Bundesliga - 15e journée - Bayern Munich/Borussia Dortmund

Par Ali Farhat

La Bundesliga va-t-elle devenir chiante ?

Si le Bayern plie le Borussia, le champion de cette 50e édition de la Bundesliga sera connu. Dans les années à venir, il se peut que l’on assiste à un duel Munich/Dortmund, deux équipes qui risquent d’être intouchables pendant longtemps. « Le championnat qui monte » risque-t-il de devenir aussi chiant que d’autres ? Ou bien la Bundesliga, c'est plus fort que ça ?


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Marco Reus, Ivan Perisic, Mario Gotze, Neven Subotic et Mats Hummels (Borussia Dortmund)
Marco Reus, Ivan Perisic, Mario Gotze, Neven Subotic et Mats Hummels (Borussia Dortmund)
Oui, parce que le Bayern et le Borussia sont partis pour durer

Quelques chiffres pour commencer. Mi-novembre, Uli Hoeness (réélu à la tête de la présidence du Bayern jusqu’en 2015) présentait fièrement les comptes de la saison passée : 373,4 millions d’euros de chiffre d’affaires, mais surtout 11 millions de bénéfice. Le Bayern enchaîne un exercice positif pour la 20e année consécutive, chose dont peu de clubs en Europe (surtout les plus grands, tel MU, Barça, Real, etc.) peuvent se vanter. Du côté de Dortmund, mêmes raisons d’avoir le sourire. L’an passé, le club a enregistré un bénéfice net de 34 millions d’euros. Un record. Du coup, le club qui a failli mourir en 2005 n’a plus que 11 millions de dettes à consolider. Bien que différents, les modèles économiques des Bavarois et des Schwarzgelben sont viables. Et comme sportivement, ça se passe plutôt très bien, il se peut qu’à l’avenir, on assiste à un championnat bicéphale avec un Rekordmeisteret son challenger numéro un qui écrasent toute la concurrence. La Bavière (qui aura enfin mis le grappin sur Guardiola) aura des envies séparatistes, et Xherdan Shaqiri deviendra le nouveau Lionel Messi. À l’Ouest, Dortmund retombera dans ses travers et achètera des stars à prix d’or. Et vu que Mourinho n’a dit que du bien du BVB durant cette phase de Ligue des champions, il aura peut-être le droit à un nouveau duel avec son meilleur ennemi. Ça blague, mais c’est tout comme.

Oui, parce qu’à la fin, c’est toujours le Bayern qui écrase tout

Si jamais le Borussia Dortmund venait à céder à la folie des grandeurs et à se casser la gueule de nouveau, c’est que le Bayern aura réussi une fois de plus à écarter ce qui le gêne. Voilà cinquante ans que cette formule de la Bundesliga existe, voilà un demi-siècle que les Bavarois finissent par avoir la peau de leurs empêcheurs de gagner en rond. Tour à tour, le Borussia Mönchengladbach, le Hambourg SV, le VfB Stuttgart, le Borussia Dortmund, le 1.FC Kaiserslautern et le Werder Brême ont dû s’esquiver pour ne pas se faire bouffer par l’ogre bavarois. Et que dire de la politesse du Bayer Leverkusen. Dortmund fait son malin avec ses deux titres de champion de suite ? Pas grave, le Bayern reviendra toujours plus fort. Parce que c’est le Bayern. Parce que c’est leur géniale arrogance et leur absence de doute qui leur ont permis de conquérir 22 titres de champion (21 dans la formule actuelle). Les autres peuvent se bouffer entre eux, ça ne regarde pas le Bayern. Car au fond, l’équipe qui est à la fois la plus aimée et la plus détestée du pays ne se complaît que dans l’autosatisfaction. Mia san mia. Le reste, c’est de la merde. Va pour Dortmund en ce moment, ce sera une autre équipe dans quelques années…

Non, parce qu’avec son modèle économique, la Bundesliga pourra attirer des stars

Quand, à l’époque, un Bayern Munich décide de prendre Ribéry à l’OM, les dirigeants marseillais savent qu’ils peuvent se frotter les mains : c’est du cash qui atterrit dans leur coffre. Même chose avec Javi Martínez et Bilbao : 40 millions en une fois, sans facilités de paiement. Dealer avec le Bayern est un gage de satisfaction. D’ici peu, le Borussia Dortmund pourra en faire de même, s’il le veut. Il a même commencé cette année, en réussissant à attirer Marco Reus dans ses filets sous les yeux ébahis du Bayern (bon, ça ne compte pas vraiment, quand on sait que Reus est natif de Dortmund et formé au club). Mais il n’y a pas que ces deux cadors ; par exemple, Schalke avait bien réussi à choper Huntelaar et Hambourg a fait revenir Van der Vaart cet été. Tout ça parce que ces joueurs ont reçu des garanties : celle d’être payés à temps, celle de jouer l’Europe… Grâce à son travail collectif sur la scène continentale, l’Allemagne a trois places (plus une) en C1, et au moins trois places en C3. Et ce, pour les cinq prochaines années. Avec un public de plus en plus fidèle et une présence forte en Europe, les entrées d’argent seront conséquentes. Karl-Heinz Rummenigge la joue cartes sur table : le jour où l’on passera au fair-play financier, le championnat d’Allemagne redeviendra le numéro un. Alors peut-être que les Allemands se prendront une quenelle par le reste de l’Europe qui cherchera à se financer via des sponsors, mais en tout cas, le fait est là : outre-Rhin, on est en avance sur son temps, on travaille aujourd’hui pour après-demain.

