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La dernière promenade anglaise de Bobby Charlton

Jour si particulier dans une vie, la retraite ne se passe pas toujours comme prévu. Bobby Charlton le sait, lui qui a dit adieu aux Three Lions le 14 juin 1970 après plus de 100 sélections sur un remplacement qui aurait dû être anecdotique, et qui a conduit à une élimination en Coupe du monde.

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Sur le bord du terrain, Alf Ramsey sert victorieusement les poings dans ses poches. Ce quart de finale de Coupe du monde commence à sentir bon, très bon même. Nous sommes le 14 juin 1970 dans la fournaise de Leòn, en plein centre du Mexique, à près de 2000 mètres d'altitude. Il est un peu plus de 13 heures quand Martin Peters récupère un centre envoyé par Francis Lee depuis le côté droit et trompe Sepp Maier. Le tableau d'affichage affiche 2-0 à la 50e minute de jeu, et coach Ramsey peut jubiler. Ce remake de la finale de 1966, tout le monde l'attendait, et cette fois, personne ne viendra embêter les Anglais avec des polémiques. Pas de psychodrame autour d'un ballon entré ou non, pas de « Hurstgate » , juste une voie royale vers les demi-finales. À 20 minutes de la fin du match, Alf Ramsey en a assez vu et s'apprête à remplacer Bobby Charlton, « pour le préserver » se justifiera-t-il par la suite. Pour la première fois en Coupe du monde, le règlement autorise les remplacements en cours de match, alors autant en profiter. Mais le timing est mauvais, puisque Beckenbauer marque au même moment et redonne espoir aux Allemands. Mais Ramsey ne veut rien savoir, et fait tout de même entrer Colin Bell à la place de Charlton. Le tournant du match. Bobby a alors 32 ans, déjà la coupe de cheveux de Valéry Giscard d'Estaing, et avait déjà été remplacé lors du dernier match de poules face à la Tchécoslovaquie. Il n'en reste pas moins indispensable sur le terrain, et la RFA marque à nouveau 5 minutes après sa sortie avant de l'emporter en prolongation. L'excès de prudence de Ramsey sera considéré comme une faute grave, et Charlton prendra une décision radicale dans la foulée : l'arrêt de sa carrière internationale.

La faute à qui ?


Après la défaite, des têtes doivent tomber, mais les Anglais ne savent pas qui pointer du doigt. Alf Ramsey, coupable d'avoir fait sortir l'un des hommes clés du match ? Colin Bell, entré à sa place et auteur d'une prestation médiocre ? Ou bien Peter Bonetti, gardien remplaçant anglais titulaire ce jour-là car Banks était malade, et soit en retard soit mal placé sur les trois buts allemands ? Les regrets sont d'autant plus forts qu'une grande partie de l'opinion anglaise est persuadée que l'équipe de 1970 était plus forte que celle de 1966. Bobby Charlton, gentleman, refusera toujours d'accuser frontalement untel ou untel. Il jure que sa sortie du terrain n'est pas la cause de la remontada des Allemands, puisqu'il était encore sur le terrain lors de leur premier but. Mais plus les années ont passé, et plus Charlton s'est permis de charger à demi-mots son sélectionneur de l'époque. En visite à Toulouse pour la Coupe du monde 98, il affirmait près de 40 ans après les faits à des journalistes de La Dépêche : « Mon remplacement en quarts de finale contre l'Allemagne à 20 minutes de la fin ? Alf Ramsey a peut-être commis une erreur. » Lors d'un chat avec des internautes du site anglais Four Four Two en 2008, il confie : « J'ai été surpris. Je me sentais OK au moment d'être remplacé. Je n'étais pas fatigué, je n'avais pas besoin de souffler, j'avais encore des ressources. » Ramsey en avait décidé autrement, le choix du roi, et c'est depuis le banc que Charlton a observé ses coéquipiers prendre le bouillon.


Une retraite en famille


Charlton ne sait pas s'il a encore un avenir avec les Three Lions, et ne prend pas la décision d'arrêter sur le champ. Le Mondial a été agité pour les Anglais, qui étaient arrivés tenants du titre, mais avec une réputation ternie par certains épisodes, comme l'arrestation de Bobby Moore pour vol de bijoux. Au Mexique, une partie de la presse fait passer les coéquipiers de Charlton pour des soulards ingérables. Pour certains, l'intoxication alimentaire qui a empêché Banks de jouer le quart de finale serait même due à une bière mexicaine, quand d'autres affirment qu'il a été empoisonné pour affaiblir l'équipe d'Angleterre, quelques jours après qu'il a réalisé « l'arrêt du siècle » sur une tête de Pelé. Au milieu de tout ça, Charlton et ses 106 sélections - record à l'époque - ne savent plus où donner de la tête. « Sur le moment, je n'ai pas réalisé que ce serait mon dernier match pour l'Angleterre, mais j'ai compris rapidement après. » Bobby Charlton ne voit qu'une seule raison de continuer, jouer le Mondial 74. Mais il sait qu'il aura 36 ans et que rien, pas même sa légende, ne lui garantira une place. « J'ai dit merci à Ramsey, et c'était terminé » , conclut Charlton. Son grand frère Jack Charlton, défenseur de l'équipe, prend aussi sa retraite au même moment. Une bien triste fin, mais rien comparé à l'enfer qui attend Alf Ramsey. Lâché par presque tout le monde à la Fédé anglaise, le sélectionneur ne parvient même pas à se qualifier pour la Coupe du monde qui suit et est viré avec une pension misérable. Il faudra la reine d'Angleterre en personne pour réunir Charlton et Ramsey, désormais anoblis, Sirs, et au service de Sa Majesté.



Par Alexandre Doskov
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