L'OL puélien... (Part I)

Voilà, c'est fait : Lyon disputera la première demi-finale de Ligue des champions de son histoire. Ce sera contre le Bayern Munich, les 21 et 27 avril prochains. C'était l'occasion de revenir sur l'artisan majeur, mme s'il n'est la seul, de cet événement bénéfique pour le foot français : Claude Puel. Souvent critiqué, plusieurs fois menacé, il a réussi, lui, là où tous ses prédécesseurs avaient échoué. Focus express et en deux parties sur le coach lyonnais.

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A So Foot, on a toujours apprécié les entraîneurs qui bossent sur la durée. Voilà pourquoi on a toujours défendu Deschamps à Marseille et Puel à Lyon. Surtout quand ça allait mal pour eux et que d'aucuns souhaitaient voir leur tête rouler dans la sciure. Question d'éthique et de pragmatisme. Autrefois, on a méchamment et justement critiqué la L1 sur, entre autre, un point sensible : l'instabilité au poste de coach et la valse des entraîneurs virés selon le bon plaisir de dirigeants inconséquents... ou sous la pression des supporters. Du coup, il nous était impossible de « descendre » tel ou tel coach avant qu'il n'ait eu le temps de faire ses preuves. Or, avec Deschamps et Puel, on ne partait pas dans l'inconnu. Avant d'arriver à l'OM pour le premier, et à l'OL pour le second, on connaissait un peu leur profil d'anciens joueurs et d'entraîneurs ayant déjà beaucoup prouvé. Ce que beaucoup avaient oublié.

Mais, passons... C'est pourquoi on leur a toujours apporté notre « soutien critique » : malgré des articles parfois incendiaires sur leur style de jeu, leurs options tactiques, leurs choix de recrutement et les matchs dégueulasses, jamais on a évoqué leur départ. Ce soutien s'est décliné avec une série d'articles en faveur de Deschamps (voir « Le labo du Prof Deschamps I et II » ...) et de Puel ( « OL : la crise ? Quelle crise ? » et « Plaidoyer pour Claude Puel » , l'an passé). Aujourd'hui, les résultat sont là : Didier Deschamps a apporté à Marseille son premier trophée depuis 17 ans (Coupe de la Ligue 2010) et Claude Puel est le premier entraîneur à avoir conduit l'OL en demies de Ligue des Champions... On reviendra une autre fois sur Deschamps et son OM revenu dans la course au titre (leader actuel de L1). Place à Claude Puel....


L'axe Aulas-Puel-Lisandro

Dans l'article «  Plaidoyer pour Claude Puel » , voici ce qu'on écrivait en mai 2009, au terme d'une saison « terrible » où Lyon ne remporterait aucun titre, un échec depuis longtemps sans précédent et qui avait terriblement fragilisé le coach lyonnais au point que son départ fut évoqué : « En foot, tout peut arriver. Claude Puel peut gicler aujourd'hui ou demain. Un autre reprendra l'équipe en main et on verra bien. Reste qu'il serait intéressant sur au moins les deux saisons à venir de laisser Puel aux commandes. S'il parvient à devenir encore meilleur (tous les coachs progressent), au point de devenir le plus grand coach français actuel (ce que beaucoup voient en lui), alors Lyon pourrait revenir très vite au sommet. Aulas semble avoir misé sur Puel à long terme. Sauf échec patent pour cause d'incompétence au plus haut niveau (après tout, Puel n'est peut être que bon à coacher Lille), c'est un pari audacieux qu'on aimerait voir mené à son terme. Aulas-Puel seront-ils les Berlusconi-Sacchi français des années 2010 ? » . L'allusion à Berlusconi-Sacchi fait référence à la terrible défiance des joueurs du Milan AC
envers les méthodes de Sacchi dès son arrivée à Milanello, en 1987.

Les mauvais résultats avaient plombé les relations entre le groupe rossonero et le tout nouveau coach, hyper menacé. Silvio Berlusconi avait alors pris lui-même les joueurs un par un pour bien leur expliquer que le boss c'était Sacchi et que ceux qui n'étaient pas contents pouvaient partir. La voie vers les succès futurs des Rossoneri était déblayée pour Sacchi... Idem pour Claude Puel : au soir de l'infâme Valenciennes-OL (2-0) du 2 mai 2009 qui éloignait dangereusement Lyon des places en C1 (avec une altercation musclée entre Puel et Fabio Santos à la mi-temps !), Jean-Michel Aulas avait poussé un gueulante dont il a le secret dans le vestiaire olympique, apportant son soutien au coach et en mettant les joueurs face à leurs responsabilités. Dans la foulée, l'OL battra Nantes et l'OM au Vélodrome (3-1) et arrachera la troisième place qualificative pour la Ligue des Champions...

