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  3. // Mort de Trifon Ivanov

La Bulgarie pleure son loup

Trifon Ivanov n'est plus, et il va manquer à un paquet de monde. Aux amoureux de tacles léchés, aux coiffeurs les plus culottés, mais aussi et surtout à un peu plus de 7 millions de Bulgares, inconsolables depuis que leur défenseur mythique les a quittés samedi matin.

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Samedi soir en Bulgarie, à 20 heures, au moment des JT et des grandes messes de l'info, un visage avait envahi tous les postes de télévision du pays. Avec ses yeux mi-clos, son mulet génial, son cou de lanceur de poids et sa dégaine inoubliable, le très grand Trifon Ivanov fixait les Bulgares, pantois sur leur canapé. Ce dimanche matin, ce même regard s'affichait chez tous les kiosquiers en une des journaux. Cela faisait des années qu'un tel honneur n'avait pas été fait à celui qui s'était retiré dans un tout petit village au centre de la Bulgarie, mais ses compatriotes auraient sans doute aimé des retrouvailles en d'autres circonstances. Car le légendaire « Loup » est mort le samedi matin même chez lui, à Samovodene, à 10km de Veliko Tarnovo, où il avait grandi et où il travaillait désormais pour la Fédération bulgare de football. Quatre jours après l'anniversaire des 50 ans du tapageur Hristo Stoichov, c'est au même âge que Trifon Ivanov a succombé à une vilaine attaque cardiaque sous les yeux de sa compagne. Ivanov avait gentiment franchi la barre des 100 kg - pour 1m81 - après sa retraite sportive, n'avait pas vraiment l'hygiène de vie d'un mannequin Instagram, et avait déjà été hospitalisé en août dernier pour des douleurs au cœur. Malgré tout, l'annonce de sa mort a provoqué un choc en Bulgarie, où les souvenirs de l'épopée du Mondial 94 font encore frissonner, et où les hommages tombent comme la pluie depuis l'annonce de la sinistre nouvelle.

Plus fort que l'Everest


Le gang de 94 a d'ailleurs été le premier à dégainer, et tous se sont empressés de publier des messages touchants dans lesquels deux mots reviennent sans cesse : ami, et légende. « Repose en paix, mon ami » pour Silian Petrov sur Twitter, un tonitruant « mon ami » d'entrée de jeu pour Stoichkov sur Facebook, avant de rappeler qu'il avait encore eu Ivanov au téléphone vendredi. « Nous avions ri » , écrit sobrement l'ancien Ballon d'or. Les gars de Veliko Ternovo, capitale historique de la Bulgarie d'où sont issus cinq joueurs de l'équipe de 1994, y sont eux aussi allé de leur hommage, comme Ilian Kiriakov ou Krassimir Balakov, qui avait sorti la boîte à souvenirs : « On a grandi et étudié ensemble à Veliko Tarnovo. On a joué ensemble dans toutes les équipes de jeunes, en sélection et à l'Etar » , le club de la ville, le tout conclu par une poignante révérence à « un Homme avec un grand H » . Car avec Trifon Ivanov, c'est une partie de cette virée démentielle qu'a été la Coupe du monde aux États-Unis pour cette bande de Bulgares un peu déjantés qui s'en va. Un mois de matchs de folie, de cuites, d'engueulades et une improbable demi-finale, moins de cinq ans après le départ du dictateur Jivkov, et dix ans après l'expédition bulgare qui avait conquis l'Everest en 1984 et qui avait à l'époque été présentée par le régime comme l'exploit sportif du siècle. « Trifon Ivanonv nous a apporté de la joie et nous a rendu fiers d'être Bulgares » déclare donc simplement et sans langue de bois Rossen Plevneliev, le Président actuel, dans son communiqué.

Les chefs d'œuvres


Après les potes et les politiques, place aux hommages médiatiques et au grand bal des nécros et autres rétrospectives. Les grands quotidiens bulgares, Trud et 24 Chassa entre autres, ont évidemment inondé leurs sites de textes d'amour et de réactions en tous genres. Côté foot, même surenchère entre les 10 statuts en une journée du compte Facebook du CSKA Sofia, et le texte de plusieurs dizaines de lignes posté sur celui de la Fédération. « Tunyo » - diminutif de Trifon - est à chaque fois célébré comme le défenseur qui faisait trembler l'Europe, mais aussi et surtout comme l'homme qui a délivré son pays à deux reprises. La première fois en marquant une mythique reprise de volée face au pays de Galles de Ryan Giggs pour qualifier les siens à l'Euro 96. La seconde grâce à son but le plus fameux, le 10 septembre 1997 face à la Russie dans un stade Vasil Levski qui aura rarement autant tremblé, et qui envoyait les Bulgares au Mondial en France. Ce soir, l'émission « Sportna Treska » de la télévision nationale bulgare - sorte de Stade 2 local - sera d'ailleurs consacrée à Ivanov et le match face à la Russie sera diffusé en intégralité et dans les conditions du direct. Les Bulgares auront donc le plaisir d'entendre à nouveau le commentateur hurler « Da ! Da ! Da ! » après le coup de tête victorieux du Loup. « Les Russes nous ont libérés de 9 septembre, nous allons les libérer le 10 » avait-il lâché avant le match, référence à la libération de la Bulgarie par l'Armée rouge en 1944. La prochaine date cochée dans son calendrier est celle du 17 février, pour ses funérailles à Veliko Tarnovo. Lors d'une de ses dernières interviews, donnée l'année dernière à Trud pour ses 50 ans, il avait déclaré : « Quand un homme arrive à 50 ans, il commence à faire le point. Je regarde en arrière, et je ne regrette rien » . Au moins, le Loup s'en est allé satisfait. Довиждане, Трифон !


Le but d'Ivanov face à la Russie :
Vidéo


Par Alexandre Doskov
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