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La famille décomposée du Beitar

Focus sur le groupe d’ultras du Beitar Jerusalem, « La Familia » , en plein déchirement interne après avoir été infiltré par un agent double de la police israélienne.

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La voix est fluette, hésitante. L'adolescent réfléchit, puis se raisonne et lâche : « Je préfère que tu ne mentionnes pas mon nom, sinon ils pourraient me causer des problèmes. » Eux, c'est « la Familia » , les ultras du Beitar Jerusalem. Réputé pour son extrême violence contres les arabes israéliens, ses chants islamophobes et ses liens avec l'extrême droite israélienne, le groupe est en proie, en ce moment, à d'importants changements structurels. Une première dans son histoire. Le 7 août dernier, dix-neuf de ses membres ont été inculpés pour « tentative de meurtre » et « délits racistes » , selon la police israélienne. « Des armes et des grenades ont été retrouvées dans la maison de certains..., sait celui qu'on appellera "Apollon". Autant d'arrestations, ça n'était jamais arrivé. Ce que la police ne te dit pas, c'est qu'un de leurs indics a infiltré la Familia. Il s'appelait L. Madja et s'était fait apprécier de tous dans le groupe. Du coup, ils connaissaient bien tous les protagonistes. En réalité, ils ont chopé en tout cinquante-six personnes. Et seulement dix-neuf ont été inculpées. » Jamais un coup de filet aussi bien organisé et ciblé n'avait frappé la Familia, davantage habituée à être prise la main dans le sac. Voilà pourtant bien des années que les ultras du Beitar troublent l'ordre public et attisent grandement les tensions islamophobes. Les confrontations très encadrées avec l'ennemi juré, le Bnei Sakhnin, club israélien d'une ville arabe de Galilée, n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. Moussa Hafid, supporter de Sakhnin, rappelait les ambiances tendues pendant leurs confrontations : « Il leur arrive de brûler des corans ou d'arracher des pages, ou de chanter que notre Dieu Mahomet fait le café aux juifs... »

Trophées fondus


Même constat, cette fois au sein même de son club, quand, en 2013, la direction choisit de recruter Gabriel Kadiev et Zaur Sadayev. Les deux joueurs sont russes et de confession musulmane. « La Familia ne l'a pas supporté » , se remémore Apollon. Insultes et jets de projectiles à chaque entraînement, chants racistes et saccages à tous les matchs, pressions et menaces sur la direction... Tout est fait pour que les recrues ne s'éternisent pas. Mais la Familia passe la seconde quand Zaur Sadayev marque son premier but pour le club. Les bureaux de la direction sont volontairement incendiés. « Tous nos trophées ont fondu » , soupire le supporter du Beitar. « Ils ont commencé à se rendre chaque jour devant la maison du président et à le harceler. » La pression est alors à son apogée. Dans la foulée, le club fournit une garde rapprochée à ses deux recrues. « Au final, le club a cédé et les joueurs sont partis. Mais la Familia n'était pas encore pleinement satisfaite et a demandé le départ du président. Chose qu'ils ont eue aussi... » Depuis quelques années, Apollon remarque un extrémisme toujours plus grimpant et une haine de l'arabe toujours plus forte. Une poussée davantage « politisée » que « centrée sur le foot » . Le jeune homme, qui se dit pourtant être « d'extrême droite » ne veut plus cautionner les agissements des nouvelles figures de la Familia. « Ce sont en grande majorité des Français qui ont fait partie de la Ligue de défense juive et réalise leur Alya (immigration en terre sainte, ndlr). Aujourd'hui, la Familia ressemble plus à un rassemblement d'anciens de la LDJ qu'à un groupe de supporters de foot. Les Français sont comme ça. Ils ne viennent pas vraiment supporter l'équipe, mais exprimer leur haine des arabes. » Fait surprenant, le Beitar assume son racisme et le revendique même. « À chaque match, t'as 30 000 personnes qui chantent en hébreux : "Voilà elle arrive, l'équipe la plus raciste d'Israël." » Coach éclair en 2005, Luis Fernandez ne garde pas un bon souvenir de son passage là-bas. L'ancien totem du PSG ne souhaite pas vraiment s'épancher sur le sujet et botte en touche : « Ce que je peux juste dire, c'est que c'est un club très spécial. »

Traître à la famille


Dans la violente tempête Beitar, un homme réussit à garder les pieds sur terre. Son nom : Dudi Mizrahi. Sa calvitie naissante et son embonpoint font de lui un personnage d'apparence sympathique. Pourtant l'homme dit ne « pas toujours l'avoir été  » . Ancien père fondateur et figure charismatique de la Familia, il est aujourd'hui le traître que tout le monde veut abattre. Un soir, après une bagarre en plein match avec le joueur de Sakhnin Mohammed Ghadir, Dudi prend enfin conscience de ses actes. Joint par téléphone, il raconte : « Je venais de faire de la prison pour ça et devais payer une amende de 50 000 shekels (11 730 euros, ndlr). Un soir de Kipour, j'ai pleuré, demandé pardon à Dieu pour mes bêtises et j'ai réalisé que toute cette haine était inutile. Je me suis rendu compte que le peuple juif avait vécu la Shoah et que nous étions en train de reproduire ça avec les arabes. J'ai donc décidé de déployer toute mon énergie dans la réconciliation entre nos peuples. » Depuis, Dudi Mizrahi fait le tour des écoles, écharpe du Beitar Jerusalem au cou, pour sensibiliser les jeunes à la lutte contre l'islamophobie et le racisme. L'ancien père fondateur compte également redonner naissance au « Ghobar Rayot » , ancien groupe d'ultras pacifique et tolérant du Beitar disparu après l'émergence de la Familia. « Il n'a pas encore le soutien des supporters du Beitar, mais il espère opposer une résistance à la Familia d'ici quelques années, révèle Apollon, qui ajoute que « les jeunes adolescents fans du Beitar comme moi sont davantage fascinés par la violence et les interdits que les discours pacifiques de Dudi » . Heureusement pour ce dernier, les récents agissements de la frange française de la Familia ne sont pas du goût de tout le monde. « Ils pénalisent trop l'équipe. Certains pensent que ces mecs viennent simplement insulter les arabes et se bagarrer plutôt que supporter l'équipe. » C'est dans un climat de déchirement interne que la Familia a suivi, il y a quelques semaines, l'arrivée au club de Johan Audel, accueilli telle une star à l'aéroport de Tel Aviv. « La Familia n'a rien contre les noirs. On en a toujours eu dans notre équipe. Ce sont juste les musulmans. Ici, les supporters ont l'habitude de dire qu'un Messi musulman ou un Cristiano Ronaldo musulman, personne n'en voudrait au club » , souffle Apollon. Au Beitar, le racisme est à la carte.



Par Quentin Müller Propos de Moussa Hafid et Luis Fernandez extraits du So Foot n°115.
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