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La formation, vraie force basque

Respectivement quatrième et cinquième de Liga, l'Athletic Bilbao et la Real Sociedad sont le bain de jouvence du football espagnol. Avec des modèles basés sur la formation, ces deux clubs affichent leur identité basque. Et prennent à contre-pied la crise financière qui secoue le pays.

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21 12
Pour beaucoup, et surtout ce week-end, le football espagnol se résume au duel Real Madrid-FC Barcelone. Que ce soit sur un plan sportif, économique, voire politique, les deux mastodontes squattent toujours le devant de la scène. Lorsqu'il s'agit d'évoquer la formation, même topo. À coups de chiffres, les deux ennemis mettent tour à tour en avant la philosophie de la Masia ou la productivité de la Fabrica. Pourtant, l'Espagne du football regorge de Canteras où le prestige laisse place à la qualité. Le Pays basque fait plus encore. Que ce soit l'Athletic Bilbao ou la Real Sociedad, les deux clubs d'Euskadi ont basé leur modèle sportif sur la formation. Actuels quatrième et cinquième, ils alignent chaque week-end des onze maison. Par contrainte économique, volonté politique ou choix sportif. L'un ou l'autre, à l'arrivée, la recette est gagnante. Pourquoi ? David Zurutuza, joueur de la Real, Eric Olhats, recruteur de la Real, et José Angel Ziganda, entraîneur de la réserve de l'Athletic tentent d'éclairer notre lanterne.

Plus que des joueurs, on forme une équipe

Seul club de Liga à n'avoir jamais connu la descente aux côtés du Barça et du Real, l'Athletic Bilbao est un extra-terrestre, un intrus, un épiphénomène. Politique ultra-identitaire oblige, il n'accepte que les joueurs basques. Même s'il s'est accordé une certaine liberté vis-à-vis de cette règle – désormais, un joueur formé au Pays basque ou avec des origines basques peut intégrer l'équipe – il ne s'en est jamais éloigné. De fait, le centre de Lezama est sa maternité. José Angel Ziganda, alias « Cuco » , est aujourd'hui l'entraîneur de l'équipe réserve. « Les jeunes qui entrent ici n'ont pas une concurrence universelle, analyse-t-il. Ils voient notre club, notre cantera, comme quelque chose d'accessible. Au moins 90 % d'entre eux restent toute leur vie à l'Athletic. » Avec un éventail de joueurs restreint, le talent brut est une denrée rare. Il faut donc compenser : « Nous insistons beaucoup sur les valeurs. Nous disons aux joueurs de jouer pour que les supporters du club soient fiers d'eux. Nous mettons beaucoup en avant la solidarité, le courage, la passion, la fierté d'appartenir à ce club, de porter ces couleurs. »

À quelques kilomètres de la capitale Bilbao, San Sebastián la bourgeoise n'a pas à rougir de la comparaison. Son centre de formation de Zubieta et sa plage de la Concha ont formé Xabi Alonso, Arteta et Illarramendi. Le milieu de terrain de la Real Sociedad David Zurutuza voit dans cette réussite un certain reflet des valeurs du terroir : « Les joueurs que nous formons ici viennent tous de notre province, ou presque. Nous avons une éducation, une manière de vivre commune. » En soi, des « travailleurs » . Une caractéristique qu'Eric Olhats, recruteur français du club de Donostia, confirme : « Culturellement, au Pays basque, les gens sont des bosseurs. Ça se retrouve sur le terrain, avec une solidarité de tous les instants. De toute façon, ils se connaissent pour la plupart depuis longtemps. Ce sont des potes, et ce n'est pas un vain mot. » Même son de cloche chez l'ancien international espagnol : « Culturellement, historiquement, la passion et la solidarité sont des valeurs très importantes sur notre territoire. » De fait, au Pays basque, plus que des joueurs basques, on forme une équipe basque.

« On ne nous apprenait pas à dribbler »

Solidaires et combatives, ces équipes pratiquent désormais un jeu léché. Une redondance dans le football espagnol d'aujourd'hui. « Nous essayons d'inculquer à nos jeunes de ne jamais subir, confirme José Angel Ziganda. D'être dans l'action plus que dans la réaction, d'essayer de toujours aller de l'avant. Si tu inculques aux enfants que la possession est importante, ils le répéteront tout au long de leur carrière. » David Zurutuza, 27 années au compteur, se souvient d'une formation où on leur « apprenait à bien traiter le ballon, à bien le contrôler » . Les exercices, eux, « se limitaient à jouer tout le temps à deux touches » . Quant au profil recherché, l'intéressé se réfère à sa propre expérience : « Quand j'ai commencé à la Real Sociedad, j'étais l'un des plus petits. Jusqu'à mes 20 ans, je n'étais pas formé. Les clubs regardent d'autres aspects que le physique. Antoine Griezmann, également, était petit en arrivant. » Selon David Zurutuza, il y a cependant un bémol à cette formation : le cloisonnement. « On ne nous apprenait pas à dribbler. C'est un manque de notre formation, considère-t-il aujourd'hui avec le recul. En attaque, pour faire des différences, il faut parfois des fulgurances individuelles. »

