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La dernière marche

A l’Allianz Arena, c’est une finale incertaine qui s’annonce entre l’hôte spécial, le Bayern Munich, et un invité peut-être plus spécial encore cette saison, Chelsea. Les pronostics donnent un avantage aux Allemands et ils n’ont pas forcément tort. Mais les Anglais, habités par une force intime, y croient dur comme fer et ils n’ont pas forcément tort non plus. En piste !

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Ce samedi soir, il sera question de destin. Oh, on sait, c’est un mot grandiloquent dont on se repaît facilement en pareille circonstance. Pourtant cette fois, l’idée dépasse le stade des banalités. Concernant le Bayern Munich, le principe est facile à comprendre : c’est dans son Allianz Arena que se déroule l’acte final de la Ligue des champions. Un rendez-vous que les Bavarois avaient annoncé dès le début de la saison comme l’objectif majuscule du millésime 2011-2012. Et être présents au rendez-vous fixé relève déjà d’une sacrée performance. Car ce n’était pas gagné, loin de là. On avait bien vu que la bande à Jupp Heynckes figurait une sorte de super outsider, en compagnie de Milan peut-être. Le hic, c’est que les deux favoris semblaient tellement favoris que ce statut en embuscade paraissait destiner Franck Ribéry and co à jouer les animateurs jusqu’à la chute annoncée face au Real Madrid ou au Barça, suivant le tirage. Qu’est-ce qu’on a pu se gourer ! Mais alors en beauté, au sens premier du terme. Car la demi-finale face aux Merengues figura deux grands matches, dignes en tout cas de ce stade de l’épreuve. Et la surprise, ce n’est pas tant que le Bayern ait validé son billet pour Munich mais bel et bien que cela ne souffre aucune contestation. Au vrai, le Bayern n’aurait jamais dû être poussé jusqu’aux tirs au but, une séance qui ne rend pas hommage à leur nette domination, rappel de la mue opérée en Bavière. En 2001, lors de son dernier sacre face à Valence, Munich jouait moche, mais alors vraiment moche. Depuis, le Bayern a troqué son jeu de buveur de houblon pour du foot champagne, raccord avec l’équipe nationale. Ou quand le Bayern tète la roue de la Mannschaft, à moins que ce ne soit l’inverse. Et fatalement, la tentation est immense de faire des Allemands les favoris logiques de la finale, eux qui courent après une victoire dans l’épreuve suprême depuis 2001. Surtout devant son public, une rareté avec seulement trois précédents (victoire du Real en 1957 et de l’Inter en 1965, mais défaite de la Roma en 1984 face à Liverpool, déjà des Anglais, tiens, tiens...). Un avantage incontestable ? Oui, pour ce qui est de la familiarité avec les lieux et l’environnement, mais gare à la surtension. Car en face, du côté des Blues, on ne craint pas la pression : au contraire, on adore, c’est même ce qu’on met dans la bière.

Le pacte sacré des Blues

C’est quand même une drôle d’épopée qu’écrivent les hommes de Roman Abramovitch, donnés pour morts en février dernier après une rude défaite à Naples en huitième aller (1-3), avant de renverser la situation à Stamford (4-1) et de tracer leur route, mieux un sillon, tout en labeur et en sueur, jusqu’à la finale de C1 et la victoire en FA Cup. Ce qui a changé ? Juste le nom de l’entraîneur. Roberto Di Matteo a remis la maison bleue à l’endroit en réinstallant les vieux meubles à leur place. « On voit qu'il est intelligent, tranquille et qu'il maîtrise les situations, admire Heynckes. Quand il est arrivé, Chelsea était en difficulté. Il a eu besoin de mettre les joueurs en confiance et de souder l'équipe, la rendre compacte. Il s'est inspiré des règles et de la mentalité italiennes. La communication également est importante pour les joueurs et, là-dessus aussi, il a fait un gros travail. Si j'étais Abramovitch, je garderais ce jeune homme. » Zone nébuleuse, Jupp, car Dieu seul sait ce qui se trame dans la tête de l’oligarque russe. Il n’empêche, le boss de Chelsea touche son rêve blue, celui-là même qui lui avait glissé entre les doigts en finale 2008 face à Manchester United à Moscou. A domicile quoi, suivez notre regard… Bien évidemment, les observateurs se font du mouron pour Frank Lampard et sa bande. Entre usure de l’âge et absences essentielles (Terry, Ivanovic, Meireles, et surtout Ramires), l’impression que les Londoniens roulent sur la jante ne fait pas d’eux les mieux placés pour rafler le bazar. Sauf que ce Chelsea en fin de vie semble animé par une manière de pacte sacré, de serment intime, pour cette dernière mission, avec cette énergie du sacré qui peut vous mener loin. Celle-là même qui leur a permis de survivre à l’ogre barcelonais. Bien entendu, le Bayern va faire mal, confisquer la gonfle, percuter sur les flancs, davantage sans doute que les Blaugranas (tellement obsédés par l’axe, une bénédiction pour les Anglais). Mais en Didier Drogba, les Blues ont de quoi faire peur et tourmenter un secteur défensif munichois bien entamé (absences de Badstuber, Alaba et du précieux milieu défensif Luis Gustavo). Façon de dire que les suspendus seront aussi importants de part et d'autre.


Et puis Chelsea connaît ses classiques. Il sait bien que le Bayern garde une marque éternelle de son invraisemblable défaite face à MU en finale 1999. Il se souvient aussi qu’en quarts de l’édition 2005, ce sont bien les Londoniens qui étaient passés. Il se rappelle enfin que la dernière fois que le Bayern a accédé à la finale en 2010, il s’était fait rouster par l’Inter de José Mourinho, précisément l'ancien mentor des Anglais, celui qui leur a tout appris. Sauf que le Mou s’est fait dégager en demies par les Bavarois qui avaient sans doute retenu la leçon prise deux ans avant. Oui, très équilibré tout ça, mine de rien. Et diablement excitant !

Par Dave Appadoo
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