La débâcle de Klaudios

Juste avant de réaliser l’un des plus insoupçonnables exploits de l’histoire du football à la tête de Leicester, Claudio Ranieri a connu le plus grand échec de sa carrière. À l’été 2014, le technicien italien devient sélectionneur de la Grèce. Cela a duré trois mois et demi. Mais l'important, ce n'est pas la chute...

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Dix ans après le sacre imprévisible des hommes du « général » Otto Rehhagel sur le continent européen, la Grèce a encore donné raison à Winston Churchill. « Les Grecs se battent comme des héros, et les héros se battent comme des Grecs » , notait le sage britannique. Lors du Mondial brésilien, la bande à Giorgios Karagounis – le dernier rescapé de 2004 avec Kóstas Katsouránis – n’est pas allée au bout de la compétition, mais elle a transmis de l’émotion. Sans star ni beau jeu, mais avec de la solidarité et des vertus morales. À la faveur d’un penalty de ce bon vieux Samaras à la 93e minute contre la Côte d’Ivoire, la Grèce a arraché sa qualification pour les huitièmes de finale. Et c’est encore dans le temps additionnel qu’une banderille plantée par Sokratis Papastathopoulos a permis aux Grecs d’arracher la prolongation contre le Costa Rica, avant une fin cruelle lors de la séance de tirs au but. Sortie avec les honneurs.


De sélection nationale de troisième zone (l’Euro 2004 n’était que la troisième participation de la sélection à une phase finale de compétition internationale après l’Euro 80 et la World Cup 94 – deux éliminations au premier tour à la clé sans la moindre victoire), la Grèce était devenue un habitué des rendez-vous internationaux (participations aux phases finales de l’Euro 2004, 2008 et 2012 et des Coupes du monde 2010 et 2014). C’est cette nation qui s’offre à Claudio Ranieri à l’été 2014. Fraîchement remercié par l’AS Monaco malgré une qualification directe pour la Ligue des champions acquise par le promu monégasque, l’Italien prend le relais du futur champion d’Europe, Fernando Santos, fidèle successeur d’Otto Rehhagel en matière d'idées de jeu. Si les règnes cumulés de l’Allemand et du Portugais pèsent treize années à la tête des Hellènes, Ranieri, lui, dirigera à peine quatre rencontres de la sélection en l’espace de trois mois et demi.

Première sélection nationale et phase de poules easy


Le coach italien de soixante-deux ans est le premier choix de la Fédération grecque. Même s'il n'a encore jamais été à la barre d'une sélection nationale, voilà un technicien au CV bien garni à la tête de la Grèce. Derrière le souhait du président de la HFF Giorgos Sarris lors de la présentation officielle que « le nouveau coach poursuive sur les traces qui ont défini l’équipe nationale » , il y a la volonté de se détacher des critiques qui émaillent le jeu rudimentaire de la sélection. « J'ai toujours été quelqu'un qui, au début, essaie d'entrer dans le tissu de l'équipe. Ensuite, petit à petit, j'amène cette équipe vers là où je souhaite qu'elle aille. Mais toujours en respectant l'endroit où je me trouve » , confiait Claudio Ranieri à So Foot en décembre 2012. Bonne nouvelle, la poule des éliminatoires de l’Euro 2016 s’annonce comme une formalité : Roumanie, Hongrie, Finlande, Irlande du Nord et îles Féroé. En bref, des victimes en puissance, exceptés les Roumains pour qui la dernière qualification vers une phase finale (Euro 2008) commence à dater.


