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La fin d’Iniesta = la fin du Barça ?

Accueilli en sauveur par le Camp Nou, Andrés Iniesta demeure le dernier des Mohicans de l’ADN blaugrana. Un chef d’orchestre unique dont la fin de carrière annonce le déclin irrémédiable de la philosophie cruyffienne qui a si longtemps caractérisé cette époque dorée.

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Au Camp Nou, le messie change parfois d’apparence. Habituellement porté par la Pulga, ce costume trouve, depuis ce samedi, un nouveau propriétaire en la personne d’Andrés Iniesta, de retour sur les prés après un mois et demi de convalescence qui en paraît six pour les amoureux du Barça. Car, à l’instar du premier acte morose des Blaugrana lors du Clásico, le jeu catalan souffre durant cette période de l’absence de son génial capitaine, dernier vestige du jeu caractéristique découlant de l’héritage cruyffien. De fait, en l’espace d’une demi-heure passée sur le terrain, l’enfant-lune recolore le pâle visage de ses coéquipiers – un comble, oui – et renvoie l’audience présente au stade à d’heureux souvenirs, faits de redoublements de passes, de caresses sur le cuir et d’ouvertures audacieuses. Une masterpiece pour rien, ou presque, comme le confirme l’égalisation de Sergio Ramos, qui pose une question que le Mes que souhaiterait passer sous silence : que deviendra le style qui définit les succès des deux dernières décennies du Barça lorsqu'Andrés Iniesta décidera de raccrocher les crampons ? La réponse, si redoutée, hante déjà la cité de Gaudi.

« Iniesta nous rappelle que la base du football est la technique »


Pour comprendre l’importance d’Andrés Iniesta dans ce FC Barcelone à la sauce Luis Enrique, un retour quelques années en arrière s’impose. En 2008, le lutin de Fuentealbilla entame son sixième exercice au sein de l’équipe première, mais change enfin de statut. De suppléant de Deco et Xavi, il devient un indispensable du système de Guardiola, nouvel homme fort de la guérite azulgrana et, surtout, disciple érudit de Johan Cruyff. De l’aveu même du Néerlandais, qui prend sa plus belle plume pour sa chronique dans El Periodico, « Iniesta nous rappelle que la base du football est la technique, pas le physique » . Un adage qui, actuellement, n’a plus la même cote de popularité dans les offices du Camp Nou, où André Gomes et Ivan Rakitić, certes pas emmerdés par le cuir, mais loin d’être des descendants de Xavi et Guardiola, entourent Sergio Busquets durant l’absence de leur capitaine. Le changement de profil est notable, d’autant plus que depuis le début de l’ère Enrique, la MSN, si chère aux férus de statistiques et au service commercial du Barça, récupère le rôle principal autrefois propriété du milieu de terrain.


« On peut avoir le meilleur gardien, les meilleurs défenseurs et les meilleurs attaquants. En les additionnant, on en est à plus de la moitié d’une équipe, mais ce ne sont pas les plus importants, poursuivait avec sa plume acerbe Johan Cruyff. Ils seront tous meilleurs ou pires en fonction du milieu de terrain. Dis-moi qui sont ceux qui organisent le jeu, comment ils bougent, et je te dirai le rendement que tous les joueurs peuvent avoir. Le milieu de terrain est, pour moi, l’authentique barème d’une équipe de football. » Tout comme un célèbre barbu changeait l’eau en vin, Andrés Iniesta transforme tous ceux qui l'entourent en joueurs meilleurs. Sitôt son entrée effective face au Real Madrid, tout le collectif blaugrana retrouve sa cohérence, sa cohésion, à l’image de Sergio Busquets, à la rue lors du premier acte, de retour à son niveau en seconde mi-temps. Il s’agit du fameux liant entre la défense et l’attaque, entre les phases de récupération et de projection. Et c’est là tout le mal actuel de ce FCB qui, en manque de son commandant de bord, s’approprie le célèbre vers du poème L’Isolement de Lamartine : « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. »

Sans Don Andrés, de l’évolution à la régression


Depuis le départ de Xavi vers des cieux qataris, Andrés Iniesta devient le seul membre de l’effectif de Luis Enrique à pouvoir assumer cette transition entre toutes les lignes et à assurer la pérennité du modèle de jeu caractéristique du Barça. Autant dire qu’en son absence, et en prévision d’une retraite qui se rapproche – en mai prochain, il fêtera ses trente-trois ans –, le style blaugrana est en danger. Car si presser et courir avec le ballon sied comme un gant au Real Madrid, le Barça habitue ses suiveurs à un autre plan de bataille qui nécessite le contrôle absolu des matchs. Aujourd’hui, l’heure n’est plus à l’évolution, mais bien à la régression de la marque de fabrique des Culés qui tentent, contre vents et marées, de s’attribuer une idée contre-culturelle. Et ce ne sont pas les profils de Rafinha, Arda Turan, Denis Suárez, Ivan Rakitić et André Gomes, doués techniquement, mais sans la science du jeu catalane, qui laissent entrevoir avec optimisme la relève de Don Andrés. Lorsqu’il décidera de ranger les crampons, le Camp Nou n’aura plus que ses yeux pour pleurer sa perte, mais également celle d’une certaine idée du Barça.

Par Robin Delorme
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