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La déchéance de Fabian O’Neill

Fabian O’Neill était le joueur le plus fort que Zinédine Zidane ait vu jouer. Mais le problème, c’est qu’il aimait trop l’alcool, le jeu, les filles et autres gourmandises. Aujourd’hui, l’ancien international uruguayen est un semi-vagabond, qui survit en vendant des fruits et légumes.

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La scène se passe en 2002 à Busan, à la sortie d’un funeste match nul entre la France et l’Uruguay qui scelle quasiment l’élimination des tenants du titre. Alejandro Balbi, membre de la délégation céleste, croise Zinédine Zidane et lui demande une photo. Zizou désigne alors Fabian O’Neill, milieu international uruguayen et dit à Balbi : «  Le phénomène c’est lui, pas moi !  » Avant de donner l’accolade à celui qu’il a côtoyé un an plus tôt à la Juventus. Car de l’aveu même de Zidane, « el Mago » O’Neill est le joueur le plus fort avec qui il ait joué. Pourtant, aujourd’hui, alors que Zizou est assis sur le banc du Real, O’Neill, lui, est le plus souvent solidement accoudé au comptoir du bar La Nueva Lata à Paso de Los Toros, sa ville natale. Ruiné et alcoolique.

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Comment peut-on en arriver là ? C’est la question à laquelle ont répondu deux journalistes uruguayens qui ont publié une biographie de l’homme intitulée Hasta la ultima gota (Jusqu’à la dernière goutte), qui raconte la déchéance d’un des joueurs les plus doués de l’histoire du football national et s’est vite converti en best-seller du côté de Montevideo. Si l’histoire d’O'Neill a tant séduit, c’est que tout Uruguayen qui l’a vu briller avec la sélection ou sous le maillot du Nacional a cette sensation amère que sans tous ses excès, Fabian aurait probablement été l’un des plus grands joueurs de l’histoire du pays.

Cinq petits ponts à Gattuso dans le même match


À Cagliari aussi, on aime énormément O’Neill. En Sardaigne où il évolue pendant quatre ans (1996-2000), il devient le « Mago rossoblù » , un joueur brillant. Et si les supporters du club, connaissant son penchant pour l’alcool, le traitent d’ivrogne quand l’équipe descend en Serie B, c’est pour mieux lui payer des coups, quand le club est de retour en Serie A un an plus tard. Capitaine sarde et 10 hors norme, O’Neill se paye même le luxe d’humilier le numéro 5 de la Salernitana, lui assénant cinq petits ponts lors du même match, pour gagner un pari fait avec son compatriote Paolo Montero. Et le numéro 5 de la Salernitana à cette époque, c’est Gennaro Gattuso.

Après quatre années brillantes, Fabian signe donc à la Juve. Mais à Turin, malgré les yeux de Chimène qu’a Zidane pour lui, l'Uruguayen ne parvient pas à s’imposer. Alors qu’il aurait pu définitivement s’imposer comme un joueur qui compte, il ne comptabilise que dix-neuf apparitions, puis s’en va à Pérouse où il joue très peu. La suite ? Un come-back à Cagliari, un autre au Nacional Montevideo : deux échecs. En 2003, à même pas trente ans, Fabian O’Neill arrête sa carrière et disparaît des radars. La faute à une hygiène de vie déplorable essentiellement.

La mascotte des prostituées


Il faut dire que la vie de ce descendant d’immigrés irlandais n’a jamais été facile. Abandonné par ses parents, il grandit à Paso de Los Toros, une petite ville rurale avec sa grand-mère. Et passe beaucoup de temps dans la rue. À 9 ans, O’Neill vend des choripanes (sorte de hot-dogs) à la sortie du bordel local. Il devient la mascotte des prostituées et commence déjà à boire. C’est de son village uruguayen et de cette enfance passée dans l’infra-monde qu’O’Neill tient son addiction à la boisson et ses manières de villageois. Des habitudes qui ne le quitteront jamais malgré la gloire. En réalité, la biographie d’O’Neill est avant tout un recueil d’anecdotes extraordinaires. Le livre par exemple s’ouvre sur celle-ci : « Il ouvrit les yeux et se rendit compte qu’il était dans un bar. Étourdi par l’alcool, il regarda sur les côtés et vit les cadavres de bouteilles, les chaises sur les tables. Il se leva du matelas déglingué sur lequel il avait passé la nuit derrière le bar du café Los Fresnos, un établissement mal famé. Il était midi moins le quart et trente minutes plus tard, il devait être au stade Centenario pour le match. Fabian O’Neill, la star du club Nacional, allait arriver en retard et avec la gueule de bois. »

Ivre, il achète 1104 vaches aux enchères


Et le reste est à l’avenant. On y apprend notamment qu’à la fin de sa carrière, O’Neill, devenu entraîneur du club de sa ville natale, avait l’habitude lors des déplacements du club de faire des descentes dans les bordels avec ses amis, de les privatiser et de profiter des femmes et de l’alcool jusqu’au petit matin. Le lendemain, on l’apercevait dormant dans le coffre de son pick-up, assez loin du banc de touche. Il y a aussi cette fois où, lors d’une vente aux enchères de vaches, O’Neill, complètement cuit, levait le bras à chaque animal. Jusqu’à acquérir 1104 bestiaux contre 250 000 dollars. Fatalement, avec ce train de vie, Fabian O’Neill est aujourd’hui complètement ruiné. Mais il encaisse sa déveine avec philosophie : « J’ai eu 14 millions de dollars et j’ai tout perdu. J’ai eu des tonnes d’amis et aujourd’hui, je vis avec une dizaine de vagabonds comme moi, on s’entraide. Mais ça ne me dérange pas d’être pauvre, je n’ai jamais voulu être du côté des riches. J’ai assez pour m’acheter à boire. Manger, je peux manger du riz avec des œufs, c’est pareil. Des chevaux lents, des femmes rapides et beaucoup de paris, voilà pourquoi il ne me reste rien. »
Si jamais vous avez l’occasion d’aller à Paso de los Toros, passez par l’épicerie-bar la Nueva Lata, il y a de fortes chances que vous y croisiez un homme un peu saoul qui vend des légumes. Vous aurez du mal à le croire, mais cet homme est le joueur le plus fort qu’a côtoyé Zinédine Zidane.

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Par Arthur Jeanne
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