Non, parce que la Bundesliga, c’est une histoire de tradition

Le Bayern domine le championnat ? Le Borussia lui tient tête en ce moment ? Et alors ? La Bundesliga, ce n’est pas uniquement en tête du classement que ça se passe, mais à tous les étages. Chaque club possède une identité forte. Cela est sûrement dû à l’histoire du pays. Il y a quelques siècles, l’Allemagne s’appelait le Saint-Empire romain germanique, et 533 micro-États étaient sous autorité directe du Kaiser. Aujourd’hui encore, l’organisation du pays en Länder marque bien ces disparités.

Autre explication possible : la tradition qui règne au sein de ces clubs.

La brochette Beckenbauer-Hoeness-Rummenigge-Breitner-Müller au Bayern, Zorc et Ricken à Dortmund, Hans Meyer, Max Eberl et Rainer Bonhof à Gladbach, Schaaf et (jusqu’il y a peu) Allofs au Werder… Les anciens sont dans la place, pour encadrer les plus jeunes, certes, mais surtout pour leur inculquer les valeurs du club. Leur expliquer que ce qu’il y a de plus important dans une saison, c’est de mettre des bâtons dans les roues du Bayern et de s’imposer face au rival local. C’est dans cette tradition que les supporters se retrouvent aussi. L’Allemagne, c’est comme l’Angleterre. D’ailleurs, on dit souvent : « Ce n'est pas toi qui choisis ton club, mais c'est un héritage qui t'est confié. » Depuis le succès du Mondial 2006, les stades se remplissent de plus en plus, résonnent de plus en plus fort. Tant qu’il y aura des chants, tant que les entraîneurs joueront pour gagner, tant qu’il y aura des buts spectaculaires, il y aura toujours une bonne raison de regarder du foot à 15h30 le samedi.


Par Ali Farhat

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14 réactions ;
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  • Message posté par TheChax le 01/12/2012 à 12:38
      

    Bon article!

  • Message posté par ILOVEBAYERN le 01/12/2012 à 12:43
      

    L'article est pas mal, j'aurais ajouté que même si le Bayern file, il y aura dans tous les cas une fameuse lutte pour l'Europe.

    Sinon c'est un peu dommage que le seul article relatif à ce match, ne parle pas plus du match, qui est je pense, l'un des plus gros matchs de l'année, d'un aussi grand niveau qu'un Classico ou qu'un match entre deux mastodontes anglais.

  • Message posté par helllone le 01/12/2012 à 12:43
      

    Super article ! Championnat de fou (buts, spectacle, public), 2 équipes cartonnent mais les poursuivants seront toujours là (Schalke, HSV, Werder). Le Bayern et le Borussia ne seront pas tous les 2 toujours trop forts pour la concurrence.

  • Message posté par Pascal Pierre le 01/12/2012 à 12:56
      Note : - 1 

    Difficile d'imaginer ce championnat devenir chiant. Alors, certes on parle depuis 2_3 ans du binome Borussia-Bayern, mais c'est faire un peu injure à des clubs tels quel Bayer ou Schalke.
    De plus, structurellement et économiquement, ce championnat allemand est viable. Un pays qui a su se servir de sa coupe du monde pour investir dans un modèle cohérent de développement, souvent en lien avec les supporters lorsqu'il s'agissait de la question des stades.
    Quand je pense qu'on se tortillait joyeusement de l'arrière-train avec la Beaujoire, le Stadium ou encore La Mosson.....

  • Message posté par Zhenord le 01/12/2012 à 13:04
      

    Ce championnat ne sera jamais chiant car il possède une vraie force, il n'a pas réellement de ventre mou. Certaines équipes peuvent d'une année à l'autre jouer l'europe ou être en deuxième partie de tableau. Du coup il y a pas mal d'équipes qui jouent l'europe. Qui aurait cru l'année passée que le Borrussia Monchedgladbach (surement trois quatre fautes dans le mot...) serait jouerait le titre une grande partie de la saison et finirait à la 4 eme place ?

    Et puis on vante le beau jeu espagnole, je préfère de loin certains matchs de bundesliga, les équipes jouent à fond et ça attaque dans tout les sens, un peu comme dans certains matchs anglais.

  • Message posté par Zhenord le 01/12/2012 à 13:05
      

    Oula les fautes ! Désolé...

