1. // Économique
  2. //

« La bulle spéculative du football espagnol a éclaté »

Grande gueule, supporter de l'Espanyol Barcelone jusqu'à la moelle, José María Gay de Liébana est surtout LE spécialiste économique du football espagnol. Un homme plutôt écouté ces temps-ci. Pour nous, il fait l'autopsie d'un grand malade. Et autant dire que ce n'est pas joli joli…

Modififié
37 38
Bon, le football espagnol est en crise. Mais cette crise est-elle inhérente au foot ou plutôt une des conséquences de la crise économique globale que connaît le pays ?
Le football espagnol a créé sa propre crise. Cela fait des années que les clubs sont en déficit et rien n'a été fait pour améliorer cette situation. Aujourd'hui, on peut dire que la bulle spéculative du football espagnol a éclaté. À cette crise « naturelle » viennent bien sûr s'ajouter les effets de la crise économique que connaît l'Espagne actuellement. Évidemment, ça n'arrange rien.

Comment se traduit-elle concrètement ?
Tout d'abord par l'endettement pharaonique des clubs. Aujourd'hui, en regroupant tous les cas de figure, première et seconde divisions confondues, on peut dire qu'environ une vingtaine de clubs sont insolvables. C'est-à-dire qu'ils ne peuvent pas faire face de façon normale à leur endettement. À peu près tous les clubs sont touchés. Sauf le Real et le Barça d'une part, qui sont très endettés, mais qui n'ont pas de peine à trouver des financements, et l'Athletic Bilbao et Osasuna d'autre part, du fait de leur mode de fonctionnement particulier.

À qui la faute ?
Personne ne veut assumer la responsabilité de cette situation. Pourtant, les clubs sont coupables d'avoir continué sur un mode de fonctionnement irrationnel. Ils savaient parfaitement que leur système d'endettement n'était pas viable sur le long terme, mais ils ont poursuivi aveuglément dans cette voie. La Liga de Fútbol Profesional détient aussi sa part de responsabilité, puisqu'elle n'a jamais vraiment effectué de contrôle sur les clubs. Analyser les budgets, contrôler les opérations financières, aider les clubs à améliorer leur situation, sanctionner les mauvais élèves, tout un panel de mesures que la LFP espagnole n'a jamais vraiment mis en place.

Quand on atteint un tel niveau d'endettement, est-ce que les pouvoirs publics n'ont pas aussi leur part de responsabilité ?
Sans nier la responsabilité de l'establishment footballistique, on peut également dire que l'establishment politique n'a jamais non plus poussé pour que les choses changent. Les politiques n'ont jamais affronté ces questions, parce qu'ils ont peur de toucher au football. Les gens défileraient dans les rues, il y aurait des émeutes. Ça ne serait pas bon pour leur popularité. L'été a d'ailleurs été très dur pour nos hommes politiques. Heureusement, la Liga a repris, les Espagnols ne vont plus penser qu'à ça et laisser en paix nos pauvres dirigeants.

Le gouvernement Rajoy semble avoir durci le ton vis-à-vis du football…
Le football n'est pas spécifiquement visé, mais l'augmentation de la pression fiscale touche en effet les clubs de plein fouet. Par exemple, l'augmentation des tranches d'imposition sur le revenu est très préjudiciable à la Liga, parce que les contrats entre les clubs et les joueurs sont signés en net. À court terme, l'augmentation de l'impôt va donc faire exploser les coûts salariaux et les clubs devront payer la facture. Par ailleurs, cette situation va causer de graves problèmes aux deux grands quand il s'agira de renouveler les contrats de leurs stars. Il faudra mettre 30 millions sur la table pour que le joueur en reçoive 10 dans son portefeuille. Et puis, il y a l'augmentation de la TVA qui renchérit tout, des transactions entre clubs au prix de l'abonnement pour le supporter, en passant pas le coût salarial des joueurs.

Et les droits télé dans tout ça ?
Chaque été, les petites équipes se plaignent de la répartition très inégalitaire du pactole. Le Barça et le Real touchent 150 millions d'euros par an, si ce n'est plus, tandis que d'autres clubs de première division touchent à peine 10 millions par an. Comparez ce système à celui que vous avez en France et vous verrez le monde qui nous sépare.

