L'OL puélien... (Part II)

Deuxième partie sur le Lyon de Claude Puel, enfin parvenu à la première demi-finale de son histoire. Focus toujours sur la méthode Puel et retour sur un passé de joueur et d'entraîneur assez bizarrement occulté...

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La mission essentielle de Claude Puel, à son arrivée à Lyon à l'été 2008, était d'assurer la transition entre l'OL d'avant et l'OL du futur. D'où le contrat long de 4 ans et la fonction d'“entraîneur général”, terme imprécis mais qui conjugué à la durée indiquait clairement un rôle proche du manager à l'anglaise qu'il occupait au LOSC. Parce qu'on a oublié que Puel était très bien à Lille et qu'il n'a consenti à en partir qu'à condition d'entraîner un plus grand club et avec des fonctions aussi élargies que chez les Dogues. Preuve de sa détermination et de ses ambitions. Le statut, la fonction, la hiérarchie : des notions très importantes pour celui qui a gravi un à un les échelons à l'ASM après sa fin de carrière de joueur en 1996. Trois ans avant de devenir coach de l'équipe première en 1999 mais en passant par le poste de préparateur physique (Puel est un dingue de préparation physique) puis celui d'entraîneur de l'équipe réserve. Le respect de la fonction chèrement acquise, voilà qui explique sa froide colère quand on lui parle imprudemment de démission... Pas question d'abdiquer. Ajoutez à ça un sens de la fidélité quasi indéfectible pour les clubs par lesquels il est passé (un club unique comme joueur de Monaco, de 1977, à 15 ans, jusqu'à 2002 en tant que coach puis Lille 2002-2008).

Sa force, il la puise aussi dans son palmarès. Un tableau de chasse conséquent que beaucoup ont eu tendance à oublier : 2 titres de champion (1982 et 1988 et deux coupes de France 1985 et 1991) avec Monaco en tant que joueur. Il a même disputé une finale de C2 en 1992 (stupidement perdue face au Werder Brême 2-0) et une demi-finale de Ligue des Champions en 1994. En tant qu'entraîneur, il a brillamment coaché l'ASM magnifique des Simone, Trézeguet, Barthez, Gallardo ou Giuly, sublime champion de France 2000. Un juste rappel pour ceux qui avaient zappé son passé européen de joueur ou qui ont cru qu'il avait été coach jamais titré... L'ASM 2000 pratiquait un football de rêve, certes différent de son style lillois ou lyonnais, mais dans les trois clubs, un esprit toujours tourné vers l'offensive. Les six années passés à Lille ont aussi fait du club nordiste un actuel prétendant au titre. Un héritage dont Rudi Garcia ne contestera pas la richesse...


La gestion humaine

La saison passée, Puel a dû gérer la fin de la comète des années de gloire symbolisées par la présence du vieux capitaine Juninho. Un cas pas facile à gérer tant le Brésilien incarnait l'OL des 7 titres de champion. Mais Puel a dû trancher face à un leader charismatique mais déjà déclinant : pas de passe-droit pour qui que ce soit. Une position de principe qui enverra plus souvent qu'à son tour ce pauvre Juni... sur le banc. Au Vélodrome, en mai, il était remplaçant. Beaucoup y ont vu une humiliation infligée au Brésilien. Puel ne fonctionne pas ainsi : en souvenir de ses moments de joueur injustement passés sur le banc, seuls ne jouent que les meilleurs à l'instant T ! Les statuts, les rentes de privilèges n'existent pas. D'où parfois l'incompréhension devant son turnover qui n'épargne réellement personne... Autre cas délicat, la saison passée : Benzema. Petit génie de l'attaque mais dont le caractère ne cadrait pas vraiment avec le moule puélien. Voilà pourquoi il ne retiendra ni Juni et ni Benz à la fin de la saison, leur laissant le champ libre pour partir là ils voudraient. Le coach ira plus loin. Car passeront à la trappe : Kader Keita, Mensah, Fabio Santos et Grosso. Typique de l'esprit puélien, Grosso et son statut d'intouchable (comme pour Cris) : là aussi, pas de sentiments... D'où le choix risqué de faire venir le jeune Aly Cissokho, en lieu et place du sénateur et champion du monde italien (pas si mauvais non plus, il faut le dire). Soit un jeune affamé plutôt qu'un vieux guerrier repu que Puel avait essayé de piquer dans son orgueil en lui faisant tâter du banc. Donc confiance totale au petit Cissokho... mais avec fessée punitive mémorable pour “indiscipline” (début décembre, il s'était retrouvé en tribune à Lille, privé de match, pour avoir déclaré avant dans la presse qu'avec Puel, on faisait trop de physique et pas assez de ballon).

