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La dernière croisade

Les Espagnols affrontent le Honduras avec l'idée de se rassurer et d'oublier le traumatisme de la défaite inaugurale contre la Suisse. Mais comme d'habitude, de ce côté-ci des Pyrénées, la victoire ne comptera que si elle est belle. La religion du Toque triomphera-t-elle des infidèles ?

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« S‘il faut mourir, nous mourrons avec nos idées (...) car l'important est de rester fidèles à notre style, celui qui nous a fait gagner ; ne pas devenir fous, ne pas changer. Il faut continuer à faire confiance à ce qui a fait de nous l'un des favoris » . Il a beau avoir des taches de rousseur, le Niño Torres est devenu vieux. La preuve, changer lui file des boutons. Car la sérénité et la presque arrogance ibérique du début de Mondial est en train de faire la place à des doutes existentiels. La défaite contre la Suisse a jeté du sable dans les engrenages et l'inquiétude dans les esprits. On le sait, la Roja c'est un peu le Barça. Du coup, la Suisse c'est un peu l'Inter. L'antidote à l'Espagne a fonctionné dès le premier match. Merci qui ? Merci “Mou”.

Depuis plusieurs jours, questionner le dogme du 4-5-1 n'est plus un blasphème. Si ce système est l'assurance d'une possession insultante, il manque en revanche de percussion et de profondeur. Seul en pointe, David Villa est condamné à relayer des latéraux inertes (Capdevilla, Ramos) ou à faire le zouave tout seul dans les surfaces adverses. Du coup, sortir Torres du placard (au détriment de Busquets) pour l'allier à son copain “el Guaje” est une option qui semble de plus en plus probable. L'Espagne est prête à perdre en possession ce qu'elle pourrait gagner en profondeur. Xabi Alonso sera dans ce cas obligé de tenir la baraque au milieu comme l'avait fait le regretté Marcos Senna en Autriche en 2008. Sauf que ça, c'était le tube de l'été d'il y a deux ans.

Le doute

Une seule défaite a suffi à faire douter le général Del Bosque. Faire mieux que Luis Aragones avait l'air simple lors de sa nomination, quelques semaines avant l'Euro victorieux. La victoire contre l'Allemagne a tout changé. Du coup, même Angel Maria Vilar (le Escalettes espagnol) y va de son petit soutien: « Vicente Del Bosque continuera après le Mondial, quoiqu'il arrive » . Mais le loup est dans la bergerie. Se poser la question de la continuité du sélectionneur espagnol, c'est déjà en douter. Toni Grande, l'adjoint de La Moustache, glisse « Vicente (Del Bosque, ndrl) était abattu (après la défaite contre la Suisse) pas vraiment à cause de la défaite en soi, plutôt par le fait de son incapacité à l'expliquer » . Il a suffi d'un match pour que les certitudes s'effondrent. Seul anti-dépresseur efficace : une victoire nette et avec panache contre le Honduras.

Sauf qu'en face, Reinaldo Rueda, le sélectionneur colombien du Honduras se régale : « le Chili est le rival le plus difficile du groupe » . Offusqués, les médias espagnols exigent des explications. « Les plus forts ce sont les Chiliens, ceux qui jouent le mieux, ce sont les Espagnols » répète Rueda. Personne ne comprend rien mais la ménagère est rassurée. En place depuis 2007, le sélectionneur hondurien a fait des miracles en qualifiant son groupe pour l'Afrique du Sud. La dernière et unique participation de la petite République centraméricaine c'était en 1982, en Espagne. A l'époque le Honduras était une dictature et obtenait un match nul contre le pays hôte en ouverture du Mondial (1-1). 28 ans plus tard, le gouvernement du Honduras n'est toujours pas reconnu par l'ONU et l'Espagne se présente à nouveau. Un autre match nul (qui éliminerait presque les Ibériques) contre l'ex-colon serait du meilleur goût pour le gouvernement Lobo Sosa (le nouveau caudillo hondurien).

Les infidèles

Mine de rien, le match de ce soir est le plus important pour l'Espagne depuis deux ans. Autre chose qu'une victoire mettrait le feu à toute la Castille. Alors pour prêcher la supériorité du Tiqui-Taqua, les missionnaires ne sont plus ni curés, ni entraineurs ; ils sont psys. José Carrascosa (Psychologue sportif) évangélise dans El Mundo: « Au-delà du rival, pour tous les joueurs de la sélection il y a maintenant un autre défi : démontrer que leur modèle de jeu et ce qu'ils représentent, n'est pas dépassé » . Ce soir, les croisés seront en rouge. Tout le royaume attend (trop ?) que ses missionnaires vengent l'honneur du Toque. C'est l'heure de la Reconquista. Ou pas.

Thibaud Leplat, à Madrid

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