D'où un besoin de renfort pour les postes offensifs. Eric Olhats, recruteur des Txuri-Urdin, a déjà ramené au club Antoine Griezmann. Désormais, il s'attache à pallier « les besoins de l'équipe première » : « Il y a des postes précis que je dois superviser, une composition et un schéma précis que je dois respecter, et des profils que je soumets au directeur sportif et à l'entraîneur. » Pour rester dans le schéma d'Arrasate, il doit recruter malin. Car « les conditions économiques font qu'on est dans l'obligation » . Avec les droits de la dernière Ligue des champions et le départ d'Illarramendi, la dette du club est devenue ridicule pour un championnat comme la Liga. L'Athletic, avec sa politique ultra-basque, ne connaît pas de problème de trésorerie. Pour pallier les manques de sa formation, « nous n'avons que peu de possibilités de recruter un joueur, confirme Ziganda. Il faut trouver un joueur basque qui ne joue pas chez nous, et qui ne soit pas au plus haut niveau, car nous n'avons pas les moyens. » Bref, « un modèle économique sain, mais compliqué à conserver » . Pour le moment, il semble qu'ils n'y arrivent pas trop mal.

Par Robin Delorme, en Espagne
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Sidney G'Ovule Niveau : Loisir
"Nous essayons d’inculquer à nos jeunes de ne jamais subir. D’être dans l’action plus que dans la réaction, d’essayer de toujours aller de l’avant."

"On leur « apprenait à bien traiter le ballon, à bien le contrôler ». Les exercices « se limitaient à jouer tout le temps à deux touches »"

Ça fait plaisir à lire. C'est important de développer l'intelligence de jeu des jeunes tout au long de la formation. Et la qualité de contrôle du ballon aussi, ça semble tout con mais c'est tellement important pour la fluidité des mouvements collectifs.

Ça va au niveau de la formation la France s'en sort pas mal. Perso j'ai remarqué que techniquement les joueurs espagnols sont supérieurs aux français. C'est quand tu mates les matches du milieu de tableau de la Liga que tu t'en rends compte. Qu'est-ce que ça joue propre. Ça ne fait pas tout évidemment
Très bon article.

Après, ça ne plaira pas sur ce site mais on voit bien l'importance de l'identité là-bas. On ne rentre pas dans "un" centre de formation : celui qui m'a filé le plus de fric à la signature par exemple ou celui qu'il sera le plus facile de plaquer dès qu'un recruteur anglais arrivera. Non, c'est le club de sa région et on s'identifie pleinement. On reçoit une formation mais on se donne à fond et pas que pour sa pomme.

Ensuite, pour ce qui est des limites du style inculqué, ça me rappelle quand j'ai vu le Japon pour la première en CDM, le ballon circulait super bien mais ça ne plantait pas et l'avant-centre était de loin le plus mauvais. On nous avait expliqué que c'était un problème récurrent chez eux. C'est très dur "culturellement" d'être celui qui fait le geste individuel de "finir l'action" dans un système qui privilégie le collectif.
AirForceOne Niveau : CFA2
L'identité locale est extrêmement importante en Espagne.
En France tu peux être pur parisien et jouer a Marseille et kiffer
Sidney G'Ovule Niveau : Loisir
Message posté par Ricardo Tubbs
Pour ce qui est des limites du style inculqué, ça me rappelle quand j'ai vu le Japon pour la première en CDM, le ballon circulait super bien mais ça ne plantait pas et l'avant-centre était de loin le plus mauvais. On nous avait expliqué que c'était un problème récurrent chez eux. C'est très dur "culturellement" d'être celui qui fait le geste individuel de "finir l'action" dans un système qui privilégie le collectif.


Je m'en souviens. Le Japon avait perdu 1-0 contre la Croatie, 1-0 contre l'Argentine et 2-1 contre la Jamaïque. Le but marqué par Nakayama contre la Jamaïque était le premier but du Japon en Coupe du Monde.
Ripaillons Niveau : DHR
Les gars, merci pour vos coms, ça fait plaisir. Je m'étais jamais fait la réflexion pour la sélection japonaise...pourtant, réflexion faite, dans leur culture du divertissement, l'action individuelle est aussi mise en avant. Ça doit influencer les jeunes, non ?

Et merci pour l'article !
Il Ragno Nero Niveau : CFA2
Tout ça me fait furieusement penser à ce qu'un petit Basque (encore) ayant fui l'Espagne franquiste avait réussi à initier et à faire perdurer à Nantes...

Quand je lis Ziganda et Olhats, j'ai l'impression d'entendre Denoueix et Budzynski y'a 20 ans...

Après, le coup du régionalisme ne me paraît pas essentiel. Il faut plus s'assurer d'intégrer des jeunes joueurs qui vont s'intégrer à la philosophie du club, avec la mise en avant du collectif.

