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La fin des lieux communs ?

Le Mondial en Afrique du Sud marque la fin des lieux communs en matière de ballon rond. Le monde change, le football aussi.

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Il y a un peu moins d'un mois, l'affaire n'aurait fait aucun doute : une finale entre l'Espagne et les Pays-Bas, voilà l'assurance de voir du beau football, fait de passes redoublées, de toqué, de tiqui-taka, de mouvement(s). On aurait appelé ça football champagne, total, romantique, qu'importe, on aurait applaudi des deux mains en se pâmant d'admiration. Il y a un peu moins d'un mois, l'affaire n'aurait fait aucun doute : une petite finale entre l'Allemagne et l'Uruguay, voilà l'assurance de voir du jeu rugueux, des vilaines fautes, etc, on aurait fait l'apologie du réalisme, on aurait fait les esthètes et dit c'est moche, l'un ou l'autre, là n'est pas la question. Oui, mais non. En un mois, les équipes joueuses ne sont plus celles que l'on croit. Les réalistes non plus. Alors certes, on avait déjà une petite idée de la façon dont les équipes allaient taquiner la gonfle. Deux trois indices, comme ça : Löw, Dunga, l'âge de Cannavaro, et des matchs de préparations... Il n'empêche : ce mondial paraît marquer la fin des lieux communs footballistiques.

C'est bien simple : vous dites Brésil, vous pensez samba, et tout le tsouin-tsouin qui va avec ? En Afrique du Sud, la Seleçao a dansé par courtes intermittences (faisant au passage de superbes actions et marquant de fort jolis buts). Mais la plupart du temps, rien de tout cela. Rien d'étonnant, avec Dunga comme entraîneur et Felipe Melo (un homme qui aime l'amour mais aussi la violence) comme pierre angulaire du système défensif. Les Pays-Bas, romantiques ? Raté. Depuis le début de la compétition, les Oranje sont sûrement les plus vicieux et les plus vilains –réalisme à outrance. Voir la confrontation contre le Brésil, justement, mais aussi les autres rencontres.

L'Italie joue moche mais, au moins, sait bétonner derrière ? Un défenseur de 37 ans, ses home boys à la ramasse, et un autre cliché de dépassé. Quant à l'Espagne, nation autoproclamée d'un toqué labellisé FC Barcelone depuis deux ans, elle continue certes de faire tourner le ballon et d'en avoir l'écrasante possession, mais elle est désormais capable de faire sa catin : voir la simulation de Fernando Torres, et le match en général contre le Portugal. Du physique, de la hargne, de la furia. À l'ancienne. La Roja a compris que perdre la tête haute ne vaut pas une victoire sur un bon vieux coup du sort. À la bonne heure. Xavi a beau prétendre qu' «  il ne sait pas gagner autrement qu'en pratiquant du beau football » , le terrain ne dit pas tout à fait la même chose. Et puis il y a l'Allemagne. La révolution qui avait commencé en 2006 et qui s'était développée en 2008 semble enfin aboutir. Voilà la Mannschaft devenue joueuse, jeune, moderne et attachante. Belle et émouvante dans la défaite. Un comble. Loin, bien loin des préjugés qui lui colle à la peau depuis si longtemps.


Claudio Gentile, ancien champion du monde en 1982 avec l'Italie et ancien entraîneur des espoirs transalpins (2005-2006), analyse : « Si vous regardez le dernier carré, sur quatre équipe, il y a une surprise, l'Uruguay, et trois équipes qui ont surpris les autres nations en ne pratiquant pas le football qu'on attendait qu'elles pratiquent. Elles sont allées à contre courant des idées reçues. La Hollande s'est ainsi montré réaliste, l'Allemagne joueuse, et l'Espagne cynique » . Tout sauf un hasard, donc ? «  Certaines équipes comme la France et l'Italie n'ont pas réussi à changer leur mentalité de jeu et à renouveler leurs systèmes respectifs. Le problème, c'est que lorsque l'on ne se renouvelle pas, on fonce souvent droit dans le mur » . Résultat : une finale inédite dans laquelle le cynisme et la furia seront les invités surprises de dernière minute. Et une question : en 2010, faut-il nécessairement aller au-delà des lieux communs qui nous étiquettent pour devenir champion du monde ?

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