« L'objectif premier, c'est de remettre l'équité au centre du football »

C'est la grande initiative novatrice du mercato hivernal : l'AC Ajaccio propose à ses supporters de mettre la main à la poche pour aider financièrement le club dans cette période charnière. Boris Bergerot, co-fondateur de la plateforme de fanfunding Give In Sport, explique son fonctionnement et répond aux critiques liées au développement de son business.

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Comment l'idée de Give in Sport a-t-elle germé dans votre esprit et dans celui de votre collaborateur ?
C'est une idée qu'on a eu avec mon associé, Florent Mondolfo, avec qui je travaille depuis 15 ans et qui est aujourd'hui le président de notre société basée à Montpellier. C'était en fait la rencontre de deux idées. De mon côté, je travaillais sur un projet dédié au crowdfunding, à une époque où les plateformes de financement participatif commençaient à émerger. Lui nourrissait une réflexion autour de l'aide à apporter aux clubs de football. Lui-même est fan depuis très longtemps d'un club. Mais il faisait face à une problématique : il n'avait pas l'occasion d'aller souvent au stade, et ne voulait pas particulièrement acheter des maillots à 80 euros sur lesquels le club n'allait toucher que 15 euros ou 20 euros. Comment faire alors pour aider le club ? On a réfléchi et on s'est dit que les supporters devraient pouvoir contribuer à la réussite de leur club autrement.

Autrement ?
Oui, notre service permet d'aider son club autrement. Ce n'est pas quelque chose qui est réservé aux abonnés du club, mais à tous les supporters. Ceux qui vont au stade, ceux qui n'y vont pas, ceux qui sont loin, près, qui suivent le club. On offre à tout le monde cette possibilité de faire un don sur notre plateforme sécurisée. Grâce à la mobilisation de chacun, une collecte peut être levée pour le club. Cette collecte est utilisée par le club pour son mercato.

Et seulement pour son mercato ? Les transferts, les contrats, uniquement ?
On est en train de réfléchir à élargir le projet. Pour l'instant, on est exclusivement concentré sur le mercato. Mais on a de plus en plus de clubs intéressés qui nous demandent si une telle collecte pourrait être organisée pour les aider, par exemple, à développer leurs centres de formation. Dans les semaines à venir, le spectre sera élargi. On proposera, en accord avec les clubs, d'autres objectifs aux supporters. Entendons-nous, jamais les clubs ne demanderont aux supporters de financer le changement de couleur des sièges du stade, il faut que le projet ait un réel intérêt pour le développement du club. L'objectif premier, c'est de remettre l'équité au centre du football français.

Mais pourquoi proposer un tel service aux supporters ? Dans l'imaginaire de beaucoup, les clubs ont déjà assez d'argent...
C'est une idée partagée par beaucoup, mais qui n'est plus si vrai pour 90% des clubs de football français. Beaucoup de clubs souffrent de la baisse des subventions, de la baisse des droits TV, de la baisse des revenus publicitaires. Ils ont besoin du soutien de leurs supporters pour disposer d'une manne financière plus importante. En contrepartie (comme c'est le cas sur toutes les plateformes de financement participatif, ndlr), le club s'engage à offrir aux supporters généreux des sortes de récompenses, des goodies, etc. Mais il faut bien dissocier tout ceci d'un quelconque lien avec de l'actionnariat. Il y a une enveloppe globale qui est mise à disposition du club, qui doit ensuite justifier auprès de ses supporters les dépenses de cet argent. Tout ça est régulé par une charte éthique que le club doit signer avec nous.