« Le bonheur des deux gros fait le malheur de tous les autres »

Comment en est-on arrivé là ?
Le championnat espagnol est le seul des grands championnats européens dans lequel chaque club négocie directement ses droits avec les diffuseurs. Évidemment, le Barça et le Real peuvent négocier des sommes astronomiques. D'un autre côté, tous les autres petits clubs sont un peu les otages des groupes de télévision. Comment expliquer que les droits télé de la Première League s'élèvent à 1300 millions d'euros et ceux de la Serie A à 900 millions, tandis que la Liga ne perçoit que 600 millions d'euros, à peu près autant que la Ligue 1 ? Il faudrait que les droits soient centralisés puis vendus ensemble, en pack, sous l'appellation « championnat espagnol de première division » . Le problème, c'est que la LFP, qui pourrait initier ce changement, est totalement noyautée par le Real et le Barça, deux clubs qui n'ont strictement aucun intérêt à ce que les choses changent puisqu'ils gagnent plus dans la situation actuelle.

Finalement, est-ce qu'on ne peut pas dire que le football espagnol dans l'ensemble souffre de l'hégémonie du duo Barça/Real ?
Bien sûr. Le bonheur des deux gros fait le malheur de tous les autres. Un exemple édifiant et effrayant à la fois : en ce qui concerne le sponsoring, les entreprises préfèrent signer pour être le quatrième ou le cinquième sponsor du Real ou de Barça plutôt que d'être le sponsor principal d'une équipe comme le FC Séville. Ce qui explique par exemple que des clubs comme Valence ou Villarreal aient joué la saison dernière en Ligue des champions sans sponsor sur le maillot.

La crise du football ibérique saute aux yeux, cet été, avec un marché des transferts en quasi-sommeil…
À l'été 2009, les clubs espagnols avaient dépensé plus de 450 millions d'euros sur le marché des transferts. Cet été, on a difficilement atteint la barre des 100 millions. Ça donne une bonne idée de la dégradation de la situation. Aujourd'hui, l'immense majorité des mouvements entre clubs se fait par le biais de prêts avec option d'achat. Je ne sais pas à quoi sert cette option d'achat, car, dans 90% des cas, les clubs ne peuvent pas la lever à la fin du prêt.

On a aussi l'impression que le championnat espagnol, qui attirait chaque année les meilleurs joueurs du monde, est pour la première fois en train de s'appauvrir.
Chaque été, quelques stars de notre championnat partent à l'étranger. Il n'y a rien d'alarmant de ce côté-là puisque le football espagnol draine également des stars étrangères. D'autre part, des joueurs en fin de carrière partent dans des championnats moins réputés pour trouver un peu de temps de jeu. Rien de nouveau ni de préoccupant là-dedans non plus. Ce qui est en revanche plus grave, c'est que des jeunes joueurs, à fort potentiel, quittent l'Espagne parce qu'ils ne peuvent pas y poursuivre le développement de leur carrière, parce qu'ils estiment que leur club ne va pas pouvoir les payer comme ils le méritent ou parce que leur club a promis de les payer, mais ne leur a pour le moment pas versé leur dû. Domínguez, Michu, Carvajal, Joselu, Borja Valero, les exemples ne manquent pas. C'est une situation tragique pour notre football.

Une sorte de fuite des cerveaux en somme.
Un grand nombre de jeunes Espagnols, une fois leurs études terminées, sont obligés de partir à l'étranger pour trouver le travail qu'ils recherchent dans les conditions financières qu'ils méritent. Une situation qui pourrait finalement parfaitement être transposée au football espagnol, oui.

Est-ce que, d'une façon, on ne peut pas aussi parler d'une crise morale ?
Je pense que l'opinion publique n'accepterait plus des transferts de plusieurs dizaines de millions d'euros. Les banques n'accordent presque plus de prêts aux particuliers, et les gens devraient accepter que la banque qui leur a claqué la porte au nez prête des dizaines de millions d'euros au Real ou au Barça pour le transfert de tel ou tel joueur ? Peu probable. L'engouement récent autour des succès de la Roja est aussi un signe de défi envers les clubs. Le football de la sélection a l'avantage d'être étranger à toutes ces questions d'argent, d'endettement, etc. C'est un football qui paraît beaucoup plus sain et les Espagnols sont donc plus à même de s'identifier à lui.

Retrouvez la présentation de tous les championnats dans le dernier numéro de So Foot

Propos recueillis par Pablo Garcia-Fons
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié

nononoway Niveau : CFA
"LE spécialiste économique du football espagnol" ?

Perso j'ai rien appris de cet article. Tout a déjà été mentionné dans les différents articles sur la Liga que vous écrivez.
Platini a trouvé une partie de la solution au problème avec le fair play financier.