    Sinon j'ai un peu de mal à comprendre l'écart de niveau de dortmound entre la LDC et le championnat cette année. Ils fait l'inverse de la saison passée, auraient-ils déjà abandonné le championnat ?

  • Message posté par pulpito le 01/12/2012 à 13:28
      

    "La Bundesliga, ce n’est pas uniquement en tête du classement que ça se passe, mais à tous les étages. Chaque club possède une identité forte." C'est clair que c'est étonnant. Je vis depuis 1 an à Francfort et il y avait 48 000 personnes au stade mardi pour un match de championnat. Et venez pas me dire que parce que c'est la team du moment, ils étaient 35 000 en tribunes l'année dernière en D2. Les gens portent du Eintracht et que du Eintracht. C'est rare de voir un bonnet Bayern ou Dortmund dans la rue. Un bémol: le mouvement ultra commence à souffrir ici aussi du foot business.

  • Message posté par Mainvault le 01/12/2012 à 14:32
      

    Championnat montant ? Il est juste sous médiatisé chez nous francophones et souvent sous-estimé , c'est le plus beau à voir, gestes de fous, frappes , vitesse de contre c'est ce que les gens aiment. C'est tellement plus beau que cette saloperie* de tiki-taka.

  • Message posté par El Xeneize le 01/12/2012 à 14:32
      

    Effervescence quand tu nous tiens !
    J'ai pas lu l'article ( du moins pas encore ) mais la Bundesliga depuis 2006 et les nouveaux stades est le championnat le plus passionnant en Europe !
    > le hic en France c'est qu'il est moins médiatisé que la Premier League Anglaise ,qui est moins spectaculaire de niveau générale sur la pelouse comme dans les gradins niveau ambiance !
    c'est un avis non une critique .
    Cette fidélité dans les bons moments comme dans les mauvais on la retrouve en Bundesliga 2 et 3* !
    Sans parler des infrastructures ou dans ces deux divisions professionnels* vous trouvez des stades dignes de 1 ére Division d'autres pays !
    D'ou le faite de trouver les meilleurs affluences mondiales chaque fin de semaine dans l'élite de ce championnat !
    Bref on ne manque pas de superlatif et compliment .


  • Message posté par ninotna le 01/12/2012 à 14:59
      

    Il y a quelques siècles l'Allemagne ne s'appelait pas le Saint Empire Germanique. C'est l'historiographie actuelle qui le qualifie ainsi.

  • Message posté par keko le 01/12/2012 à 15:54
      

    Qui pourrait m'expliquer exactement en quoi consiste le "modele économique de la bundesliga"?

    Je sais qu'un investisseur "etranger" ne peut détenir plus de 49 % du club c'est ca?

    mais le reste.... Qui pour m'eclairer un max ?

  • Message posté par Coach Kévinovitch le 01/12/2012 à 16:42
      

    C'est sûr que parler de championnat "montant" est un peu insultant pour la Bundesliga. D'accord, ils n'ont plus gagné de trophée européen depuis 2001 et une telle disette est assez insultante pour un championnat de si haut rang. Mais, on ne peut pas dire qu'ils étaient descendus aussi bas qu'au début des années 1990.

    Avec Dortmund qui monte, Schalke qui pourrait faire un grand truc s'ils sont plus réguliers et gèrent bien leur dette. Il y a largement de quoi faire avec l'excellent vivier de nationaux qu'ils ont. Ceci constitue un avantage par rapport aux clubs anglais qui sont quasiment obligés de faire fonctionner la planche à billets pour avoir des joueurs décents.

    Je me demande si l'Allemagne, l'Angleterre et l'Italie ne sont pas les trois véritables pays de football de clubs dans le sens où les supporters sont avant tout pour le club de leur "chez eux"!

  • Message posté par Nicola MH le 01/12/2012 à 18:03
      

    Le vrai risque pour la Bundesliga découle des probables décisions de la fédé qui restreindront la liberté des supporters dans les stades et qui risquent d'être prises le 12 décembre (c'est pour ça que les fans se taisent pendant 12 minutes et 12 secondes lors des matchs). La fédé essaye d'instaurer un modèle supporter=consommateur, un peu à l'anglaise ou comme le PSG actuellement

  • Message posté par freed le 01/12/2012 à 19:21
      

    Merci Ali pour ce bel article sur la bundesliga! Moi qui pensait ne pouvoir compter que sur Jean-Charles Sabatier pour m'exciter en parlant avec passion de ce championnat, j'ai pu me rendre compte depuis déjà pas mal d'articles que sofoot comptait dans ses rangs un dingo des stades de 40000 personnes avec une ambiance endiablée et des frappes de 35 mètres en pleines lulu (avec aussi parfois des défenses en carton faut bien le dire;-)).
    Ptite demande perso, un article sur Subotic sur le site ou dans le prochain numéro de sofoot m'intéresserait beaucoup, j'lai découvert y'a 2-3 ans et je trouve que c'est un des défenseurs les plus sous-cotes d'Europe!


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