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L’Inter n’a plus le choix

8 points récoltés en 8 journées : jamais, lors de la décennie qui vient de s’écouler, l’Inter n’avait connu pire début de championnat. Ce soir, les Nerazzurri reçoivent le leader, la Juventus. Plus de temps pour les calculs : il faut gagner, gagner et gagner.

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Mieux qu’une machine à remonter le temps. Ce Inter-Juventus semble nous ramener dix ans en arrière, à l’époque où la Juve raflait tout sur son passage et que l’Inter était la risée de l’Italie parce qu’elle n’arrivait jamais à rien gagner. Ce soir, pour le deuxième choc de la 10ème journée, la Vieille Dame se présente à San Siro avec le double des points de son adversaire. Du jamais vu depuis Calciopoli. Mieux : jamais, depuis sa descente en Serie B, les bianconeri n’avaient défié les nerazzurri en étant devant eux au classement. Et les statistiques défavorables à la Juventus ne s’arrêtent pas là. Cela fait trois ans et demi qu’aucun joueur turinois n’est parvenu à faire trembler les filets interisti à San Siro. Le dernier, c’est un certain David Trezeguet, le 22 mars 2008. Trop d’attente. Trop de rancœur. La Juve a ruminé dans son coin pendant de longues années, en attendant qu’enfin, un jour, la tendance s’inverse. La voilà inversée. La Juve au top. L’Inter dans le trou. Reste maintenant à savoir si les bianconeri vont, indirectement, leur tendre la main. Ou leur filer un coup de pied dans le visage, pour les enfoncer encore un peu plus.

Antipathique, et tac

Antonio Conte sait trouver les mots. Hier, à quelques heures de la confrontation face à l’Inter, le coach de la Juve met les points sur les « i » de bianconeri. Il a quitté une Juve antipathique, en 2004. Il l’a retrouvé sympathique. Alors, heureux ? Pas du tout. Conte le sait. Dans le football, ce n’est pas la sympathie qui ramène des trophées. Alors il se lâche, dans une très belle interview vérité à la Repubblica. « Ma Juventus, je veux qu’elle redevienne antipathique au plus vite. A la Juventus, il n’est pas permis de parler de projet, de construction. Ici, on doit gagner, point. Si je perds, je meurs » assure-t-il. Voilà un homme droit dans ses baskets, qui sait où il va. Et qui sait aussi qu’avec une armada composée de Pirlo, Marchisio, Matri et autres Vidal, il est parfaitement accompagné pour sa traversée.

Et sa prochaine destination, c’est San Siro. La Juventus s’y présente en patron, en première de la classe. Mais aussi, en seule formation invaincue de ce tournoi. 4 victoires, 4 nuls, et une première position récupérée mardi soir, après sa victoire contre la Fiorentina (2-1). Un sentiment de domination que la Juve avait presque oubliée. Car depuis l’été 2006, tout a changé. Alors qu’elle était, de loin, la plus grande équipe d’Italie (elle venait de remporter quatre Scudetti en cinq ans), la Justice sportive lui a ôté sa couronne et l’a envoyé valser dans les méandres de la Serie B. Et qui a récupéré les miettes et l’héritage du pouvoir ? L’Inter. En plus de devenir le nouveau souverain de Serie A, le club interiste a récupéré le Scudetto 2006, obtenu sur le terrain par la Juve. Cinq ans se sont écoulés depuis, et la querelle « ce Scudetto est à moi / non, il est à moi » , matérialisée par les piques à distance entre Moratti et Agnelli, dure encore. Et cela n’est pas prêt de s’arrêter.

Ranieri, un parfum de revanche


L’occasion est donc belle pour la Juventus. Venir à Milan. S’imposer 2-0. Repartir en conquérant avec 19 points, toujours leader, et laisser l’Inter s’engouffrer dans la zone de relégation. Un scénario magique, dont tous les tifosi juventini rêvent. Oui, mais. Mais l’Inter n’a pas l’intention de vendre sa peau aussi facilement. Etre mal en point, c’est une chose. S’agenouiller devant l’ennemi en est une autre. Et en matière d’orgueil, les nerazzurri en connaissent un rayon. Déjà, leur coach. Claudio Ranieri a en effet un compte en suspens avec la Juventus. En 2007, lorsque la Vieille Dame remonte en Serie A, c’est lui qui s’assoit sur son banc. Première saison : une troisième place inespérée pour un promu. Deuxième saison : Ranieri fait aussi bien. Pourtant, à deux journées de la fin, il est jeté comme un malpropre par les dirigeants de l’époque. Depuis, entre la Juve et le technicien, les relations sont tendues. Comme entre deux époux dont le mariage aurait mal terminé.

Mais au-delà de Ranieri, c’est toute la formation interiste qui aurait à cœur de se racheter. Le public de Giuseppe Meazza, qui avait été habitué à ne jamais voir son équipe s’incliner, n’a assisté qu’à une seule victoire depuis le début de la saison. Et encore. Un tout petit succès 1-0 contre le Chievo. Sinon, Trabzonspor est venu s’imposer. Naples aussi. Le niveau de tolérance des tifosi a visiblement atteint son maximum et ne supporterait pas un succès de l’adversaire blanc et noir abhorré. Et surtout, le classement ne le supporterait pas non plus. L’Inter est actuellement 16ème et ne compte que deux points d’avance sur Novara, premier relégable. Ne pas s’imposer, ce soir, c’est s’exposer à être demain soir en pleine zone rouge. Evidemment, il ne s’agit que d’un début de saison, et il semble exclu que l’Inter puisse terminer en Serie B. Mais bon. La Sampdoria aussi, pensait que c’était impossible.

Eric Maggiori
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