L'Islande, nouveaux Vikings du foot européen

L'Islande, c'est l'histoire d'un pays de 325 000 habitants, soit un peu moins que la ville de Nice, un peu moins grand que Cuba en superficie, mais dont l'équipe nationale, classée 34e au classement FIFA, jouera peut-être les trouble-fêtes au prochain Euro après avoir manqué de peu une qualification en Coupe du monde l'année dernière. À l'heure où les Vikings s'apprêtent à affronter la Lettonie et les Pays-Bas, explication d'une montée en puissance qui n'a rien d'anodine et qui mêle génération dorée, terrains d'intérieur et un entraîneur suédois.

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19 novembre 2013. Dans un Stadion Maksimir de Zagreb à moitié rempli, les footballeurs croates exultent : ils viennent de se qualifier pour la Coupe du monde au Brésil. Leurs adversaires du jour en font de même, à raison : jamais l'Islande n'était parvenue à se qualifier en barrages de toute son histoire. En coulisses, un seul Viking fait la fine bouche : Arnór Gudjohnsen, père et agent de. « J'étais un peu déçu qu'on ait perdu face à la Croatie. Même si, sur le papier, cette équipe était meilleure, on a moins bien joué qu'en groupe de qualification. La Croatie s'est retrouvée à dix à un moment et on n'a pas su en profiter. On s'est laissés aller » , confie aujourd'hui l'ancien attaquant des Girondins de Bordeaux. Sauf que tout vient à point à qui sait attendre et, à ce petit jeu-là, les Islandais sont bien armés pour accrocher leur première qualification pour une compétition majeure en 2016 avec l'Euro en France. Non parce que le tournoi passe à 24 équipes, mais parce que l'Islande arrive à maturation. En témoigne la branlée infligée à la Turquie (3-0) devant les 8 811 spectateurs du Laugardasvöllur. Soit 2% de la population du pays (325 671 habitants)... Tómas Þór Þórðarson (Tomas Thodarson en alphabet romain), journaliste pour 365.is, n'en revient toujours pas : « On avait fait un match amical de préparation pitoyable contre la Suède.... Et pour le premier match, on bat la Turquie. Non, on les a démolis ! Ils n'avaient aucune chance ! Gylfi Sigurdsson a été incroyable. Il faisait la circulation pendant le match. »

Génération indoor


Forcément, après cette rencontre, Arnór Gudjohnsen montre - enfin - des signes de satisfaction. « Ce 3-0 contre la Turquie, c'est tout sauf de la chance. En première mi-temps, on était beaucoup plus organisés et volontaires. Ensuite, on a mis deux nouveaux buts parce que la Turquie a pris un rouge, mais si l'Islande garde ce niveau de jeu, je suis sûr que les Pays-Bas vont souffrir à Reykjavík » , assure-t-il. Au vrai, le football islandais a entamé sa mue il y a de ça un peu moins de quinze ans, après être passé tout près de taper les champions du monde en titre, la France, en 1999. Premier chantier : la logistique. Pays le plus septentrional d'Europe, l'Islande souffre invariablement d'un climat d'une rudesse qui fait qu'on y tourne les scènes « par-delà le Mur » de Game of Thrones. De fait, son football est pris dans la glace : un championnat très court (cinq à six mois), amateur de surcroît, joué sur des champs de patates. La Fédération prend donc une décision drastique, qui commence à peine à porter ses fruits. « On a une génération dorée qui arrive. Sigthórsson, Finnbogason, Sigurdsson » confirme Tómas Thodarson. « Ces mecs sont issus de la première génération "indoor". C'est-à-dire qu'ils ont été les premiers à bénéficier de ces terrains artificiels qu'on a construit à partir de 2000 pour que les joueurs puissent s'entraîner tout au long de l'année. Ces mecs n'ont jamais joué sur le gravier ou sur du stabilisé. » Pour le barrage retour contre la Croatie, onze joueurs du groupe islandais, nés entre 1988 et 1991, faisaient partie de cette génération indoor. Actuellement, l'Islande compte pas moins de sept complexes sportifs d'intérieur pour pratiquer le football, soit un pour un peu moins de 46 500 habitants. Et surtout, un de plus que la grande cousine suédoise.

