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L’Italie, 45 jours après

1er juillet 2012. L’Italie est battue en finale de l’Euro, 4-0, par une Espagne intouchable ce soir-là. 15 août 2012, les Azzurri se retrouvent pour la première fois et affrontent l’Angleterre qui, pour sa part, a encore en travers de la gorge cette séance de pénaltys…

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La panenka d’Andrea Pirlo est encore dans toutes les têtes. Les têtes italiennes, et surtout les têtes anglaises. Une panenka qui a changé le cours de la séance de tirs au but de cet Italie-Angleterre, quart de finale de l’Euro, disputé le 24 juin dernier. Derrière, l’Italie s’impose, fait chuter l’Allemagne en demi-finale, avant de s’écrouler en finale contre le champion en titre. C’était il y a un mois et demi. L’épopée de l’équipe de Cesare Prandelli a réveillé l’orgueil des Italiens, malgré la déroute en finale. D’ailleurs, cet été, la presse italienne a été unanime. « L’Italie retrouvée » , titrait le mensuel Guerin Sportivo, avant d’affirmer à l’intérieur que « malgré la défaite face à l’Espagne, la Squadra a gagné son Euro » . Oui, car ils étaient nombreux, avant le début de la compétition, à ne pas donner cher de la peau des Azzurri.

Matches amicaux peu rassurants, scandale Calcioscommesse qui vient s’immiscer à Coverciano (avec l’exclusion de Criscito) et doutes sur le schéma tactique : beaucoup pensaient que l’Italie, comme en 2010, pourrait se faire sortir au premier tour. Finalement, les joueurs italiens, comme bien souvent lorsqu’ils sont au pied du mur, ont prouvé que l’Italie était encore et toujours une grande nation. Elle est là, la victoire. Oui, sauf que maintenant, il faut de la continuité. Cet Euro ne peut pas demeurer un exploit isolé, sans suite. 2014, c’est seulement dans deux ans, et Prandelli, qui a confirmé qu’il resterait à la tête de la Squadra au moins jusqu’au Mondial brésilien, doit continuer à construire. Après une pause de 45 jours, les travaux reprennent ce soir. Avec quelques nouveaux ouvriers.

Jeunesse dorée

Consigli, Perrin, Acerbi, De Sciglio, Gastaldello, Peluso, Poli, Gabbiadini, Fabbrini. Pour le grand public, ces noms sont pour le moment inconnus. Et même pour les adeptes du Calcio, certains sont des points d’interrogation. Pourtant, tous ces joueurs font partie du groupe qui affrontera ce soir l’Angleterre. Pas de Buffon, pas de Pirlo, pas de Cassano, pas de Chiellini, pas de Bonucci. Les « héros » de l’Euro sont restés à la maison. Parce que Prandelli veut immédiatement tourner la page ? Non, pas tout à fait. À vrai dire, il s’agit là d’un test grandeur nature pour la jeunesse italienne. Les cadres de l’équipe restent les cadres de l’équipe. Ils seront bien là en 2014, que l’on se rassure, même s’ils auront tous deux ans de plus dans les pattes. Mais il faut, forcément, une succession.

Or, face à l’Angleterre, le sélectionneur veut tester cette succession. « Je veux voir si nos jeunes sont à la hauteur, a-t-il assuré hier en conférence de presse. Je dois comprendre s’ils sont déjà prêts pour disputer une qualification importante. » Voilà donc l’objectif de Prandelli : expérimenter le plus grand nombre de jeunes joueurs, tous âgés de 19 à 22 ans, pour voir lesquels sont déjà aptes à faire partie de la Squadra de demain. Il y a ceux qui étaient déjà pressentis pour participer à l’Euro, mais qui ont finalement dû le regarder à la maison, comme Destro ou Verratti, et il y a ceux qui découvrent aujourd’hui la Nazionale. Le sélectionneur suivra avec attention les prestations des uns comme des autres, avec indulgence, évidemment. Car faire ses grands débuts avec le maillot azzurro lors d’un match de prestige contre l’Angleterre, lorsque l’on vient de fêter ses 20 ans, ce n’est pas non plus la chose la plus simple à gérer. Ça aussi, c’est un aspect que Prandelli aura à cœur de tester.

Côte d’Ivoire à Londres, Angleterre à Bern


Le sélectionneur italien a déjà annoncé le onze qui débutera le match ce soir : Sirigu dans les cages, Abate, Ogbonna, Astori et Balzaretti en défense, De Rossi, Nocerino et Aquilani au milieu, et enfin un trio offensif composé de Diamanti, El Shaarawy et Destro. Un mélange entre les titulaires de l’Euro 2012, ceux qui ont regardé la compétition depuis le banc et ceux qui auraient pu y être mais qui n’ont finalement pas été choisis. Quant aux jeunes qui honorent là leur première cape, ils pourront très probablement célébrer leur baptême du feu en seconde période. « Si après le match contre l’Angleterre, je rentre à la maison avec la certitude que deux ou trois nouveaux joueurs sont matures, je serai déjà très satisfait » , assure Prandelli. En réalité, cette rencontre rappelle quelque peu le premier match de l’ancien coach de la Fiorentina à la tête de la Nazionale. C’était le 10 août 2010. L’Italie affrontait alors la Côte d’Ivoire à Londres.

Ce jour-là, Prandelli avait déjà affirmé ses choix, en appelant des joueurs comme Sirigu, Giuseppe Rossi ou Balotelli, ce dernier fêtant ainsi sa première sélection avec la Squadra, après avoir été laissé à la maison par Lippi lors du Mondial sud-africain. Si l’Italie avait perdu 1-0, le sélectionneur avait déjà pu voir que certains joueurs étaient dignes de sa confiance, et qu’il allait baser son équipe sur eux. La preuve, deux ans plus tard, Balotelli est devenu un point fixe, et la demi-finale de l’Euro contre l’Allemagne n’est que la première consécration d’un joueur qui devra être l’une des colonnes de l’Italie lors des prochaines années. Voilà donc pourquoi le beau Cesare ne perd pas de temps pour faire ses expérimentations. Les éliminatoires de la Coupe du monde commencent dans trois semaines, et lui souhaite bâtir dès à présent un groupe cohérent, qui ira jusqu’en 2014. Les petits nouveaux le savent : il y a des places à prendre, et il faudra être bon pour mériter la confiance du ct. Ce match contre l’Angleterre reste un amical, certes. Mais pour ces jeunes joueurs qui découvrent la Nazionale, c’est un petit peu plus que ça.

Éric Maggiori
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