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L’Inter n’est plus seule

Seulement trois Italiens devraient être présents au coup d’envoi du choc de haut de tableau entre le Napoli et la Roma. D’exception, le cas de l’Inter est devenu une généralité en l’espace de quelques saisons.

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L’arrêt Bosman fêtera ses 20 ans dans deux jours, un tournant dans l’histoire du foot qui a permis aux joueurs en fin de contrat d’être maîtres de leur destin. S’en est suivie une dérégulation progressive durant laquelle, poussés par leurs agents, les footballeurs ont pris le dessus sur leurs employeurs. Surtout, cette loi autorisait la libre circulation des footballeurs au sein de l’Union européenne, mettant ainsi fin aux quotas étrangers. En 1995, les clubs de Serie A ne peuvent en aligner que 3 sur la feuille de match et on en compte 71 en tout soit 14% des effectifs. Deux décennies plus tard, ils sont 310 et majoritaires, précisément à hauteur de 56%.

L’Inter, un modèle critiqué, mais gagnant


Dimanche 6 mars 2005, l’écran géant de San Siro affiche la 26e minute de jeu. Par l’intermédiaire de Córdoba, l’Inter vient de répondre à l’ouverture du score de Pinardi pour Lecce. Roberto Mancini décide alors de faire entrer le Brésilien Ze Maria en lieu et place de Favalli. C’est un moment historique : pour la première fois de l’histoire, une équipe de Serie A évolue avec 11 éléments étrangers. Carini, Mihajlović, Javier Zanetti, Stanković, Veron, Cambiasso, Van der Meyde, Martins et Adriano s’ajoutent aux deux premiers cités. C’est l’Imperatore qui offrira la victoire aux siens sur un penalty en toute fin de rencontre. Quelques mois plus tard, ils seront onze au coup d’envoi contre Trévise. Honorant le nom complet du club (Internazionale de Milan), les Nerazzurri ont été les premiers à s’engouffrer dans la brèche Bosman. Une politique qui en a fait le mauvais exemple du football italien selon la grande majorité. Inter attaquée, volontiers tournée en dérision, mais gagnante comme un soir de printemps 2010 à Madrid avec une formation 100% étrangère pour compléter l’historique Triplete de Mourinho.

Même pas 11 Italiens chez les 4 premiers


De quoi inspirer d’autres clubs. Il y a deux saisons, l’Udinese et la Fiorentina alignent également zéro autochtone dans une formation de départ, idem pour le Napoli l’an passé. Enfin, la Roma a choisi le premier derby de cette saison pour intégrer ce club privé. Une tendance qui concerne principalement les équipes de haut de tableau (à l’exception du Hellas qui est arrivé à 10 sur 11). Lors de la dernière journée de Serie A, 134 joueurs sélectionnables ont été alignés pour un total de 9925 minutes de jeu. Ceux en ayant utilisé le moins sont l’Inter (un joueur pour 86 minutes), la Roma (deux pour 180), le Napoli (3 pour 207) et la Fiorentina (4 pour 283), soit les quatre premiers du classement. 10 joueurs à 4, même pas une formation complète.

Des chiffres qui démontrent la totale inefficacité des nouvelles réglementations de la Fédération italienne. Pour mettre fin à cette hémorragie (et protéger le réservoir toujours plus vide de l'équipe d’Italie), il a été décidé d’introduire le système des listes de 25 avec quotas de joueurs formés au club et au pays comme pour les compétitions UEFA. Les étrangers étant également nombreux dans les centres de formation, la tendance ne s’inverse pas. La FIGC s’est également inspirée du modèle britannique concernant les extra-communautaires. Deux nouveaux sont autorisés par saison (en remplacement de deux autres), et le second doit avoir un CV respectable composé d’au moins deux matchs disputés en sélection. Mesure également infructueuse.

Peu nombreux, mais du terroir


Le Napoli-Roma devrait voir la présence de trois Italiens au coup d’envoi. Pensionnaire des Giallorossi dans les 80’s, Antonio Di Carlo analyse : « Ce n’est pas seulement un problème inhérent à quelques clubs, tout le monde est concerné. Les joueurs italiens n’existent plus, ça ne peut pas continuer ainsi. » Ils sont certes moins forts que les précédentes générations, mais ils sont là, bataillant souvent en Serie B, C ou D. Bandiera historique du Napoli, Giuseppe Bruscolotti regrette et avertit : « J’aimerais qu’il y ait au moins 5, 6 Italiens dans la formation de départ. Je ne crois pas que les équilibres de vestiaire puissent tenir sur le long terme dans ces multinationales. » Des anciens affectés, mais qu’en pensent les supporters ? « Le Romanista, comme tous les autres, s’en contrefiche. Quand il regarde le match, il ne pense qu’au résultat final, et à rien d’autre » , balance di Carlo avec beaucoup de lucidité. Osef la cohérence, ceux qui fustigeaient la politique de l’Inter se sont tus après avoir compris que des formations ultra-cosmopolites n'étaient pas incompatibles avec les bons résultats.


En outre, les adversaires du jour peuvent compter sur des mecs du terroir pour les représenter, avec Florenzi et De Rossi d’un côté et Insigne de l’autre : « Quand on a gagné le dernier Scudetto, nous étions dix joueurs de la Campanie. Nous avions une vraie responsabilité envers notre public qui ne se contentait pas de supporter le maillot, mais il donnait aussi de l’importance à l’athlète et à ses origines » , poursuit Bruscolotti avant d’ajouter, « et en parlant de paletot, même les couleurs ne sont plus respectées pour des raisons de marketing. » Enfin, quid du sélectionneur Antonio Conte, régulièrement présent dans les travées des stades de Serie A pour suivre ses protégés ? « Quel est l’intérêt pour lui de venir ? Franchement, je le plains, c’est vraiment compliqué » , conclut Di Carlo. En effet, il y a plus de chances de le voir au Carlo Castellani pour assister à Empoli-Carpi.


Par Valentin Pauluzzi
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