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« La banlieue est un coupable idéal »

Ce soir, sur France 5, l'émission "Teum Teum" s'attaque au foot, inévitable marronnier sur les « quartiers » et l'immigration. L'occasion de bavarder avec le présentateur, Juan Massenya.

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« Teum Teum » , c'est le programme télé « service public » qui tente de traiter sérieusement et de l'intérieur de la vie des banlieues. Pas de caméras cachées ni de visages dissimulés. Tout le monde s'exprime ouvertement et sans mise en scène. Loin de la dramaturgie sécuritaire de TF1 ou de la pédagogie culpabilisatrice à la sauce Arte, est-il enfin venu le temps de la sociologie en image que Bourdieu appelait de ses vœux ? L'émission de ce mois-ci s'attaque au foot, inévitable marronnier sur les « quartiers » et l'immigration, surtout depuis la coupe du monde en Afrique du Sud et la guerre engagée par la droite contre les « racailles » de l'EDF. Alors est-il possible de faire dire autre chose que des banalités aux enfants de la balle ? Le maitre d'œuvre de l'émission Juan Massenya, ancien des radios « urbaines » Générations et Nova, va-t-il nous refaire aimer le classique « reportage sur les jeunes des quartiers difficiles » ?





Les sociologues et les journalistes ont beaucoup glosé ces derniers temps sur le foot et la banlieue, sans parler des émissions sensationnalistes sur les cités, quel était l'écueil que vouliez absolument éviter en abordant ce sujet ?

Déjà, il faut préciser que nous ne cherchons absolument pas à prendre, par principe, le contrepied des autres émissions. Nous regardons juste comment les classes populaires et les quartiers populaires (plus que la banlieue au sen stricte) sont vus et présentés. On prend le regard sur les quartiers et on se demande si les propos tenus, parfois juste ou fantasmés, recouvrent une certaine réalité. Dans l'absolue, comment expliquer qu'autour de ce sport excessivement populaire, et pas qu'en banlieue évidemment, mais partout en France et dans toutes les couches sociales, se cristallise autant de virulence dans les réactions publics. Finalement, via le foot, les mécanismes profonds de la société se révèlent brusquement, sans filtre. D'un coup cette équipe de France explosant en plein vol provoque forcément une déferlante médiatique. Encensée en 98, elle devient l'otage des racailles et des caïds des quartiers. Quand tu gagnes, c'est grâce à la diversité et quand les bleus perdent, les banlieues endossent le rôle du coupable idéal... L'écueil à éviter, c'était d'en rester au constat. Il s'imposait d'aller directement sur place, d'écouter tous les acteurs, comment ils analysent ou ressentent l'affaire, dans son ensemble. Ce n'est pas le sport qui m'intéresse, mais ce qu'il cristallise, toute cette rage et ces frustrations. Au-delà d'une banale déroute sportive, tu constates, au sens de l'accident, comment une société se comporte vis-à-vis de certains des « seins » . Et il faut aller entendre ces derniers pour dépasser les banales représentations, dans un sens ou son contraire. De quelle façon les gens de ces quartiers réagissent face à ce doigt accusateur qui en résumé souligne de fait que pour être un « bon français » , quand tu es immigrés et/ou pauvre, tu te dois de réussir, si possible deux fois mieux que les autres, ... et aussi se montrer deux fois plus patriote que les autres. L'échec est dès lors davantage qu'une erreur personnelle, mais quasiment de la trahison.


Justement, les gamins des clubs amateurs ne sont-ils pas coincés de tous les cotés, entre d'une part la pression politique d'"en haut" et leur fascination pour le football « bling bling » ?

C'est normal. Pour monter en haut de l'échelle, le foot pro s'apparente désormais à une solution de facilité. Thomas Ngijol l'explique fort bien quand nous l'interviewons, avec son exemple personnel. Et après tout, on a la jeunesse qu'on mérite. Elle adopte les valeurs que le système lui renvoie en permanence. Il ne s'agit même plus de consommer, mais de consommer la meilleure merde possible, le plus rapidement possible. Et pour grimper le plus haut et le plus vite sans se taper le fameux « plafond de verre » qu'évoque un jeune joueur de Villiers-Le-Bel qui a raté de peu le coche, le sport constitue la voie royale : pas besoin de diplôme, pas « trop » de racisme, tous sur la même ligne de départ pour une fois. Juste besoin d'un ballon et de s'entraîner. Surtout quand tu contemples à la télé ces footeux avec tous les signes apparents de la consommation ultime, sac Vuitton et belles caisses, et qui, pour une fois, ressemblent aux gosses des quartiers. Mais voilà, le but aujourd'hui se résume à la consommation ultime. Sans cela, tu as « raté » ta vie . Cette façon de penser est finalement assez insultante quand tu penses aux parcours des anciennes générations. Le progrès pour les quartiers tient davantage dans ceux qui deviennent médecins ou profs, comme le grand frère de Thomas. C'est quand même plus significatif, y compris en nombre de personnes concernées. Seulement en face de l'éducation des parents, tu as le « conte » de la société. Ce que je trouve terrible, et c'est ce que tu comprends quand tu visites les clubs amateurs, les gosses ne sont vraiment pas dupes, contrairement aux idées reçues. Ils sont assez lucides sur les déviances du « truc » . Mais ils en rêvent, tant le discours dominant pèse sur eux.

Finalement, tu n'as pas peur de trop réaliser ainsi, par souci de casser les représentations, l'apologie du pur foot amateur contre le méchant foot pro ?

On évoque pas les mêmes les enjeux. Aujourd'hui, on sen rend compte que le sport pro relève de la pure spéculation sur de l'humain. C'est presque moins risqué que de s'aventurer dans les arcanes de la bourse. En face, malgré tout ce que l'on peut dire ou émettre comme réserve, y compris envers des parents qui de plus en plus eux aussi sont imprégnés des mirages du foot pro, le niveau amateur demeure d'abord un moment de plaisir, de se retrouver entre soi, de rencontres. Et les gars qui s'en occupent réalisent un terrible boulot, notamment dans la transmission de certaines valeurs. Juste, qui s'en soucient aujourd'hui ?

Propos recueillis par Nicolas Kssis-Martov

« Teum Teum » France 5, ce soir à 23h05

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