Lars Lagerbäck and forth


En parlant de Suède, la KSI (la Fédération islandaise de football) est allé y chercher son dernier sélectionneur en date : Lars Lagerbäck. Un homme qui aura porté l'équipe nationale de Suède en huitièmes de finale de Coupe du monde par deux fois (2002 et 2006), ainsi qu'en quart de finale de l'Euro 2004. Depuis 1991 et Bo Johansson, l'Islande n'avait plus connu de sélectionneur étranger. Surtout, avant Lagerbäck, les compatriotes de Sigur Rós n'avaient jamais eu coach plus expérimenté. Arnór Gudjohnsen ne tarie pas d'éloges sur l'homme qui tient les rênes de la sélection depuis trois ans maintenant : « J'ai terminé ma carrière en Suède et je peux te dire que les Suédois ont une excellente mentalité sportive. Lars Lagerbäck a apporté cette mentalité. Une façon de jouer, d'abord, mais aussi une discipline et une organisation. » On ne va pas se mentir, pour les joueurs islandais, avant Lagerbäck, aller en sélection, c'était un peu les colonies de vacances. « L'Islande, c'est petit donc, forcément, les coachs de la sélection ont été coachs de club auparavant. Comme tout le monde se connaît ici, le respect n'est pas le même pour un entraîneur islandais que pour un entraîneur étranger. Et puis, l'étranger vient ici dans un but précis : il a les coudées franches pour mettre en place ce qu'il souhaite » poursuit Gudjohnsen senior. Même son de cloche pour Þórðarson : « Les derniers sélectionneurs qu'on avait eus en Islande avaient été affreux. Tu pouvais voir que même les joueurs ne les respectaient pas. OK, tu peux les condamner pour ça, mais les mecs vivent quotidiennement dans un environnement professionnalisé, des clubs comme l'Ajax ou Tottenham, et quand ils débarquent en sélection, tout est amateur. Il fallait donc appliquer ce système de football professionnel, de la sélection jusqu'à la Fédération. »

« Maintenant, plus personne ne nous roulera dessus »


Où l'on soulève un facteur important de la présence du football islandais à un tel niveau de compétition. Cette fameuse génération indoor qui, une fois pratiqué le foot au chaud dans un gymnase, est partie parfaire son éducation footballistique sur le Vieux Continent. Désormais, ce vieux chêne d'Eiður Gudjohnsen n'est plus l'arbre qui cache la forêt dévastée islandaise. Évidemment, Arnor le père est bien placé pour en parler. « Désormais, on a un groupe de joueurs professionnels plus important. Si les jeunes joueurs veulent se développer, ils ne doivent pas rester en Islande. Mon fils a toujours été la star de l'équipe parce qu'il était le seul à jouer au haut niveau à l'étranger. Mais maintenant, il a 36 ans et il n'y a personne pour le remplacer. Si ce n'est un collectif. Et c'est le plus important parce qu'il n'y a pas de star. » Pas de star, certes, mais des mecs qui évoluent dans des formations du haut du panier en Europe (Sigthórsson à l'Ajax, Finnbogason à la Real Sociedad) quand d'autres sont des titulaires indéboulonnables dans des équipes de ventre mou, mais dans des championnats relevés (Hallfredsson au Hellas Vérone, Sigurdsson à Swansea, voire Sigurdsson à Krasnodar). Surtout, cette génération dorée, couplée à la disparition du dinosaure Guðjohnsen, aura permis d'élever le niveau de grinta de l'équipe, selon Thórdarson. « On est un pays de 300 000 habitants. Normalement, on n'a rien à faire à ce niveau-là de compétition. Mais les mecs de cette équipe ont la gagne, vraiment. Et c'est le plus important pour une équipe de ce niveau. Du coup, on se bat pendant 90 minutes. Je peux t'assurer que maintenant, plus personne ne nous roulera dessus. » Une abnégation que saluait déjà le Norvégien et frère ennemi Henning Berg, lorsqu'il était entraîneur de Lyn, dans les colonnes du canard islandais Morgunbladid : « La mentalité, c'est la première chose que tu remarques chez les joueurs islandais. Ils donnent toujours le meilleur dans l'effort, bossent dur à l'entraînement et sont fort mentalement. Ils supportent la pression et agissent en vrais professionnels. »

Les relous scandinaves du « turfu » ?