Sauf que non. En septembre, la Roumanie s’impose à Athènes (0-1). Un mois plus tard, la sélection enchaîne un match nul sans gloire en Finlande (1-1) et une nouvelle défaite à la maison devant l’Irlande du Nord. Pire, le 14 novembre, avec un onze largement calqué sur celui du Mondial auriverde (neuf joueurs sur onze étaient dans le groupe au Brésil), la Grèce est humiliée chez elle par les îles Féroé (0-1) ! Premier surpris de cette défaite, le sélectionneur ne « trouve pas les mots » . Le couperet tombe dès le lendemain : Ranieri est viré. À l’heure du bilan : zéro victoire, un nul et trois défaites. « J’ai eu droit à quatre matchs. Et pour chacun de ces matchs, j’ai entraîné les joueurs pendant trois jours. Ça fait douze jours d’entraînement. Je devais reconstruire une équipe en douze jours ? Qu’est-ce que je pouvais faire ? Je ne suis pas un magicien » , se défendra plus tard Ranieri pour le Leicester Mercury.

« Je suis comme les Japonais »


Après son expérience grecque en coup de vent, l’Italien apparaît bien décidé à ne pas conclure sa carrière sur cet échec cuisant. Même après trente ans de carrière sur un banc, le mister profite de son temps libre pour s’enrichir de ses confrères, en allant notamment à la rencontre de Jürgen Klopp durant un stage de Dortmund à La Manga, dans le sud de l’Espagne. « Je suis allé le voir durant la trêve hivernale et j’ai passé une semaine avec lui. J’ai observé sa manière de travailler, de faire jouer son équipe, explique Ranieri. Je suis comme les Japonais. Je photographie et je m’améliore. Au début, les voitures japonaises n’étaient pas terribles, mais maintenant, ce sont les meilleures ! »

Pendant que le naufrage du Bateau Pirate se précisera un peu plus – le nouveau sélectionneur Sergio Markarián jettera l’éponge après une nouvelle défaite contre les îles Féroé –, Ranieri aura l’opportunité de rebondir à Leicester avec le succès que l’on connaît. Et rappellera une évidence après le titre de champion des Foxes au printemps dernier : « Je tiens à souligner que je suis le même homme qui était sélectionneur de la Grèce. Je n’ai pas changé. » Il était juste devenu un héros. Un Grec.

Par Florian Lefèvre Propos de Claudio Ranieri tirés du Leicester Mercury, So Foot #102 (à retrouver dans le hors-série tactique) et de conférences de presse.
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Dans cet article

Cafu cremes Niveau : CFA2
En des temps ou le mythe du champion invicible est vendu par toutes les marques avec un porte étendard au charisme d'huitre, je trouve ça beau que Ranieri qui a trimballé son manque de chance toutes ses années ait enfin sa revanche.

Un mec sympa, humain, faillible et qui met toujours la passion en avant pour expliquer échecs et succès.
crabunjourcrabtoujours Niveau : CFA2
Ce type est une pipe. Il a jamais rien gagné de sa vie.
Ah ouais, un titre de champion avec un club détenu par un multi milliardaire, et avec l'appuie de la ligue anglaise pour faire vendre leur championnat.
Et puis bon, que peut-on encore attendre d'un entraîneur Italien.
Le football romantique comme on l'aime
Message posté par crabunjourcrabtoujours
Ce type est une pipe. Il a jamais rien gagné de sa vie.
Ah ouais, un titre de champion avec un club détenu par un multi milliardaire, et avec l'appuie de la ligue anglaise pour faire vendre leur championnat.
Et puis bon, que peut-on encore attendre d'un entraîneur Italien.


La différence entre argument objectif et subjectif tout ça tout ça...
« Je tiens à souligner que je suis le même homme qui était sélectionneur de la Grèce. Je n’ai pas changé. »

Cette phrase superbe est certes avant tout une vraie leçon d'humilité, mais c'est surtout un formidable rappel (un de plus) aux apôtres des jugements définitifs.

Egalement, cela nous rappelle que sélectionneur et entraîneur sont 2 métiers différents.