Si Blatter pouvait gnéraliser ça pour tous les clubs de la FIFA, on pourrait tendre vers un équilibre plus sain.
Katapulta Niveau : CFA
''Heureusement, la Liga a repris, les Espagnols ne vont plus penser qu'à ça et laisser en paix nos pauvres dirigeants. ‘’
Remplacer ‘Espagnols’ par la nationalité de votre choix…C’est vrai dans tous les pays.
D’ailleurs,l’article peut difficilement faire le tour de la question,si l’on regarde toutes les implications politico-sociales.Chaque pays a ses problèmes(et ses magouilles) et un article ne suffit pas pour en faire le tour…
C’est une étude approfondie qu’il faudrait,mais combien de fans de foot sont prêts a la lire?…Quid des championnats Anglais,Russe,Italien,Français,Portugais,Chilien,Argentin,etc,etc…?
Katapulta Niveau : CFA
Et pour ceux qui croient que Platini le fait pour le ‘fair-play’ financier,il faut revenir sur Terre.Un sport ‘noir’ de magouilles,se soucierait du ‘fair-play’ financier…!’’Bien heureux le pauvres d’esprit’’...
on fait l'autopsie d'un mort, pas d'un malade... meme grand...
Et un club comme Valence (que j'apprecie particulierement) se permet de piller la Ligue 1 a credit: a gerber.

Perso je boycott ce football espagnol qui marche sur la tete et aui est un mirage, un chateau de cartes qui, je l'espere s'ecroulera vite pour rebatir sur des bases perennes.
@ KATAPULTA,

Cher esprit éclairé... espoir n'est pas forcément synonyme de naiveté.Au moins ça t(émoigne d'une volonté de se remettre en question au plus haut niveau. A mon sens c'est le début de quelque chose.

Ramener la théorie du complot sur la table en permanence, c'est tellement convenu.
Les bulles spéculatives en Espagne sont du faites des deux poids lourds espagnol que sont Madrid et Barcelone et de la répartition des droits TV, on est à peu près tous d'accord la dessus.

Dans les autres championnats, il y a des acteurs qui déstabilisent le marché, car ils ont un fonctionnement sans rationalité économique (surpaye les joueurs par rapport au prix du marché, les salaires exponentiels...), je pense bien sur au PSG, ManCity, Anzi (pour les plus emblématiques), qui provoque une inflation indirecte des couts de gestion des autres clubs.

Si les salaires de CR7 ou d'Eto étaient inconcevable il y a quelques années, ils se multiplient aujourd'hui (Ibra, RVP,...).
On se dirige vers un championnat à 2 vitesses en Europe avec des clubs qui forment et vendent des joueurs et qui peuvent respecter le fairplay financier, et d'autres qui avalent et achètent ce qui se fait de mieux sur le marché. Dans combien de club aurait pu signer RVP par exemple ? Je vois (liste subjective et non exhaustive) la Juve, ManCity, PSG, Anzi, Real, pour les clubs qui peuvent s'aligner sur ses conditions salariales.

Enfin pour le championnat de France, le match du dimanche soir et le CFC spécial PSG, risquent d'accentuer le déséquilibre de répartition des droits TV pour les années suivantes (comme en Espagne quoi).
A un moment donné faut arreter de regarder juste son petit nombril , le foot est le reflet de nos sociétés actuels !
A savoir qui n'a pas etait touché par la perte d'achat depuis que la monnaie €uro a etait remplacé par le Franc pour exemple ici ou chaque autres monnaie nationale ? une minorité !
Et ceci est valable pour les clubs de foot en Europe ou chaque secteur d'activité en rapport avec une économie , la crise est Continentale - Européene ( flambé des prix , perte de budget ) , et rare sont les gens , personnes , a pouvoir surnager dans ce marasme a moins d'etre aisé , ce qui est le cas pour une minorité de la population et des clubs de foot !
Entre le foot et toi des fois il n'y a que un pas !
C'est quoi le mode de fonctionnement particulier d'Osasuna? Pour l'Atlethic ok! Mais Osasuna?
@Damase,

La meme chose que les 3 autres,. Ce n'est pas une S.A.D. mais cela appartient aux socios.
Katapulta Niveau : CFA
@ Enzato

Je ne pretends aucunement être un esprit plus éclairé que les autres,mais tout le monde le sent que l’on ne sait pas tout,et des fois,c’est plus confortable.
Vu toutes les magouilles qui trainent dans le football (il y en a partout),et les sous que cela brasse,on est en droit de se demander ce que cela cache le ‘fair-play’ financier…
Tiens d’ailleurs,rien a voir,mais pourquoi est-ce que Platini ne veut pas laisser évoluer l’arbitrage?Surement une question de fair-play…
L’argument dur la ‘théorie du complot’,on sait ce que cela vaut…
Le_Touriste Niveau : DHR
A part l énorme connerie Carvajal qui a seulement été vendu à cause du temps de jeu . L article ne fait que répéter les éternelles problèmes . Ensuite "Je pense que l'opinion publique n'accepterait plus des transferts de plusieurs dizaines de millions d'euros. Les banques n'accordent presque plus de prêts aux particuliers, et les gens devraient accepter que la banque qui leur a claqué la porte au nez prête des dizaines de millions d'euros au Real ou au Barça pour le transfert de tel ou tel joueur ?" cette phrase relève de la totale mauvaise fois dans le sens ou une banque , dans l idéal , ne prête qu'au gens ou entreprise solvable et Madrid et Barcelone sont solvable . Bref rien d intéressant à part plusieurs contradiction .
@KATAPULTA

Je suis d'accord avec toi sur le fait que le foot ne soit pas un sport propre... L'origine même des fonds de certains clubs reste très obscure.

