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La Bundesliga va savoir

Le Borussia Dortmund reçoit ce soir le Bayern Munich dans ce qui constitue le sommet de l’année en Bundesliga. Un « Spitzenspiel » qui a son importance, puisque trois points seulement séparent les deux équipes. Le Bayern veut l’emporter pour reprendre son saladier, à terme; le Borussia veut l’emporter pour conserver sa couronne, mais surtout pour s’inscrire dans la durée, outre-Rhin. Un peu comme un autre Borussia, celui de Mönchengladbach, dans les années 70.

Dans les principaux championnats européens (Ligue 1 exceptée), on observe la même tendance ces dernières semaines: il y a un leader, qui est là, qui se pavane. Ledit leader est pris en chasse, l’écart avec son dauphin fond comme neige au soleil au fur et à mesure que l’on avance dans le calendrier (ça tombe bien, on est au printemps), et le leader voit son principal poursuivant revenir à quelques encablures (FC Barcelone), quand il ne se fait pas carrément doubler par celui-ci et finit par se retrouver avec de la fumée dans les yeux (Manchester United, voire Juventus). En Bundesliga, c’est à peu près la même chose. Après avoir compté jusqu’à sept points d’avance au soir de la 24ème journée, le Borussia Dortmund voit le Bayern Munich revenir à toute vitesse depuis.

La machine de guerre bavaroise est de retour

Ce n’est pas tellement que le Borussia a faibli; c’est plutôt le Bayern qui a élevé son niveau de jeu. Après la claque reçue à Bâle en huitièmes de finale de Ligue des Champions (défaite 1-0) combinée à une défaite sur la pelouse du Bayer Leverkusen en Bundesliga dix jours après (2-0), les Bavarois étaient au fond du trou. Une seconde année sans titre? Impensable pour le trio Hoeness-Rummenigge-Beckenbauer. Alors le Bayern s’est réveillé. A sa manière, bien entendu, avec la bonne dose d’arrogance qui fait tout le charme du Rekordmeister. Des déclarations dures d’Uli Hoeness dans les médias, saupoudrées d’un zeste de Kaiser, et voilà la machine Bayern qui repart. Depuis bientôt un mois, les troupes de Jupp Heynckes sont inarrêtables. Hormis un 0-0 face à Gladbach en DFB-Pokal (ils iront d’ailleurs défier le Borussia le 12 mai prochain à Berlin suite à leur victoire aux tirs au but), Philipp Lahm et ses copains ne connaissent plus que la victoire. Depuis le 13 mars dernier, le Bayern en compte sept (toutes compétitions confondues), dont certaines assez brillantes: 7-0 face à Bâle, enchaîné par un 6-0 à Berlin face au Hertha. Depuis, l’armada offensive s’est certes calmée, mais le Bayern affiche désormais plus de maîtrise et de sérénité. Résultat, le Bayern n’est plus qu’à trois points du champion d’Allemagne en titre.

Forcément, la situation actuelle redonne des couleurs aux pensionnaires de la Säbener Strasse. Uli Hoeness ne s’adresse plus aux journalistes pour leur faire part de son mécontentement face aux critiques, mais pour leur donner du biscuit. « Je suis convaincu que nous serons sacrés champions si nous nous imposons à Dortmund, et ce quoi qu’il se passe avant ou après. Ce sera le jour de vérité! » , déclarait le bon Uli après la victoire difficile face à Hanovre (2-1) d’il y a deux semaines. Un sentiment partagé par son directeur sportif, Christian Nerlinger. Interrogé par Bild, l’ancien joueur du Bayern et du Borussia ne connait pas le nom du futur vainqueur de la Ligue des Champions, pas plus que celui du vainqueur de la Coupe d’Allemagne, mais affirme sans complexe que le Bayern sera champion. Comme ça, boum.

Dortmund, une concurrence sur le long terme?

Dans la Ruhr, on préfère en rire. Du moins c’est ce qu’on laisse transparaître. Le Bayern revient à trois points, et croit pouvoir s’imposer au Signal Iduna Park? Et alors? « Tu ne gagnes pas de match avec des stratégies psychologiques. Ça nous rebondit dessus. Nos joueurs se marrent de cette situation. Ça ne les dérange pas du tout » . Hans-Joachim Watzke fait le mec qui ne veut pas tomber dans le piège du Bayern. En même temps, vu que le boss du BVB répond, il a fini par se prendre au jeu. Et il n’y a pas que lui, d’ailleurs. Michael Zorc, son fidèle compagnon de route, en rajoute une petite couche: « Ça ne nous intéresse pas, les propos qui sont tenus tous les dix jours en provenance du sud de la République » . En fait, si. Bien sûr que ces propos les intéressent, les gens de Dortmund. S’ils répondent, c’est parce qu’ils s’estiment attaqués. S’ils répondent, c’est parce qu’ils sont champions en titre. S’ils répondent, c’est parce qu’ils ne veulent pas se laisser faire, avant de montrer ce qu’ils valent sur le terrain. Une victoire permettrait aux Schwarzgelben d’être potentiellement sacrés pour la deuxième année de suite en Bundesliga.


Un nouveau saladier de champion permettrait surtout au Borussia d’envoyer un message fort au Bayern: la prédominance bavaroise va s’arrêter là, il y a maintenant un club capable de les concurrencer dans les années à venir. Une chose qui ne déplairait pas vraiment à Uli Hoeness, dans le fond. On se souvient qu’il avait prêté de la tune au BVB (deux millions d’euros) pour que le club se sorte de la merde, une merde qui a failli lui coûter la vie en 2005. Jeudi dernier, le boss du Bayern n’a eu de cesse de répéter dans l’Audi Star Talk que c’était une bonne chose que le Borussia soit à un aussi bon niveau. « Nous trouvons ça bien qu’il y ait de nouveau une équipe qui nous tienne tête. Ces dernières années, beaucoup ont essayé, mais n’y sont pas parvenu. Je pense que Dortmund est une équipe qui peut le faire durant quelques années. Ça ne nous pose aucun problème. C’est un défi que nous prenons au sérieux et que nous allons relever » . Le Borussia sait donc combien ce match est important. Une victoire pourrait installer une concurrence dans la durée, comme ce fut le cas entre Gladbach et Munich dans les seventies: les Fohlen avaient bien emmerdé les Bavarois entre 1968 et 1977 (cinq titres pour Gladbach contre trois au Bayern). Peut-être une bonne chose pour le troisième championnat européen.

Borussia Dortmund - Bayern Munich: mercredi, 20h

Par Ali Farhat
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