Ce mec est quand même assez génial, extrêmement sympathique en pus d'être un très bon entraîneur.
crabunjourcrabtoujours Niveau : CFA2
Bon mais sinon, Ranieri est de cette classe d’entraîneurs élégants qui font du bien au foot.
On retrouve beaucoup ce genre de comportements des entraîneurs Italiens, que ce soit la nouvelle ou ancienne génération.
Lippi, Ancelotti, Conte, Allegri...
C'est une école d'humilité, de classe et d'élégance.
Lorqu'on pense à ce qui se produit en France... on comprend un peu pourquoi il y a une énorme écart entre les deux mondes de foot.
Je ne dénigre pas le foot français juste pour le fun, c'est juste que, rien que lors des confs de presse la différence est flagrante !
D'ailleurs les seuls qui s'exportent un peu, sont ceux qui font preuve d'une certaine classe et qui parlent foot aux confs. (Garcia, Puel...)
Alors que les "génies" à la française du type girard n'ont jamais eu aucune proposition à l'international.
L'article explique très bien le fait que Ranieiri n'ait eu que douze jours pour préparer quatre matchs. Ça se paie cash face à des équipes dites "piégeuses". Puis il a fallu que la nouvelle génération de joueurs fasse son trou: Giannotas, Sokratis... Aujourd'hui on le voit aux résultats, ça se passe bien mieux.
Je n'ai jamais pigé que Monaco ne le garde pas au moins une saison de plus pour la Champions... J'ai toujours trouvé le bonhomme particulièrement sympathique, affable souriant marrant tout ça (et bon technicien bien sûr), et humble par-dessus tout, ballon d'eau fraîche pour lui!

Et 'tain j'avais zappé que les grecs avaient paumé 2 fois contre les Féroé, je pense que je me serais jeté d'une falaise...
Message posté par Qhuit
Je n'ai jamais pigé que Monaco ne le garde pas au moins une saison de plus pour la Champions... J'ai toujours trouvé le bonhomme particulièrement sympathique, affable souriant marrant tout ça (et bon technicien bien sûr), et humble par-dessus tout, ballon d'eau fraîche pour lui!

Et 'tain j'avais zappé que les grecs avaient paumé 2 fois contre les Féroé, je pense que je me serais jeté d'une falaise...


La juve a fait la même erreur. Elle termine 2ème du championnat avec ranieri. Elle le limoge et l'année suivante, avec un meilleur effectif, elle termine 7ème il me semble.
Juan_Sanchez Niveau : Loisir
Message posté par crabunjourcrabtoujours
Ce type est une pipe. Il a jamais rien gagné de sa vie.
Ah ouais, un titre de champion avec un club détenu par un multi milliardaire, et avec l'appuie de la ligue anglaise pour faire vendre leur championnat.
Et puis bon, que peut-on encore attendre d'un entraîneur Italien.


Il a gagné une coupe d'espagne en 1999 (avec le valencia cf) et une coupe d'Italie en 1996 (avec la Fiorentina), mais bon, que peut on attendre de toi....
Barton_fink Niveau : DHR
Message posté par crabunjourcrabtoujours
Ce type est une pipe. Il a jamais rien gagné de sa vie.
Ah ouais, un titre de champion avec un club détenu par un multi milliardaire, et avec l'appuie de la ligue anglaise pour faire vendre leur championnat.
Et puis bon, que peut-on encore attendre d'un entraîneur Italien.


tu pourrais au moins être jaloux de son élégance.
crabunjourcrabtoujours Niveau : CFA2
Personne n'a remarqué le second degrés de mon commentaire.
Même après le long message louant sa classe...
crabunjourcrabtoujours Niveau : CFA2
Message posté par Juan_Sanchez
Il a gagné une coupe d'espagne en 1999 (avec le valencia cf) et une coupe d'Italie en 1996 (avec la Fiorentina), mais bon, que peut on attendre de toi....


C'était du second degrés !!! c'est pour dénoncer l'absurdité de ce discours que j'entendait (notamment lors de son passage à monaco)
J'ai vraiment beaucoup d'admiration et de sympathie envers cet entraîneur qui est vraiment l'élégance, la classe et l'humilité incarné.
crabunjourcrabtoujours Niveau : CFA2
Message posté par Juan_Sanchez
Il a gagné une coupe d'espagne en 1999 (avec le valencia cf) et une coupe d'Italie en 1996 (avec la Fiorentina), mais bon, que peut on attendre de toi....


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