Ensuite, la Fédération s'est mise au diapason de son équipe nationale. Si les joueurs peuvent bénéficier de meilleures conditions pour s'entraîner, à quoi bon leur donner des coachs amateurs ? « Avant, c'étaient les parents qui entraînaient les gamins, enfonce Thórdarson. Désormais, on a des coachs diplômés jusque chez les U17 ou les U15. » Et pour cause, alors que l'Islande formait seulement 71 coachs à certains diplômes UEFA en 2000, ils étaient 630 à en faire de même dix ans plus tard. En 2012, neuf coachs locaux obtenaient même leurs UEFA Pro degree, le diplôme le plus élevé que l'on puisse recevoir pour exercer en Europe. Et lorsque l'on sait que l'Islande compte un peu plus de 22 100 licenciés pour 92 postes d'entraîneur - équipes masculines et féminines confondues - il est évident que la formation en ressort grandie, jusque dans les équipes de jeunes. Dans les années 90, le Danemark, un tantinet relayé par la Norvège en Coupe du monde 98, faisait figure d'épouvantail pour n'importe quelle formation européenne, voire mondiale. Un rôle repris par la Suède la décennie suivante avec, au volant... le fameux Lars Lagerbäck. Dès lors, faut-il voir les Islandais comme les relous scandinaves du turfu ? Possible. Les handballeurs ont déjà montré la voie, habitués à jouer le rôle d'outsiders sans jamais soulever la coupe. Arnór Gudjohnsen, lui, préfère éviter la comparaison : « Là, on a battu deux fois la Norvège et on s'approche doucement, mais sûrement. Ça ne sera pas pour demain, ceci dit. On ne sera pas dans le top 10 mondial d'ici deux ans. » Sentiment partagé par Thórdarson qui considère que « l'équipe de handball d'Islande est bien meilleure que celle de football. On a plus de chance de gagner un titre en handball, on ne pourra jamais atteindre ce niveau-là en foot. Une qualification à l'Euro 2016 serait pas mal, déjà. En revanche, c'est vrai qu'il y a toujours une équipe française pour se mettre en travers de notre chemin au handball. Donc rendez-vous dans deux ans » sourit-il. Avant de conclure : « En tout cas, notre génération dorée a 24, 25 ans. Donc je ne vois pas pourquoi on ne ferait pas chier les autres en Europe pendant quatre ou cinq ans ! »

Par Matthieu Rostac
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Bel article. Tu m'étonnes que les terrains indoor ont révolutionné la pratique, pour y être allé c'est vraiment un gigantesque champs de lave, je me souviens avoir fait quelques passes avec des jeunes là bas, le seul truc à peu près plat en dehors des villes c'est la route.
Putain... je vais vraiment pas bien.. j'ai lu "l'Islande arrive à masturbation"...

Le lapsus m'habite...
Super article, c'était vraiment sympa à lire.
Mais pourquoi, mon dieu pourquoi, aovir écrit TURFU. Sérieux, ca à tout gacher putain.
Article cool, c'est bien de parler de ces autres pays européens qu'on connait moins. En tout cas, ce sera fort que l'Islande se qualifie mais cela résulterait d'une certaine logique et continuité au niveau de leur développement.
Message posté par Okxyd
Bel article. Tu m'étonnes que les terrains indoor ont révolutionné la pratique, pour y être allé c'est vraiment un gigantesque champs de lave, je me souviens avoir fait quelques passes avec des jeunes là bas, le seul truc à peu près plat en dehors des villes c'est la route.


Sinon est-ce que ça vaut le coup de visiter ? Car moi et ma copine nous nous tâtons pour aller en Islande ou aux Îles Féroé.
Spartakist Niveau : CFA2
Message posté par Okxyd
le seul truc à peu près plat en dehors des villes c'est la route.


Non, y'a Björk aussi. Après obligé d'admettre que c'est vraiment fort ce qu'ils arrivent à faire avec un réservoir de joueurs si réduit. Et pour y être allé aussi, les mecs, c'est des costauds. Ils sont nourris au lait de chèvre et au poisson gras depuis le plus jeune âge. Y'a de la brute.
Spartakist Niveau : CFA2
Message posté par Pig Benis


Sinon est-ce que ça vaut le coup de visiter ? Car moi et ma copine nous nous tâtons pour aller en Islande ou aux Îles Féroé.


C'est incroyable. Y'a des paysages uniques. Y'a beaucoup de films et de pubs qui sont tournés là-bas (Batman Begins, Prometheus,...). T'as parfois vraiment l'impression d'être sur une autre planète. Les gens sont sympas mais toujours en retenue, à la scandinave quoi. Par contre, la vie est chère. Vraiment chère.
Message posté par Stoichkov
Putain... je vais vraiment pas bien.. j'ai lu "l'Islande arrive à masturbation"...

Le lapsus m'habite...


Tu aurais du dire le lapsus mabite pour le coup non?
Message posté par Spartakist


C'est incroyable. Y'a des paysages uniques. Y'a beaucoup de films et de pubs qui sont tournés là-bas (Batman Begins, Prometheus,...). T'as parfois vraiment l'impression d'être sur une autre planète. Les gens sont sympas mais toujours en retenue, à la scandinave quoi. Par contre, la vie est chère. Vraiment chère.


