financières pour les autres. Mais le principal intéressé, dans tout ça ? Le footballeur ? Beaucoup ont été surpris, durant ce mercato hivernal, par les choix des expatriés de Premier League, par exemple. Beaucoup ont pointé du doigt ces joueurs, qui pour certains ont troqué la lutte d’un titre en France contre celle du maintien en Angleterre. Dit comme ça, vrai que le choix sportif peut paraître étrange. Mais tout est question de visibilité, et Bruno Satin de l’illustrer : « Pour eux, c’est l’opportunité de se montrer. Il y a des coups de billard. Rappelez-vous le cas Demba Ba, qui, il y a deux ans, débarque à West Ham depuis Hoffenheim. Il y fait six mois, le club descend, il part à Newcastle, aujourd’hui il est à Chelsea. Donc pour le mec qui a un peu de réussite et qui performe, tout peut aller très vite. » Loïc Rémy, et sa clause qui stipule qu’il pourrait quitter QPR dès la fin de saison en cas de relégation, ne serait sûrement pas contre un destin à la Demba Ba. Et puis, point important qui pèse dans la décision d’un Français, la question du salaire : « En France, il y a une fiscalité plus importante qu’ailleurs. Quand pour un club, le joueur coûte la même chose, et que l’intéressé prend 30-40% en plus, bah, il a vite fait ses calculs. Ça, c’est un élément fondamental. Le sportif passe parfois au second plan » continue Satin.

Passés la visibilité et le salaire, le joueur peut également s’extasier devant l’environnement d’un autre championnat : les stades, la renommée, la culture foot… Et/ou, la culture tout court. On en vient au fameux argument du « choix de vie », celui qu’un joueur peut énumérer lorsqu’il gagne une contrée lointaine, prétextant le changement radical de mode de vie. Argument souvent balayé par une large majorité, qui préfère y voir une volonté pécuniaire. Sans doute faudrait-il juger au cas par cas (âge du joueur, palmarès, ambition…), le jugement n'étant pas toujours juste.

L'exemple brésilien

En tout cas, il apparaît difficile, après tant d’éléments, d’imaginer que la courbe va s’inverser. À moins que l’arrivée d’investisseurs fortunés ne vienne sauver les clubs français – le PSG, vous l’aurez compris, n'entre pas vraiment dans le sujet – ou que la crise s’arrête brutalement, que le pays connaisse une croissance phénoménale et que les gens se rameutent au stade tous les dimanches, oui, cela paraît difficile. Pour prendre un exemple opposé, le Brésil, leader mondial en matière d’exportation, voit son nombre d’expatriés diminuer d’année en année. Du fait d’une belle croissance économique, qui permet aux clubs de proposer des salaires compétitifs à leurs joueurs (Neymar), tout en rapatriant bon nombre de compatriotes au pays (Ronnie, Pato…). Un contexte que la France aimerait sans doute connaître, pour conserver ses talents et améliorer ainsi la qualité du championnat. Mais puisque l’heure est davantage au départ, il ne faudra plus s’étonner, dans un avenir proche, au hasard d’un passage à l’étranger dans un supermarché, de trouver entre une boîte de cassoulet et un roquefort, un bon vieux footballeur tricolore. Prix négociable, forcément.

Par Alexandre Pauwels

 





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19 réactions ;
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  • Message posté par MaxMaga le 07/02/2013 à 11:18
      Note : - 1 

    Sus aux infâmes!
    Messeigneurs Maupay de Nice et Jean de Troyes bouteront les espingouins et redoreront le blason de l'EDF

  • Message posté par Jean-Claude Robignaud le 07/02/2013 à 11:24
      Note : - 1 

    Le problème avec l'import/export c'est l'étiquetage. La Juve pense avoir acheté un "avant-centre français", repensant avec nostalgie au "Trézéguet" du siècle dernier. Le SAV va se faire contacter très bientôt.

  • Message posté par SanIker le 07/02/2013 à 11:24
      Note : - 9  &


  • Message posté par MaxMaga le 07/02/2013 à 11:31
      Note : - 3 

    @Jean-Claude : de toute manière il y va pour faire banquette en attendant Llorente non ?

  • Message posté par le-balotelli-aveyronnais le 07/02/2013 à 11:31
      Note : - 3 

    80 au Luxembourg ??? Et combien en Andorre ??? super les stats !!

  • Message posté par pedrolito19 le 07/02/2013 à 11:44
      Note : - 2 

    ahah c'est clair, tu colles deux phrases et t'as tout compris.. "80 joueurs francais au luxembourg" et "le foot francais s'exporte bien". Mouais ok.

