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L'Italie teste son espagnol

Ce soir, à Bari, l'Italie et l'Espagne s'affrontent pour un match amical de luxe entre les deux derniers Champions du Monde. L'occasion pour l'Italie de prouver à tous que le chantier azzurro est en bonne voie.

C'était le 11 juillet 2010. Iniesta marque en pleine prolongation, et l'Espagne est sacrée Championne du Monde, pour la première fois de son histoire. L'Italie, quadruple vainqueur de la compétition, enlève sa couronne, et la remet en fermant les yeux à sa rivale ibérique. C'est la fin d'un cycle. La fin de Marcello Lippi. La fin de Fabio Cannavaro. La fin de l'Italie 2006. Quelques semaines plus tard, Cesare Prandelli prend en main l'équipe et ouvre un nouveau chapitre. Avec un premier constat, sanctifié par le sélectionneur lui-même : « L'Italie n'a plus de "fuoriclasse", de joueur capable de faire seul la différence » . De fait, les Baggio, Del Piero et autres Totti font désormais partie de l'histoire ancienne, même si Prandelli ne ferme pas la porte aux deux derniers. Le présent est plus commun. Entre joueurs prometteurs, anciennes promesses qui tardent à s'exprimer, et survivants de l'époque Lippi, l'ancien coach de la Fiorentina doit dessiner une équipe nouvelle et cohérente. Ce soir, en affrontant la meilleure équipe du monde, il va pouvoir faire plus que le bilan de sa première année à la tête de la sélection.

Génération perdue

« Je suis curieux de voir le chemin que nous avons accompli pour combler la distance qui nous sépare des Champions du monde. Bien sûr que l'Espagne possède un avantage sur nous dans la mesure où ils ont travaillé ensemble depuis des années, y compris chez les juniors » affirme Prandelli lors de la conférence d'avant-match. En effet, la différence entre les deux nations n'avait cessé de s'accroître depuis le sacre italien en 2006. Question de générations. L'Italie était au zénith de celle des Buffon, Pirlo, Gattuso et autres Toni, tandis que l'Espagne voyait se profiler la maturation totale des Casillas, Xavi, Iniesta et Torres. En effet, lorsque les deux équipes se retrouvent, lors des quarts de finale de l'Euro 2008, le rapport de force s'est déjà inversé. L'Espagne a désormais le dessus et le prouve en éliminant le Champion du monde en titre. Aux tirs au but, certes, mais après avoir dominé la rencontre. A partir de là, le passage de témoin est acté. L'Espagne enfile 33 victoires en 35 matches pour décrocher le titre mondial. Et l'Italie ? Une chute. Lente. Mais vertigineuse, au final. Jusqu'à toucher le fond le 24 juin 2010. Prandelli a alors dû remélanger les cartes, composer avec les forces en présence. Et inventer une nouvelle Squadra, tournée vers 2012.

Pepito et Antonio

Un an après avoir pris les rennes de la Nazionale, le bilan est somme toute positif. 6 victoires, 3 nuls et 2 défaites, ces deux revers ayant eu lieu lors de matches amicaux, face à la Côte d'Ivoire (0-1) et l'Irlande (0-2). Si les expérimentations en vue de l'Euro se poursuivent, le sélectionneur a déjà ses certitudes. Notamment en attaque. Après avoir tenté Cassano, Gilardino, Pazzini, Balotteli, Rossi, Borriello et Amauri, Prandelli semble avoir choisi. Giuseppe Rossi est actuellement le plus en forme de ses joueurs, et aussi le mieux placé pour affronter les Espagnols. « Actuellement, Rossi est devant les autres. Il a acquis la continuité et la connaissance d'un titulaire. En Espagne, il a fait des choses très importantes et ne m'a jamais déçu » assure le coach, en conférence. La grande question reste de savoir qui sera associé à « Pepito » .

Pour la beauté du geste, le peuple attend évidemment Antonio Cassano. Né à Bari, Fantantonio pourrait ainsi jouer pour la première fois avec le maillot azzurro dans le stade qui l'a vu éclore. Or, Prandelli est un romantique et a bien l'intention de faire ce cadeau à l'enfant du pays. « Cassano a bien travaillé avec Milan. Il a perdu 3 kilos depuis le début de l'été. Avec Cassano aux côtés de Rossi, nous ne donnerons pas de points de repère à nos adversaires. Antonio sait qu'il s'agit là d'un match important, devant son public, dans un moment comme celui-ci » lâche-t-il. Mais Prandelli garde tout de même sous le coude des solutions de secours : Pazzini, et surtout Balotelli, qu'il continue de chouchouter malgré ses écarts de conduite. Papa poule.


Caractère, courage et superstition

Autre caractéristique de Prandelli : oser. Pour cette confrontation face à l'Espagne, la 29ème dans l'histoire des deux nations (9 victoires de l'Italie, 8 de l'Espagne, 11 nuls), il n'a pas hésité à convoquer deux joueurs évoluant en Serie B : Angelo Ogbonna, du Torino, et Angelo Palombo, de la Sampdoria. « Ogbonna et Palombo ? Le premier m'a fait une excellente impression, il a des capacités extraordinaires. Et Palombo, je ne le considère absolument pas comme un joueur de Serie B » commente l'ami Cesare. Une façon de balayer les polémiques naissantes en Italie quant à ses choix. Car au final, peu importe les joueurs qui seront alignés. Pour ce match face à l'Espagne, qui a pris deux volées lors de récents matchs amicaux contre l'Argentine (4-1) et le Portugal (4-0), le sélectionneur veut surtout voir du caractère. Le caractère d'une équipe qui n'a aucune intention de faire figure de "petit poucet" face à l'ogre espagnol. « Je veux voir de la grinta et du courage pour reprendre le ballon à l'adversaire et l'utiliser ensuite à bon escient » ajoute le technicien. Pour le schéma tactique, pas de surprise : ce sera quatre défenseurs, un milieu de terrain à quatre (avec le retour de De Rossi), et deux attaquants, dont un qui jouera un peu plus reculé. Une sorte de 4-4-1-1, à l'ancienne. Le même, d'ailleurs, qu'avait utilisé Lippi lors de la finale de 2006 face à la France. Oui. La superstition est parfois l'un des meilleurs stratagèmes.

Eric Maggiori

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