Il y a certaines personnes qui dénoncent cette initiative, en fustigeant une certaine « demande de charité » de la part des clubs de football. Que pouvez-vous leur répondre ?
Nous avons conscience que ce secteur est sujet à discussion. On le voit tous les jours puisqu'on est assez présents sur les médias aujourd'hui. Les gens pensent qu'un apport de 20 euros pour des salaires qui se chiffrent à des milliers d'euros, ce n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan. Les gens se disent : « Les joueurs sont trop payés, il faut moins les payer. » Tout ça, on l'entend, on le comprend. Mais la réalité, c'est que 90% des clubs aujourd'hui jouent les seconds rôles. Par exemple, nous, on a décidé de retirer le PSG et Monaco de notre service. On se positionne uniquement sur les petits et moyens clubs qui ont besoin d'aide pour rivaliser, pour empêcher leurs joueurs de partir en Premier League, par exemple. Ce qu'il faut comprendre, c'est que des supporters, il y en a partout, et tous peuvent contribuer à la réussite de leur club.

Comment est-ce que vous démarchez les clubs de football ? Quelles sont leurs réactions ?
On les démarche de façon assez simple, par mail, par téléphone, par rendez-vous physique. Mon associé et moi, nous ne sommes pas liés au milieu sportif. On n'a pas dans notre équipe d'anciens joueurs, on n'est pas affiliés à un club en particulier. On est indépendants vis-à-vis de l'écosystème sportif. Et ça a tendance à rassurer les supporters. Pour les clubs, on a une démarche individualisée. Depuis mai l'an dernier, je conçois des dossiers spécialisés pour chacun des clubs. C'est un travail de fourmi qui commence à payer. On a beaucoup de rendez-vous et de clubs qui se montrent intéressés. Et puis, on a déjà la chance d'avoir signé avec l'AC Ajaccio fin août.

Justement, comment s'est créé ce lien avec l'AC Ajaccio ?
Eh bien, j'ai rencontré les pilotes du navire (Léon Luciani, Alain Orsoni, Franck Leloup) pour mettre en place ce partenariat. Ils ont signé notre charte éthique. Sur le site officiel du club, il y a une rubrique complète ( « participez au mercato » ) pour expliquer pourquoi l'AC Ajaccio s'est lancé dans le fanfunding, quel est le projet pour le mercato en cours et celui à venir, ce que le club prévoit de faire avec l'argent de la collecte.

Y a-t-il d'autres clubs qui ont déjà signé la charte ?
Je ne peux pas en parler précisément pour le moment, mais oui, il y aura des annonces dans les semaines à venir. Il y aura aussi une ouverture vers d'autres sports. Le fait d'avoir lancé le concept sur le football a suscité l'intérêt de clubs de rugby, de handball ou de basket. Ces clubs-là ont les mêmes problèmes : baisse de subventions, problèmes de naming, de merchandising, baisse de la fréquentation des stades, etc.

Comment résumer le concept de Give In Sport simplement ?
Au final, giveinsport.com est le 1er service de fanfunding dédié au sport professionnel plaçant les supporters au cœur de la réussite de leur club !

Plus d'informations ici :

https://www.giveinsport.com
twitter.com/giveinsport
facebook.com/giveinsport


Tous propos recueillis par Gabriel Cnudde
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En gros, nos dirigeants commettent erreurs sur erreurs depuis 3 ans, avec des recrutements douteux notamment, on paye déjà notre place/notre abo' pour assister à un football insipide, et si on sortait encore des sous de notre poche pour attirer un mercenaire ? Le concept est bien mais encore faut-il que le club soit dans une dynamique positive et donne envie qu'on y investisse son argent...parce que là, on aura au mieux de quoi payer un stadier.
SavingPrivateSuarez Niveau : DHR
le concept est très intéressant, mais y-a-t-il des garanties pour les supporters sur la façon dont sera dépensé l'argent, et sur quels joueurs?
parce que moi ça me dérangerait pas de donner de l'argent à mon club, mais si c'est pour recruter un joueur que je ne veux pas et dépenser des sommes astronomiques sur une chèvre, c'est mort
"Beaucoup de clubs souffrent de la baisse des subventions, de la baisse des droits TV ..." haaa la fameuse baisse des droits Tv. qu'est-ce qui faut pas dire pour justifier son business ...
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