  • Message posté par AriGold le 07/02/2013 à 11:45
      Note : 1 

    Dommage de ne pas traiter en profondeur deux cancers qui rongent la compétitivité des clubs français:
    - Le manque d'harmonisation fiscale et de visibilité fiscale qui pénalise la France et le foot français en général.
    - L'inflation salariale qui a touché par ricochet les joueurs moyens. La plupart des clubs doivent de delester de leurs meilleurs joueurs car leur effectif est littéralement infesté par des joueurs moyens surpayés et par conséquent invendables (ex: Moukandjo prend 90k, Bellion 80k, Chalmé en prenait quasiment 100). On est dans le non-sens économique complet. Des clubs comme St E et Lorient sont cependant remarquablement gérés et commencent à mettre en place une échelle des salaires raisonnable (90k max pour les Verts) avec un système d'incentives axé sur le résultat fort.

  • Message posté par zitka le 07/02/2013 à 11:48
      Note : - 4  &


  • Message posté par Jean-Claude Robignaud le 07/02/2013 à 11:57
      Note : - 2 

    @Max en fait je faisais référence à la position (et pas au talent), puisque sous le sobriquet "avant-centre" se cache un "milieu de soutien". Les standards UE sont pas encore à jour.


  • Message posté par Foky80 le 07/02/2013 à 12:06
      Note : - 2 

    Ce que je vois surtout c'est que des bons partent c'est normal pas nouveau, mais ce qui me choque c'est comment l'angleterre achete une fortune la derniere merde francaise que meme l'om en veut plus... suivez mon regard
    Heureusement qu'il ya le ventre mou de l'angleterre pour se débarasser de nos glands.

  • Message posté par Brad le 07/02/2013 à 12:08
      Note : - 1 

    nous sommes les premiers exportateurs, mais c'est normal, on fait du bas de gamme.
    Le haut de gamme est toujours plus rare.

  • Message posté par badaboum le 07/02/2013 à 12:14
      Note : - 2 

    Message posté par Jean-Claude Robignaud
    Le problème avec l'import/export c'est l'étiquetage. La Juve pense avoir acheté un "avant-centre français", repensant avec nostalgie au "Trézéguet" du siècle dernier. Le SAV va se faire contacter très bientôt.


    @Jean-Claude
    Je pense que la Juve est au courant qu'Anelka n'est pas Trézéguet. Quelque part, les membres de la cellule recrutement d'un club comme la Juventus doivent quand même s'y connaître un petit peu en football.

  • Message posté par Diagonale le 07/02/2013 à 12:27
      Note : - 2 

    T'étais bien content d'avoir un Zidane ou encore Makélélé au Réal :)
    Merci à toi

  • Message posté par virgile7 le 07/02/2013 à 14:50
      Note : - 2 

    On forme car il faut vendre pour prendre du pognon et on vend parce qu'on a formé de plutôt bon joueurs!
    Regardez lens, ils ont formé Varane, 6 mois de L1 et hop 10 millions au réal! Kondogbia, 1 saison de L2 et hop 4 millions à Seville! Kakuta, meme pas un match à lens et hop à Chelsea! Dans une situation économique tres compliqué pour ce club comment ne pas vendre? Et ça c'est pour les bons, les moins bon formés eux partent en belgique, en national ou dans d'autres club de L2 pour degraisser la masse salariale(hamdi à laval, monrose à mons, pollet à charleroi)!

    Entre les propositions que tu peux pas refuser et l'obligations de baisser ta masse salariale, comment peux rester compétitif au niveau europeen car la je parle de lens mais ce systeme tend à se rependre en ligue 1!

  • Message posté par Steve Gunn le 07/02/2013 à 15:09
      Note : - 2 

    Oui bah en gros, (presque) tout est une histoire de fric...
    Surtout qu'en France, on a pas la culture du foot comme en Allemagne, en Italie ou en Angleterre...

    Mais bon, on a d'autres sports en France! Tant mieux!



    (nous on moins on paye nos joueurs ^^)

  • Message posté par Paname City le 07/02/2013 à 17:19
      Note : - 3  &


  • Message posté par SanIker le 07/02/2013 à 23:16
      Note : - 2 

    Message posté par Diagonale


    T'étais bien content d'avoir un Zidane ou encore Makélélé au Réal :)
    Merci à toi


    Ah ca je dis pas le contraire , le probleme ca date un peu :p

  • Message posté par Gelsen04 le 08/02/2013 à 00:54
      Note : - 2 

    Juste pour preciser que sur les 5 francais qui evoluent en Buli en plus de Kaiser Franck yen a deux a Freiburg, un a Hoffenheim (Delpierre) et un qui s'est casse de Augsburg pour aller a ..... Sochaux.
    Donc pas du tres lourd hein ...

  • Message posté par jerome62 le 10/02/2013 à 16:42
      

    Tu parles... La Juve qui achète le fouteur de m... d'Anelka, en plus il doit avoir un sacré niveau après la Chine... merveilleux, quel achat desastreux. Ca va siffler sec eu Juventus Stadium, et dans trois mois il DEGAGE !!! DEGAGE !!!


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