Et quand on n'a pas les moyens financiers d'aligner les joueurs les plus doués techniquement et les mieux dotés physiquement, ça a toujours été le seul moyen de lutter. Gagner du temps et de l'espace sur l'adversaire parce que tu sais comment tes coéquipiers vont se déplacer, ça a toujours été le seul moyen de lutter.

Dommage que Nantes ait oublié ça avec la Socpresse/Dassault (équipe première) et Kita (tout le club...), parce que sans ça, le club n'a aucune chance de redevenir respectable.

Et, pour rester sur la Bretagne, dommage que Rennes n'ait jamais compris ça. Avec leurs moyens, ils auraient pu tenter le coup. Ils avaient même attiré Gourcuff...

Reste Lorient. Et avec Féry, c'est mal parti, alors que Gourcuff allait enfin avoir les moyens de mener un projet un peu plus ambitieux...

Dommage... En Bretagne, il ne pleut peut-être que sur les cons, mais on leur donne les clés de nos clubs de foot !
Sidney G'Ovule Niveau : Loisir
Message posté par JoséKarlPierreFanFan
Beaucoup d'équipes ne sont pas sorties du mythe du gros black costaud. L'autre jour je suis allé voir PSG-Real en Youth League et c'était révélateur.

Le PSG était composé de monstres body buildés par rapport au Real. Alors OK le PSG n'a perdu que 1-0 mais ils faisaient une tête et 10 kilos de plus que leurs adversaires. Dans 3 ans les jeunes du PSG seront toujours physiques et pas techniques, ceux du Real seront encore plus techniques et auront pris des muscles et des centimètres. Dans ce cas, ça fera 5-0 tranquille...


En U13 deuxième année j'avais joué contre un type qui s'appelait Souhalio Touré quand il était avant-centre au FC Nantes. Il était hyper performant à l'époque parce qu'il nous bouffait tous en vitesse et en puissance. A la sortie de sa formation il touchait plus une bille et il a du finir par s'exiler en Turquie dans un club moisi. Il ne s'y est pas imposé, il a du revenir en France et il joue en amateurs maintenant.

Mais y'en a à foison des cas comme ça. Comme si la détection ne mettait pas assez l'accent sur la vision du jeu et la technique. Et est-ce qu'on leur fait assez bosser leurs gammes techniques à l'entraînement pour qu'ils continuent à progresser?... j'en doute un peu quand on voit le niveau technique de pas mal de joueurs de Ligue 1 formés en France
Je pense quand même que l'attachement viscéral à des couleurs a un rôle dans la réussite Basque. En France, ça serait éventuellement possible en Corse aussi je pense, mais il faudrait pour cela se mettre à bosser (dur) l'aspect technique, pas tout jouer sur l'intimidation.
romlakers Niveau : CFA2
Le foot espagnol est sans doute le meilleur en Europe, il suffit de voir les résultats de leur formation, de leur équipe nationale et de leurs résultats en coupe d'Europe, où il y encore 3 clubs en LDC et 2 en EL. Le plus grand nombre de représentants en Europe. Additionné à un jeu propre et technique, ils sont tout simplement les meilleurs.
Ce qui est intéressant, c'est que même les jeunes qui jouent en loisir jouent comme ça. C'est une philosophie nationale qui a ses défauts : aucun tir, passe quand ce n'est pas nécessaire, pas assez d'explosivité.
Souvent je me mets 10/9 pour tirer à l'entrée de la surface car sinon il faudrait entrer avec le ballon dans le but !
Ca doit être génial d'être supporter de Bilbao qd même, quelle fierté !
J'aimerai bien en Corse mais ce n'est pas le même bassin de population, cela serait plus compliqué.
Certains ici ont des idées très arrête sur la formation "a la française"
Pour avoir fréquenté les équipe départementales et les rassemblement régionaux des meilleurs jeunes,avec des coach de la dtn comme martin,equiem ou delpech,je peut vous affirmez que le physique et le muscle ton jeux son des aberrations dans la bouche de ces gens la.
Alors oui le "plat du pied sécurité j'en ai entendu,mais la phrase qui résonne le plus dans ma tete quand j'y repense c'est FINISSEZ ALLEZ AU BOUT.

Des passe a 10 a 15 contre 15 dans les 16 metres a une ou deux touche j'en ai bouffez...
La ou ca ce corse c'est quand les anciens,les glorieux,imposent leur vue.

N'oublié pas que la france est championne du monde avec 8 lascars évoluant dans le calcio,d’ailleurs donadoni après la défaite en quart avait dit "nous avons enfanté un monstre"ou un truc dans le genre.

La ou je pense que les formateur nous "bridais"c'est dans l'approche millitaire des rassemblements.Debout a 7 heure pti dej,sur le pres a 8h,repas a 12h débriefing des exercice du matin de 14h a 16,retour sur le terrain de 16.30 a 19h extinction des feux a 22 heure dernier carat.Et ca de u13 a espoir!
Bon ben moi en 2eme année u20 jme suis fait virer et j'ai connu une jolie belge nommé comme les comptes.
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