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  2. // 15e journée
  3. // Bayern Munich/Borussia Dortmund

Si le Bayern plie le Borussia, le champion de cette 50e édition de la Bundesliga sera connu. Dans les années à venir, il se peut que l’on assiste à un duel Munich/Dortmund, deux équipes qui risquent d’être intouchables pendant longtemps. « Le championnat qui monte » risque-t-il de devenir aussi chiant que d’autres ? Ou bien la Bundesliga, c'est plus fort que ça ?

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Oui, parce que le Bayern et le Borussia sont partis pour durer

Quelques chiffres pour commencer. Mi-novembre, Uli Hoeness (réélu à la tête de la présidence du Bayern jusqu’en 2015) présentait fièrement les comptes de la saison passée : 373,4 millions d’euros de chiffre d’affaires, mais surtout 11 millions de bénéfice. Le Bayern enchaîne un exercice positif pour la 20e année consécutive, chose dont peu de clubs en Europe (surtout les plus grands, tel MU, Barça, Real, etc.) peuvent se vanter. Du côté de Dortmund, mêmes raisons d’avoir le sourire. L’an passé, le club a enregistré un bénéfice net de 34 millions d’euros. Un record. Du coup, le club qui a failli mourir en 2005 n’a plus que 11 millions de dettes à consolider. Bien que différents, les modèles économiques des Bavarois et des Schwarzgelben sont viables. Et comme sportivement, ça se passe plutôt très bien, il se peut qu’à l’avenir, on assiste à un championnat bicéphale avec un Rekordmeister et son challenger numéro un qui écrasent toute la concurrence. La Bavière (qui aura enfin mis le grappin sur Guardiola) aura des envies séparatistes, et Xherdan Shaqiri deviendra le nouveau Lionel Messi. À l’Ouest, Dortmund retombera dans ses travers et achètera des stars à prix d’or. Et vu que Mourinho n’a dit que du bien du BVB durant cette phase de Ligue des champions, il aura peut-être le droit à un nouveau duel avec son meilleur ennemi. Ça blague, mais c’est tout comme.

Oui, parce qu’à la fin, c’est toujours le Bayern qui écrase tout

Si jamais le Borussia Dortmund venait à céder à la folie des grandeurs et à se casser la gueule de nouveau, c’est que le Bayern aura réussi une fois de plus à écarter ce qui le gêne. Voilà cinquante ans que cette formule de la Bundesliga existe, voilà un demi-siècle que les Bavarois finissent par avoir la peau de leurs empêcheurs de gagner en rond. Tour à tour, le Borussia Mönchengladbach, le Hambourg SV, le VfB Stuttgart, le Borussia Dortmund, le 1.FC Kaiserslautern et le Werder Brême ont dû s’esquiver pour ne pas se faire bouffer par l’ogre bavarois. Et que dire de la politesse du Bayer Leverkusen. Dortmund fait son malin avec ses deux titres de champion de suite ? Pas grave, le Bayern reviendra toujours plus fort. Parce que c’est le Bayern. Parce que c’est leur géniale arrogance et leur absence de doute qui leur ont permis de conquérir 22 titres de champion (21 dans la formule actuelle). Les autres peuvent se bouffer entre eux, ça ne regarde pas le Bayern. Car au fond, l’équipe qui est à la fois la plus aimée et la plus détestée du pays ne se complaît que dans l’autosatisfaction. Mia san mia. Le reste, c’est de la merde. Va pour Dortmund en ce moment, ce sera une autre équipe dans quelques années…

Non, parce qu’avec son modèle économique, la Bundesliga pourra attirer des stars

Quand, à l’époque, un Bayern Munich décide de prendre Ribéry à l’OM, les dirigeants marseillais savent qu’ils peuvent se frotter les mains : c’est du cash qui atterrit dans leur coffre. Même chose avec Javi Martínez et Bilbao : 40 millions en une fois, sans facilités de paiement. Dealer avec le Bayern est un gage de satisfaction. D’ici peu, le Borussia Dortmund pourra en faire de même, s’il le veut. Il a même commencé cette année, en réussissant à attirer Marco Reus dans ses filets sous les yeux ébahis du Bayern (bon, ça ne compte pas vraiment, quand on sait que Reus est natif de Dortmund et formé au club). Mais il n’y a pas que ces deux cadors ; par exemple, Schalke avait bien réussi à choper Huntelaar et Hambourg a fait revenir Van der Vaart cet été. Tout ça parce que ces joueurs ont reçu des garanties : celle d’être payés à temps, celle de jouer l’Europe… Grâce à son travail collectif sur la scène continentale, l’Allemagne a trois places (plus une) en C1, et au moins trois places en C3. Et ce, pour les cinq prochaines années. Avec un public de plus en plus fidèle et une présence forte en Europe, les entrées d’argent seront conséquentes. Karl-Heinz Rummenigge la joue cartes sur table : le jour où l’on passera au fair-play financier, le championnat d’Allemagne redeviendra le numéro un. Alors peut-être que les Allemands se prendront une quenelle par le reste de l’Europe qui cherchera à se financer via des sponsors, mais en tout cas, le fait est là : outre-Rhin, on est en avance sur son temps, on travaille aujourd’hui pour après-demain.

Non, parce que la Bundesliga, c’est une histoire de tradition

Le Bayern domine le championnat ? Le Borussia lui tient tête en ce moment ? Et alors ? La Bundesliga, ce n’est pas uniquement en tête du classement que ça se passe, mais à tous les étages. Chaque club possède une identité forte. Cela est sûrement dû à l’histoire du pays. Il y a quelques siècles, l’Allemagne s’appelait le Saint-Empire romain germanique, et 533 micro-États étaient sous autorité directe du Kaiser. Aujourd’hui encore, l’organisation du pays en Länder marque bien ces disparités.

Autre explication possible : la tradition qui règne au sein de ces clubs.

La brochette Beckenbauer-Hoeness-Rummenigge-Breitner-Müller au Bayern, Zorc et Ricken à Dortmund, Hans Meyer, Max Eberl et Rainer Bonhof à Gladbach, Schaaf et (jusqu’il y a peu) Allofs au Werder… Les anciens sont dans la place, pour encadrer les plus jeunes, certes, mais surtout pour leur inculquer les valeurs du club. Leur expliquer que ce qu’il y a de plus important dans une saison, c’est de mettre des bâtons dans les roues du Bayern et de s’imposer face au rival local. C’est dans cette tradition que les supporters se retrouvent aussi. L’Allemagne, c’est comme l’Angleterre. D’ailleurs, on dit souvent : « Ce n'est pas toi qui choisis ton club, mais c'est un héritage qui t'est confié. » Depuis le succès du Mondial 2006, les stades se remplissent de plus en plus, résonnent de plus en plus fort. Tant qu’il y aura des chants, tant que les entraîneurs joueront pour gagner, tant qu’il y aura des buts spectaculaires, il y aura toujours une bonne raison de regarder du foot à 15h30 le samedi.

Par Ali Farhat
Bon article!
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