L'Udinese, un héros très discret
L’Udinese, un héros très discret
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Udine, est-ce encore l’Italie ? Franchement, on se le demanderait presque. Coincée là-haut dans son nord-est, à l’écart des polémiques de la péninsule, l’Udinese est la grande oubliée des journaux et des résumés TV. Le lundi matin, au moment de regarder le classement, le fan de football italien commence par la Juve, le Milan, l’Inter. Puis ses yeux cherchent la Roma, la Fiorentina, la Lazio, Naples. Eventuellement la Sampdoria, s’il est assez vieux pour avoir vu à l’œuvre le duo Mancini/Vialli (s’il est encore plus ancien : le Genoa et le Torino). Mais personne n’a encore rencontré d’amateur de l’Udinese hors du Frioul – et ce malgré le passage de Zico dans le coin, dans les années 80. C’est ballot. Car au matin de ce cette quinzième journée, l’Udinese est quatrième à un point de la Juventus, et cela doit vouloir dire quelque chose.
Alors, c’est quoi, l’Udinese ? Le modèle si peu italien du club sérieux, bien sur ses appuis financiers, correctement placé au classement, faisant confiance aux jeunes, et les revendant ensuite pour continuer à former. Un genre d’Auxerre de la grande époque moins Guy Roux, ou d’Arsenal Wengerien sans le glamour. Ces dernières années, l’Udinese a mis en place deux grandes filières : la ghanéenne (Muntari, Appiah, Gyan Asamoah), et la sud-américaine (Pizzaro, Zapata). Cela a pas mal marché, notamment lorsque le mage Luciano Spalletti s’est assis sur le banc du stade Friuli, pour qualifier illico la machine en Ligue des Champions. C’était en 2005, le patelin a pris un peu peur, puis tout est revenu dans l’ordre.
Sauf que cette saison, c’est reparti pour un tour. La faute à un duo d’attaque très udinésien, c’est-à-dire méconnu et efficace : Antonio Di Natale et Fabio Quagliarella. Les deux sont Napolitains d’origine. Leurs noms évoquent de fait un duo de comiques époque Toto, et il y a un peu de ça. Vieux (30 ans), Di Natale a enfin compris qu’il ne serait pas le prochain Del Piero. Libéré, il enchaîne donc dribbles courts, remises dans le tempo, appels intelligents, buts idoines - un football de grand sage. Dans la force de l’âge (24 ans), Quagliarella possède le même souci de l’esthétisme. L’an dernier à la Sampdoria, l’attaquant s’était fait connaître pour sa propension à ne mettre QUE des beaux buts, en principe marqués hors de la surface. Cette année, il remet ça. Son truc préféré : appel en profondeur, contrôle de fou, et cacahuète bombée. On a même vu un gardien adverse – celui du Chievo – applaudir l’un de ses buts. Forcément, les deux ont tapé dans l’œil de Donadoni, qui leur permettra sans doute de rejouer leur numéro de duettistes cet été en Suisseautriche. Les chiffres ? Pas si fameux, mais c’est aussi pour cela qu’on les aime : 4 buts pour Quagliarella, 5 pour Di Natale. Et 5 aussi pour le troisième larron de l’attaque (plus classique), le ghanéen Gyan Asamoah. Parce qu’il faut le dire aussi, l’Udinese est entraînée par une sorte d’idéaliste, Pasquale Marino, dont le hobby, dans la vie, consiste à faire jouer ses équipes en 3-4-3. Bon, pourquoi pas.
Cet après-midi, l’Udinese reçoit la Sampdoria. Alors que le club de Gênes tombe chaque année un peu plus dans un doux n’importe quoi (signature de Vieri l’an dernier, de Cassano cette saison, retour au bercail de l’ancêtre Montella cet été), l’Udinese, elle, commence à sérieusement lever la tête. Jusqu’où ? C’est une question qui mérite d’être posée.
Ernesto Carnaval






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