Cette saison, Puel fera monter aussi en grade les jeunes Taffer, Gonalons, Gassama (déjà utilisé l'an passé), etc. Mais le vrai pari, c'est Miralem Pjanic à qui il a confié, à 19 ans, les clefs de l'entrejeu lyonnais. Pari ambitieux et jusqu'ici pas toujours concluant. Mais il faut encore rappeler que Puel a commencé sa carrière pro à 17 ans et l'arrêtera à 35 : l'âge n'attend ni pour commencer trop tôt (Pjanic, donc) ni pour finir tard (Cris a 33 ans et jouera encore au moins, a priori, la saison prochaine). Et puis Puel défend ses choix jusqu'au bout avec parfois un sens du coaching qui depuis quelques mois lui donne souvent raison. Il lance Gonalons à Liverpool qui égalise à Anfield, et il titularise Pjanic à Bernabeu qui égalise à son tour contre le Real et qualifie l'OL. Plus important, la confiance constante accordée à Makoun, très souvent sifflé par le public de Gerland depuis l'automne. C'est pourtant Jean II qui plantera le but de la victoire à l'aller contre les Meringués... C'est d'ailleurs contre le Real qu'a peu à peu émergé l'OL nouveau, puélien. Avec un onze-type où chacun semble avoir trouvé ses marques. Après des phases d'expérimentations diverses, c'est la ligne d'attaque qui a enfin été stabilisée : Bastos à gauche, comme il aime (et non plus à droite), Lisandro dans l'axe (et non plus exilé à gauche pour servir Gomis !) et Delgado à droite (enfin arrivé à sa maturité). Signe incontestable de l'harmonie tactique qui règne entre les trois attaquants : les permutations Bastos- Delgado ou Bastos-Ederson sur les côtés, observée à Rennes (2-1) et à Bordeaux. Puel est aussi capable de trouvailles tactiques inédites, comme placer Toulalan en défense centrale. Avec succès...

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Un parcours dans les temps

Avec la demi-finale de Ligue des Champions qui s'annonce, Claude Puel a fait basculer le groupe lyonnais dans la Grande Aventure, celle du mois d'avril européen, un territoire jusque-là inconnu mais plein de promesses. Avec pareil défi aussi excitant à relever, il tient enfin ses troupes, désormais convaincues que l'OL renaît au bon moment à l'ambition. Le rêve pour tous les entraîneurs : les challenges nouveaux et élevés vont accentuer l'émulation entre joueurs. Il n'y aura que 11 places à distribuer et chacun sait qu'avec Puel, ce sont les 11 meilleurs qui joueront. Il est donc en train de façonner un OL qui lui ressemble vraiment, à l'image de Lisandro, une fois de plus. Lisandro et Puel parlent peu mais juste. La voix est basse, mais les propos très intelligibles. Le regard est franc. On retrouve cette attitude chez les taiseux comme Toulalan ou Lloris. Un mot sur Lloris... Pas de grand club sans grand gardien. Lyon ne s'est pas trompé en allant chercher Hugo à Nice. On savait que le jeune garçon était un talent prometteur mais son explosion au plus haut niveau (dans le Top 5 mondial ?) a quand même surpris. Claude Puel ne peut là aussi que se réjouir de la “chance” qu'il a eue d'avoir touché pareil atout dans son jeu.

Finalement, le “succès” européen de l'OL n'est pas sans rappeler le grand OM du début des années 90. Ce n'est pas l'OM flamboyant de 1991 avec des stars hyper talentueuses à leurs postes respectifs (Papin, Waddle, Mozer, Olmeta, etc.) qui a remporté la Ligue des Champions. Mais l'OM 1993, plus humble, plus travailleur, voire un peu moins doué (Deschamps, Boksic, Völler, Barthez, Eydelie, Sauzée). Idem pour l'OL 2010, a priori inférieur au grand OL de Juninho, Diarra, Essien, Malouda, Tiago, Wiltord et qui pliait le championnat quand bon lui semblait mais qui n'est pas allé plus loin que les quarts. L'OL puélien sent plus la sueur et l'abnégation. Il est même un peu truqueur et rosse (voir les 5 cartons jaunes à Chaban-Delmas et un Cissokho plus que limite). Pas très fair-play, mais il faut savoir ce qu'on veut : on loue souvent le “métier” et l'“agressivité dans le bon sens du terme” des joueurs des clubs étrangers en coupes d'Europe. Pourquoi Lyon devrait tendre l'autre joue ? Finalement, ce sont aussi deux coaches en apparence “ternes” qui ont marqué l'histoire de l'OL : Santini a apporté le premier titre de champion de France et Puel la première demie de C1 tant attendue... L'ensemble de l'alchimie concoctée par Claude Puel (mais aussi par Laurent blanc à Bordeaux) a permis au foot français de club de renouer avec les canons de l'excellence : gagner les matchs qu'on n'a pas le droit de perdre.

Voilà. On ne va déifier Claude Puel. Le jeu de Lyon est souvent loin d'être emballant et son parcours européen n'était pas le plus ardu (avec un Liverpool à la rue total cette saison, un Real trop présomptueux et encore en rodage et un Bordeaux malencontreusement privé de quelques cadres essentiels). Et puis l'OL puélien peut encore tout perdre en avril, gicler en C1 contre le Bayern et finir 6ème et non européen pour la saison 2010-11. Pas grave !... Claude Puel devra quand même poursuivre sa mission et effectuer une troisième saison, avec un groupe vraisemblablement bonifié, voire renforcé (Pjanic a intérêt de progresser...). C'est là qu'on pourra établir ou non (et toute proportion gardée !) la comparaison Berlusconi-Sacchi et Aulas-Puel. Mais dès les 21 et 27 avril, l'OL puélien pourrait bien brûler les étapes et retrouver Bernabeu fin mai. A suivre...

[A lire : L'OL Puélien (Part I)


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