Platini ne reglera pas tout d'un coup de baguette magique mais j'ai foi en sa volonté de faire évoluer le foot vers plus d'équilibre.

Pour l'arbitrage video, il a souvent dit que selon lui, c'était pour éviter de ralentir le jeu,laisser au foot sa dimlension humaine ... c'est un autre débat.

Si magouille il y'a, je ne pense pas que ça se passe au niveau de Platini qui est un vrai amoureux du foot ... l'histoire prouvera peut-être le contraire.
@El Xeneize

Bien d'accord sur le fait que le foot est le reflet de la société. On peut voir ça notamment dans le colportement des footeux en France, plus tourné vers l'individualisme et la starisation que ce soit des joueurs ou des équipes.

Par contre, ton pamphlet sur le pouvoir d'achat, arrête moi si je me trompe mais tu sembles désigner l'Euro comme le coupable alors que c'est plutôt le sauveur. L'Euro n'a fait que retardé l'échéance de 5 ou 6 ans de ce qui se passe. Il a permis à des dirigeants peu courageux de profiter de condition d'endettement meilleur grâce à la protection tacite des plus forts, ce que tout le monde paye aujourd'hui. Mais la baisse du pouvoir d'achat, c'est avant tout parce que nos pays ont des croissances molles ou nulles depuis des décennies, et sont très peu compétitifs.

Si on rapporte ça au foot. c'est exactement la même chose. La dette en soi, c'est pas vraiment un problème, ça peut même être un outil de financement plutôt positif. Le problème, comme toujours, c'est l'excès, la non-planification. S'endetter, c'est prendre un risque. Le risque, ça se mesure. Les clubs espagnols, italiens et certains anglais se sont endettés de manière démesuré avec des investissement non rentables (gros transferts, gros salaires etc...). S'ils avaient utilisés ce même argent, à la même époque, pour construire des stades et améliorer les structures de formation, nul doute qu'il se porterait largement mieux. Et peut être même que les prix des transferts et salaires seraient encore plus élevés.

L'important dans la dette, c'est pas son volume, c'est ce qu'on en fait.
Katapulta Niveau : CFA
@ Tubarão

Suis tout a fait d’accord,la faute n’est pas de l’Euro,mais de ce qu’on en a fait…
C’est un outil,il n’a pas de volonté propre...
Katapulta Niveau : CFA
Et tiens,justement,puisqu’on en parle,cela tombe à point:
''Cours de morale laïque appliquée aux Bleus’’,sur votre site favori...
@ Arigold,

Tu te goure completement pour Valencia, (qui est tout aussi chère à mon coeur) ils n’achètent pas les joueurs français à crédit, ils vendent à coté, et ils vendent plus cher à coté. exmple: 2012, ventes:

alba 14 m
pablo 7m
topal 4m

à coté
cissokho 6m
peirera 3.6 m
valdez gratos
gago 3.5
canales 7 m
guardado gratos
(j'en ai surement oublié quelques uns)

et les comptes sont bons chaque années depuis l’arrivée de Liorente qui a changé de politique de recrutement, en vendant les stars et achetant malin (français par exemple ;) ). la dette se réduit chaque année depuis maintenant 4 ans. l'ardoise et encore importante mais n'oubliez pas qu'un stade immense est en construction.
@ Nash.
Le probleme avec les droits TV ils vien de nous qui regardons le foot.
On se tape un Levante-Barca pour voir le Barca et pas Levante. La preuve c'est que la semaine d'apres on zappe un Levante-Seville au profit d'un Barca-Malaga. Match qu'on ne regarde pas biensur pour se taper Malaga.
Bref on aime voir le Barca et le Real jouer. C'est pour eux que la majorité s'abonne. Pas pour Valence et le reste.
Normal donc que Ceux qui font manger la TV prennent les grosse parts sur les droits TV.
Le débat aurra sa raison d'etre le jour ou un Seville-Bilbao aurra la meme audience qu'un clasico.
sinon pour l'instant tout est normal concernant les droits TV.
Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
37 38