Mondia 2014 - Éliminatoires - Amsud - Bolivie/Uruguay

Par Thomas Goubin

L'Uruguay en état critique

Meilleure équipe d'Amérique du Sud en 2010 et 2011, l'Uruguay, quatrième des éliminatoires, pourrait sortir de la zone qualificative pour la Coupe du monde dès ce mardi soir, en cas de nouvelle contre-performance face à la Bolivie.

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Diego Forlan
Diego Forlan
La Celeste n'est plus la même. La composition de son onze n'a quasiment pas bougé depuis son épopée sud-africaine et sa victoire en Copa América, mais la machine s'est déréglée. Elle grince, trop rouillée. Sur ses trois derniers matchs d'éliminatoires, l'Uruguay a encaissé huit buts, pour un marqué (4-0 vs Colombie, 1-1 face à l'Équateur, 3-0 en Argentine). Un bilan accablant. Et cela pourrait être pire, si l'arbitre d'Uruguay-Équateur avait eu le courage de siffler un pénalty flagrant en faveur des visiteurs. Le mal est profond, mais ne date pas d'hier. Il perce déjà lors des matchs disputés au mois de juin, quand la Celeste est bousculée à domicile par le Vénézuela (1-1), avant de devoir batailler pour dominer un Pérou d'une extrême faiblesse collective ce jour-là (4-2). Pour trouver la trace d'un match de l'Uruguay digne de son rang de meilleure équipe d'Amérique du Sud, il faut remonter à novembre dernier. Il y a presque un an. La Celeste écrase alors le Chili (4-0), avant de remporter un amical de caractère face à l'Italie (0-1).

Si les hommes n'ont pas ou peu changé, pas plus que le système Tabárez, le mal est à chercher dans la forme des joueurs. Le cas Lugano a déjà fait couler des litres d'encre, mais le capitaine de la Celeste, marginalisé au PSG, est loin d'être le seul à avoir connu une baisse substantielle de son rendement individuel. D'une maturité sidérante lors de la Copa América, le jeune Sebastián Coates, 21 ans, fait ainsi briller le banc de Liverpool à force de le cirer. Vendredi dernier, quand Lugano, blessé, s'est vu contraint d'abandonner le terrain, c'est Andreas Scotti, 35 berges, qui dépanne. Homme de confiance de Tabárez, Scotti joue au Nacional Montevideo, trop loin de l'exigence du très haut niveau pour répondre à la vélocité des attaquants argentins. Sur sa première action, l'Argentine ouvre le score. Face à la Bolivie, il devrait être titulaire, Lugano et Godín étant suspendus. Autre pièce inamovible de la défense uruguayenne, le latéral gauche, Martin Cáceres, évitera de cracher ses poumons à La Paz, pour avoir accumulé trop de cartons jaunes. Álvaro Pereira récupère son couloir et laisse le poste de milieu gauche à Cristian.

Tabárez le conservateur

Perméable derrière, son point fort historique, l'Uruguay ne parvient pas non plus à déployer ces mouvements offensifs limpides et directs aperçus ces deux dernières années. Un nom revient alors constamment pour expliquer cette perte de brio, celui de Diego Forlán. Buteur par son efficacité, mais aussi cerveau de son attaque, par la position reculée qu'aime lui faire adopter Óscar Tabárez, le blondinet est l'élément clé du dispositif offensif de la Celeste. Lors de la Copa América, l'ex de l'Atlético, fantomatique lors des deux tiers du tournoi, a sorti son seul grand match en finale face au Paraguay (3-0). Le match le plus abouti de l'Uruguay. Tout sauf un hasard. Mais si tout devient plus facile quand Diego Forlán se trouve au niveau qui en avait fait le meilleur joueur de la Coupe du monde 2010, l'Uruguay peut toutefois faire sans lui. La preuve avec cette victoire face au Chili de novembre dernier (4-0). Gastón Ramírez a pallié son absence, et Luis Suárez avait inscrit un quadruplé.