Aulas avait tenu bon. Faut pas déconner : c'était, entre autre, sur « suggestion » des joueurs lyonnais qu'il avait viré Perrin, la saison d'avant. Alors, là pas question de virer Puel au bout d'un an, comme ça, sur injonction capricieuse des joueurs. Certes, le malaise entre eux et leur coach avait été permanent et c'est Sydney Govou qui révèlera courageusement dans la presse les relations parfois « froides » , parfois orageuses entre le groupe et l'entraîneur. Govou et Cris reconnaîtront aussi que Puel avait progressivement évolué vers plus de dialogue, plus d'écoute. Cette crise de printemps 2009 avec explication frontale et soutien du Président Aulas ont sans doute déblayé le terrain pour une saison 2009-2010 particulière au vu de la prise en main effective de Claude Puel sur son effectif. Prise en main grandement favorisée par l'arrivée à l'été du monstre Lisandro Lopez, un pur profil puélien... Entre le natif de Castres et l'Argentin, même exigence professionnelle poussée au maximum. Lisandro est aussi chien sur le terrain que l'était Puel, milieu défensif de Monaco (1979-1996). L'honneur, la grinta, la gagne : les deux hommes sont parfaitement synchrones là-dessus. Anecdote : Lisandro avait fait afficher dans le vestiaire lyonnais à Bernabeu, juste avant le match contre le Real, un texte traduit en français par Cris. Un appel à se surpasser, à laisser ses tripes sur le terrain et ne rien regretter. Un texte que Puel aurait pu signer...

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Le renouveau inattendu de 2010

Jusqu'à la trêve, Lyon a alterné entre le bon (Ligue des Champions) et le moins bon (championnat). Voire catastrophique : au soir de la dernière journée du 23 décembre dernier l'OL se fait taper à Gerland 2-1 par Montpellier et pointe loin, très loin de Bordeaux, à la 6ème place... C'est après le fameux stage en Tunisie, durant la trêve hivernale, que le groupe lyonnais va se ressouder et entamer un parcours impressionnant et inattendu où il ne concèdera qu'une défaite à Marseille (2-1) en L1. Entre temps, l'OL a opportunément bazardé les deux coupes nationales... On a découvert au fil des matchs un Lyon new-look. Granitique. Moins séduisant que les années fastes mais terriblement efficace. Limite « boring OL » ... Petit à petit, on a observé une évolution tactique intéressante, celle d'un bloc équipe disposé plus haut, parce que le groupe OL est tout simplement plus confiant en lui-même, moins frileux qu'en début de saison. Le match aller contre le Real à Gerland avait bluffé par son volontarisme et par son audace à jouer enfin tous les bons coups. Et puis l'OL puélien, ce sont aussi et avant tout des joueurs qu'on croyait « abattus » mais réveillés par la tornade Lisandro : Toulalan, Réveillère, Kallström, Cris, Lloris (faux gardien « angélique » , mais vrai tueur), Boumsong, Delgado.

Mis à part Lisandro avec sa classe et son statut international reconnu, que des joueurs de devoir, redevenus en phase avec toujours cette volonté de chien que Puel, le joueur, dispensait à Monaco. C'est ce qui explique un peu la renaissance d'un Cris. Sa rage impuissante à voir le groupe se déliter depuis l'année dernière avait fatigué le vieux briscard lassé d'aboyer dans le vide. Depuis que l'OL remord à nouveau, il a rajeuni de 5 ans, impérial à Chaban Delmas. Ce n'est pas un hasard s'il est très proche de Lisandro, cet autre aboyeur providentiel. A la fin de chaque match, Cris donne sa plus longue accolade à l'Argentin...Mais, Attention, on n'est chez les Bisounours non plus: Govou (précieux et batailleur, mais frondeur) ou Bodmer, rétifs au moule puélien, quitteront vraisemblablement l'OL à la fin de la saison.

Parce que Puel ne transige pas. OK pour un peu plus de démocratie mais il entend toujours rester le maître à bord. Là aussi, il faut remonter à son passé de joueur pour comprendre la psychologie du bonhomme. Milieu rugueux qui ne lâchait jamais rien, donc, et modèle de professionnalisme (à 49 ans, il pèse aujourd'hui le même poids que lorsqu'il était joueur). Une mentalité de gagneur qui va loin. Anecdote...A Lille (comme à Lyon), il participe aux entraînements au milieu de ses joueurs. Un jour il met un tacle appuyé ponctué d'une bonne semelle à un de ses attaquants qui se plaint aussitôt vertement de la charge brutale. Claude Puel l'assassine froidement: « Relève-toi au lieu de chialer ! » . Sa rage de vaincre, Claude Puel la puise aussi dans son passé de jeune joueur à Monaco : il n'a jamais digéré les passe-droit accordés aux sénateurs de l'ASM qui le reléguaient sur le banc des remplaçants. Aujourd'hui encore, il ressasse parfois le souvenir cuisant des heures passées sur le banc à regarder des matchs où des coéquipiers en méforme étaient titulaires alors que lui piaffait d'en découdre sur le terrain. C'est ce qui explique les deux traits de gestion typiques de la méthode Puel : aucun privilège pour personne et confiance aux jeunes. Sur ce dernier point, inutile de rappeler tous les petits jeunes qu'il a lancés à Monaco, mais surtout à Lille, et récemment, donc, à Lyon : Gonalons est typiquement puélien...

(2ème partie demain...)

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