Je confirme, j'y suis allé le mois dernier et c'est génial! Faut juste éviter le pire avec la météo. En revanche je ne connais pas les îles Féroé (elles sont aussi sur ma to-visit list). En Islande tu as un nombre incroyable d'activité à faire (mais faut avoir les moyens également). Si tu aimes la nature, fonce!
Pour y avoir de la famille et avoir même fait quelques entrainement étant gamin pour un club de quartier, l'Islande a un gros niveau d'infrastructures par rapport au nombre d'habitants. Il y a beaucoup de clubs dans les différents quartiers de la capitale qui ont des équipes en multi sport (hand/foot/basket) en féminin autant qu'en masculin et cela des le plus jeune âge. Presque tous les enfants font du sports j'ai l'impression.

Après pour visiter, en juillet il fait assez bon et il y a moyen de faire un petit tour sympa autour de l'île en une semaine.
Les commentaires de SF, le seul endroit au monde où tu peux apprendre sur le foot amateur en Islande tout en préparant tes futures vacances scandinaves.
Faudrait monter le guide du SoFootard.
Kimka Le Streum Niveau : District
Merci SoFoot pour un tel article, c'est frais.

Vous m'avez donné envie de les suivre, les vikings. Et si on peut les voir à l'euro, tant mieux.
J'y étais l'année dernière et j'ai eu l'occasion de parler football avec un islandais. Outre le côté "indoor" il a surtout insisté sur la construction de nombreux "city stade", initiative en grande partie financée par la fédération. En revanche, pour lui, c'était surtout pour favoriser l'apparition de joueurs techniques, plus habiles dans les petits périmètres. Et pour avoir fait tout le sud de l'île en prenant le temps et en allant dans des bleds un peu en dehors du parcours touristique, il y a vraiment beaucoup de ces petits terrains. Ca fait même bizarre d'en trouver dans des endroits parfois vraiment paumés. J'ai presque regretté de n'être qu'avec ma meuf et de pas avoir quelques potes footeux pour taper le ballon.

Il y a même quelques vrais terrains qui donnent vraiment envie... Genre celui ci : https://c1.staticflickr.com/3/2676/3814 … ee6eb7.jpg

Pour ceux qui hésitent à aller visiter bah... n'hésitez plus. Pour ma part, j'ai jamais vu d'aussi beaux paysages, particulièrement pendant le trekk du Laugavegur (avec du beau temps).
Fifaf Larage Niveau : Loisir
Message posté par AeyronSk
Super article, c'était vraiment sympa à lire.
Mais pourquoi, mon dieu pourquoi, aovir écrit TURFU. Sérieux, ca à tout gacher putain.


Ca veut dire gazon en islandais...
anteouane Niveau : DHR
Pouah! Sigurdsson! Le gars il joue le championnat anglais, le championnat russe et avec l'équipe nationale! Il peut atteindre les 100 matchs par saison, non?
Message posté par anteouane
Pouah! Sigurdsson! Le gars il joue le championnat anglais, le championnat russe et avec l'équipe nationale! Il peut atteindre les 100 matchs par saison, non?


Ragnar Sigurdsson à Krasnodar et Gylfi Sigurdsson à Swansea.

Ca doit être comme Martin en France
Sachant que tu prends le prénom de ton père en nom de famille, t'arrives vite à trouver des homonymes.
j'y suis giresse Niveau : Ligue 1
L'arrivée dans les compétitions internationales de supportrices islandaises a l'approbation totale des réalisateurs TV...
Au delà de ça, bon article. C'est toujours sympa d'avoir une équipe de plus pour faire ch*er les grosses sélections. Et quand on se souviens de la galère que ça a été pour les qualifs de l'Euro 2000 les Pays-Bas peuvent se méfier
letonnelier Niveau : DHR
Message posté par jeezy
Sachant que tu prends le prénom de ton père en nom de famille, t'arrives vite à trouver des homonymes.


Et si en plus, les noms de famille viennent de prénoms qui doivent être choisis dans une liste officielle, tu tournes vite en rond :

http://geopolis.francetvinfo.fr/un-pren … rien-40817
Je suis à moitié islandais et j'y ai grandi. C'est un pays que je n'aimais pas étant jeune (climat et impression de vivre dans un grand village) et que j'ai appris à apprécier en vieillissant. Sinon, je confirme, c'est excessivement cher, plus cher que la Norvège qui est déjà hors de prix.

Il faut admettre que les résultats actuels du foot islandais sont assez sensationnels.
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