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La crise fait son nid au Real

Elle couvait, elle a désormais éclaté. Après une piteuse performance à Séville, la crise fait son retour au sein de la Maison Blanche. Et si Mourinho se faisait lâcher par son vestiaire ? Ou inversement.

Madrid connaît un réveil difficile. Ce n’est pas tant la folie nocturne de la Latina ou de Malasaña – et les cervezas qui vont avec – qui en est la cause. Ce mal de crâne insistant a pris source au sud de l’Espagne, en Andalousie. Samedi, en fin de soirée, ce Real Madrid, chéri ou haï, est venu se perdre sur la pelouse d’un Estadio Ramón Sánchez Pizjuán en ébullition. En soi, un revers pour la Casa Blanca est déjà synonyme de remise en question. Alors, quand le comportement des uns – les joueurs – et de l’autre – Mourinho – porte à débat, c’est toute la sphère populo-médiatique du royaume de Carlos qui s’en mêle. Au vrai, cette défaite en terre andalouse n’est que le reflet du climat nauséabond entourant actuellement le plus grand écusson d’Europe. Les huit unités de retard sur le rival barcelonais en quatre journées paraissent déjà rédhibitoires. Et la Liga, une douce illusion. Outre l’aspect purement quantifiable, le mal semble plus profond au sein du Real Madrid. Entre guerres internes et lutte d’ego, cet épisode pourrait laisser des traces indélébiles.

La goutte d’eau

Une telle déliquescence ne date pas d’hier. Depuis le début de la période estivale, de nombreux petits évènements ont jonché la reprise. Il y a eu tout d’abord l’épisode Kaká. Partira, partira pas ? En conflit ouvert avec le sieur Mourinho, le meneur brésilien a été contraint de rester à Madrid, par peur de se voir refourguer à un club de seconde zone. L’arrivée tardive du Croate Modrić a également connu sa part d’ombre. Alors que Florentino Pérez souhaitait la venue à un prix plus réduit de Santi Cazorla, le même José a fait des pieds et des mains pour recevoir son petit joujou estival. Un désaccord finalement remporté par le Portugais. Dernièrement, c’est bien le mal-être de la star Cristiano Ronaldo qui a cristallisé toutes les attentions de l’environnement merengue. Entre revalorisation salariale et non-reconnaissance de son importance, « l’affaire Cristiano » a pourri l’intérieur d’un vestiaire rempli de melons. Pour illustration, la saillie de Marcelo - « Il est donc temps pour Casillas de recevoir le Ballon d'or.  » - aurait froissé l’ex-détenteur du fameux globe.

La défaite de ce samedi n’a fait que renforcer ces bruits de couloir. Au point d’amener, après seulement quatre coups d’envoi, le vase à déborder. Menés au score dès la première minute de jeu, les ouailles de Mourinho ont fait preuve d’une fébrilité et d’une agressivité inquiétantes. Les choix du Mou portent également leur lot de curiosités. Comme pris de panique, José a fini la partie avec Benzema, Higuaín, Cristiano, Callejón et Modrić sur le gazon. Une tactique étonnante sachant qu’elle a déjà montré ses limites lors du premier revers annuel face à Getafe. Il n’en fallait pas plus au tout-puissant Special One pour invectiver, une nouvelle fois après la déroute getafense, ses joueurs : «  Je n’ai pas d’équipe en ce moment. (...) Aujourd’hui, il y a très peu de têtes pensant au match et à la victoire, au fait que le football est prioritaire dans leurs vies. J’arrive à en compter deux ou trois. » Bim, bam, boum ! L’intéressé a beau tenter de se mêler à ses propres critiques – « Il y a peu de têtes pensant au match, mais je suis l’entraîneur. Et en tant que tel, je suis responsable du mauvais début de saison de mon équipe.  » –, le mal est fait.


La Ligue des champions pour s'échapper

Les hypothèses d'explications sont donc nombreuses, et les faits, têtus. Après seulement quatre journées, José connaît son plus mauvais départ en tant que coach. Pas même avec le modeste União de Leiria, le Portugais n’avait connu pareille entame. À l’échelle de la Liga, le Real Madrid n’a jamais réussi à rattraper un tel retard sur son ennemi catalan. En apparence, l’irritation de Mourinho est pourtant ailleurs : «  Ma préoccupation, ce ne sont pas les points de retard sur le Barça. Depuis le début de saison, nous avons joué la finale de la Supercoupe d’Espagne, et plus rien. » Dans un championnat à deux, un train-train de la suffisance se serait donc instauré au sein de son vestiaire avant d’affronter des équipes plus faibles sur le papier. Justement, ce vestiaire, où règnent en maîtres les Casillas, Sergio Ramos et Xabi Alonso, ne serait-il pas en train de lâcher un entraîneur aux manières discutées ? Le grand Sergio a beau répéter que «  ce n’est pas le moment de se plaindre » et Marcelo « ne pas comprendre ce qui se passe » , les dernières partitions en date ne disent pas autre chose. Histoire de prouver à toute la périphérie du Real que ces débuts calamiteux ne sont qu’une erreur de parcours, le champion d'Angleterre Manchester City est proposé aux Merengues ce mardi. Une victoire face aux Citizens, et les apparences pourraient être sauves. Pour les meubles, il faudra attendre.

Par Robin Delorme, à Madrid
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