Petit pays de 3,5 millions d'habitants, l’Uruguay n'a jamais disposé d'une grande marge sur ses adversaires. La meilleure sélection sud-américaine des millésimes 2010 et 2011 l'est devenue à un moment privilégié où le travail de fond opéré par Tabárez pour faire adopter des principes de jeu communs à l'ensemble des sélections a imprégné la totalité de ses ouailles et coïncide alors avec une période où ses meilleures individualités touchent les étoiles. Aujourd'hui, la sélection du « paisito » passe par un moment critique. Quatrième des éliminatoires, l'Uruguay se trouve à un petit point de la sixième place, celle du con qui regardera le Mondial 2014 à la télé. Pour relancer une Celeste en perte de vitesse, certains réclament aujourd'hui l'arrivée de nouveaux joueurs. Présent à la tête de la sélection depuis six ans, Óscar Tabárez refuse, lui, tout chamboulement : « Je ne suis pas un adepte des solutions magiques, d'appeler de nouveaux joueurs alors que la pression est au plus haut. » El Maestro mise sur la stabilité, plutôt que sur la gesticulation, pour donner un nouvel élan à sa sélection. Sur la force du groupe. Son habituel relais sur le terrain et en dehors, Diego Lugano, a ainsi accompagné ses coéquipiers en Bolivie et animé une réunion pour regonfler le moral des troupes. Pour convaincre ses coéquipiers de ne pas céder à la panique, Lugano a pu faire appel à l'histoire charrua, faite de campagnes éliminatoires à l'arrache. Car rien n'a jamais été facile pour l'Uruguay, un pays qui sait souffrir et faire valoir sa garra dans les moments critiques. Ce déplacement à La Paz peut alors être vu comme un rendez-vous capital, mais aussi comme une parfaite jauge d'évaluation des ressources mentales des hommes de Tabárez. Celles avec lesquelles il faudra peut-être forcer le passage vers le Brésil, à défaut de retrouver le brio des années passées. Rappelons qu'avant de devenir la sensation du Mondial 2010, l'Uruguay s'était qualifié au repêchage.


 





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  • Message posté par MaxMaga le 16/10/2012 à 14:31
      Note : - 1 

    Article exhaustif, clair et documenté. Article de qualité !

  • Message posté par allezgunnaer le 16/10/2012 à 14:54
      Note : 1 

    Perso, j'ai aussi trouvé l'article particulièrement interréssant: concis, bien rédigé et avec assez de substance. C'est assez rare sur Sofoot ces temps-ci donc profitons-en.
    A part ça, je crois que comme les autres journaleux se font régulièrement démonter par les commentaires, le rédacteur de l'article va se faire charrier par ses confrères: " Genre c'est ta famille qui a commmenté..."

  • Message posté par Brian Hainaut le 16/10/2012 à 15:08
      Note : 2 

    bon article frérot !

    Brian Goubin

  • Message posté par Millonario le 16/10/2012 à 16:42
      

    Bon article, il faut le préciser pour que l'auteur continue.
    Je pense surtout que le problème est que dans la Celeste, beaucoup de joueurs se disent avoir atteint leur maximum, à savoir une grande coupe du monde, une Copa America archi dominée ( même à 10 contre l'Argentine de Messi). Les deux cadres archi respectés que sont Forlan et Lugano n'ont plus leur niveau, et cela a selon moi un impact sur les plus jeunes. Après, comme cela est dit, l'équipe peut se qualifier à l'arraché et derrière faire quelque chose

  • Message posté par Yonono93 le 16/10/2012 à 16:45
      

    C'est peut-être allé un petit peu vite en besogne qdm. Les gars sont actuellement 4ème à égalité avec le Chili et 1 pt devant le Vénézuela, qui ne sont pas des foudres de guerre), mais certes à déjà 4 pts du 3ème qu'est l'Equateur.
    Donc même au pire du pire il finisse 5ème, et il tape 3-0 le barragiste de l'Asie (comme ils en avaient pris l'habitude en battant le vainqueur des éliminatoires de l'Océanie, RIP l'Australie).
    ça relève du même alarmisme que de dire que la France ne terminera pas au pire dans les meilleurs 2èmes (cf. les groupes B, D, E, G et H ultra-coqurentiels, surtout le E où tout le monde peut battre tout le monde).

  • Message posté par Abramovouiche le 16/10/2012 à 19:05
      

    Excellent article sur ma Celeste adorée, bravo.

    Ya clairement un problème de vieillissement des cadres, mais surtout de présence sur le terrain...

    Après je me fais pas de soucis, comme il est rappelé ici l'histoire footballistique de l'Uruguay est faite de qualification à l'arrache, de mobilisations héroïques à la dernière minute... Là il est encore trop tôt pour avoir la pression, ils sont joueurs et attendent que ça soit vraiment chaud. ;)

  • Message posté par pulpito le 16/10/2012 à 19:54
      

    C'est clair Abramavouiche. Être uruguayen c'est aimer souffrir hahaha. Tu m'a fais penser au Equateur - Uruguay de 2009 complètement dantesque. On ira chercher la qualif au dernier match comme d'hab :)
    Après je me fie pas trop aux formes des équipes du moment, c'est peu révélateur de ce que ça va donner en phases finales. Il reste encore 2 ans !!
    Pour rappel, au mondial 2002, l'Argentine a survolé les éliminatoires et le Brésil a énormément ramé. On a vu ce que ça a donné en Asie...


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