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La folle histoire de Luther Blissett

Été 1983 : il y a tout juste 30 ans, avant que Silvio Berlusconi ne reprenne les rênes du club, un attaquant anglais d’origine jamaïcaine du nom de Luther Blissett débarque au Milan AC. S’il ne va rester qu’une seule saison au club, il va, bien malgré lui, marquer l’histoire. Voilà pourquoi.

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Cet été, les tifosi du Milan AC ronchonnent. En effet, le club de Silvio Berlusconi n’a pas recruté grand monde, hormis les jeunes Poli et Saponara. Mais qu’ils s’estiment heureux. Car il y a 30 ans, tout rond, la recrue phare du mercato milanais avait de quoi laisser pantois. Luther Blissett. Un attaquant anglais d’origine jamaïcaine, tout droit venu d’Angleterre, plus particulièrement du club de Watford, aujourd’hui entraîné par Gianfranco Zola. Il faut resituer les choses dans leur contexte. Été 1980, le scandale du Totonero, des histoires de matchs truqués (comme quoi, en 30 ans, les choses n’ont pas vraiment changé), explose en Italie. Plusieurs équipes de Serie A, dont le Milan AC, sont concernées. La sanction est immédiate : une relégation administrative en Serie B. Des joueurs quittent le club et, pendant trois saisons, le club va peiner à se stabiliser. Promotion en Serie A en 1981, nouvelle relégation (cette fois-ci due à de mauvais résultats tout au long de la saison) en 1982, et retour en Serie A en 1983. C’est là que le président du club, un certain Giuseppe Farina, arrivé à Milan en 1982 et bien connu en Italie pour avoir été à la tête du Vicenza des miracles de Paolo Rossi (2e de Serie A en 1978), tente de faire bouger les choses. Et son premier coup, c’est donc l’arrivée de Luther Blissett. Le spectacle peut commencer.

Erreur sur la personne

L’arrivée de cet attaquant plutôt inconnu au bataillon laisse sceptique les supporters. À l’époque, pas de page Wikipedia qui leur aurait permis de savoir qu’avant de s’engager avec le Milan, Blissett avait joué huit saisons à Watford (passant de la D4 à la D1) et que, juste avant de débarquer en Lombardie, il avait remporté le titre de meilleur buteur de First Division, la Premier League de l’époque, avec 27 réalisations. Un potentiel gros coup du président Farina, donc, qui, pour le faire venir, débourse la coquette somme de 2 milliards de lires, soit 1,2 million d’euros. Blissett a même fait ses grands débuts en équipe nationale d’Angleterre, et a claqué un triplé contre le Luxembourg. Pourtant, dès ses premiers matchs en Italie, les tifosi comprennent qu’ils ne tiennent pas là le buteur dont ils auraient besoin pour aller rivaliser avec les autres grandes équipes du championnat. Très rapidement, Gianni Brera, le ponte du journalisme italien, le rebaptise Callonissett, en « hommage » à l’attaquant italien Egidio Calloni, ancien de Varese et du Milan AC, reconnu pour sa maladresse et ses occasions manquées.

Blissett, lui, laisse une folle impression de gâchis : il est doté d’un physique extraordinaire, mais, devant le but, il n’arrive pas à la foutre au fond. La saison 1983-84 se termine : Milan termine sixième de Serie A, et Blissett n’a inscrit que 5 petits buts en 30 apparitions. Sans plus tarder, il refait ses valises et repart à Watford. C’est alors qu’une incroyable rumeur, qui ne sera jamais formellement démentie ni confirmée, fait irruption. La presse affirme que le recrutement de Blissett aurait été dû à une erreur d’un observateur du Milan AC. Celui-ci s’est rendu à Watford pour superviser un attaquant, et y a repéré John Barnes, lui aussi joueur d’origine jamaïquaine, qui a plus tard fait le bonheur du grand Liverpool de la fin des années 80. En revenant au siège de Via Turati, à Milan, l’observateur en question aurait dressé son rapport en assurant qu’il fallait recruter Barnes. Barnes et Blissett sont à l’époque les deux seuls joueurs noirs de Watford. Allez savoir pourquoi, par erreur, le président Farina va ensuite se faire refourguer Blissett, et non Barnes. Complètement fou.

Football à trois côtés


Mais la folie de l’histoire de Luther Blissett ne s’arrête pas là. Déjà, il faut savoir qu’après l’arrêt de sa carrière de joueur, Blissett s’est reconverti en tant que coach. Mais cette nouvelle aventure ne va pas durer bien longtemps. En 2007, il se retire du monde du football pour fonder, en compagnie de John Barnes, justement, la Team48 Motorsport, une écurie automobile censée promouvoir de jeunes pilotes afro-caribéens. L’année suivante, il participe même au British Touring Car Championship, au volant d’une Alfa Romeo. Petit clin d’œil à son passé italien, certainement. Bref, ce n’est pas ce petit saut dans le monde de l’automobile qui va rendre Luther Blissett célèbre. En effet, à partir de l’été 1994, le nom de Luther Blissett commence à être utilisé par un collectif de jeunes artistes bolognais, dont le but principal est la dénonciation des médias par la propagation de fausses informations. Le collectif connaît un franc succès, et le nom de « projet Luther Blissett » est repris par des centaines d’activistes et d’artistes en Europe et en Amérique du Sud. Le principe est simple : élaborer des canulars, écrire des bouquins, dénoncer, et tout signer avec le nom unique de Luther Blissett.

Mais pourquoi donc avoir pris le nom de ce pauvre Luther Blissett, qui n’avait rien demandé à personne ? En réalité, en 1983, la musique jamaïcaine et le football sont très populaires dans les milieux underground, et notamment dans le milieu redskin. Or, cette période correspond à la présence de Blissett, lui aussi d’origine jamaïcaine, au Milan AC. Petit clin d’œil du collectif bolognais, donc. Le projet Luther Blissett va connaître un franc succès, avec des canulars remettant en cause le milieu intellectuel italien. Parmi les plus grosses folies : la création de la Ligue Luther Blissett de football à trois côtés, un football se jouant sur un terrain hexagonal avec trois équipes. D’autres membres du projet Luther Blissett ont publié le livre Q, un roman historique qui va connaître un succès dingue (traduit en français sous le nom de L’œil de Carafa). « Même moi je l’ai lu, ce livre, affirmait le vrai Luther Blissett lors d’une interview au Guerin Sportivo. Je ne pouvais pas ne pas le lire, vu qu’il est signé de mon nom. Quand j’ai su que mon nom était utilisé pour un projet d’activistes, j’ai été très surpris. Je me suis demandé pourquoi quelqu’un avait décidé, à mon insu, d’utiliser justement mon nom pour un tel projet. Petit à petit, j’ai bien vu qu’il était impossible de contrôler quoi que ce soit. Au final, je dois dire que cela m’a plu. Pour moi, même si la manière a été très étrange, cela a été une bonne publicité. » Sûr qu’une telle publicité est toujours meilleure qu’une réputation de bidon devant les cages.

Eric Maggiori
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