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L’Inter : gagner sans briller ?

Ce soir, l’Inter reçoit Parme, pour la reprise du championnat d'Italie. Malgré un jeu qui laisse très largement à désirer, les Nerazzurri restent sur quatre succès et sont remontés à la cinquième place du classement. Alors c’est ça, la méthode Ranieri ?

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Depuis qu’il est arrivé à Milan, Claudio Ranieri ne connaît pas de répit. Quand l’Inter perd, il s’en prend plein la figure. Quand l’Inter gagne, il s’en prend plein la figure aussi. Ah bon ? Mais pourquoi ? Parce que les tifosi de l’Inter ont un problème de riche : depuis Calciopoli, ils ont été habitués au caviar. Alors, forcément, quand on leur sert des œufs de lump de chez Franprix, ils tirent la tronche. Pourtant, l’ancien technicien de la Roma a entièrement rempli sa part du contrat. En septembre, l’Inter était relégable. Trois mois plus tard, l’ancien champion d’Italie est cinquième, à seulement huit points des deux leaders, ce qui n’est pas non plus colossal lorsque l’on en est seulement à la 16ème journée. En plus de ça, Ranieri a collectionné huit succès en treize matches de Serie A à la tête du club (plus de 60% de victoires, pas dégueu non plus), et a qualifié l’Inter pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions, en terminant premier de son groupe.

Bah alors, où est le problème ? Le problème, encore une fois, c’est que l’Inter joue mal. Peu d’automatismes, peu de mouvements intéressants, peu de surprises. Les Nerazzurri se sont souvent contentés du strict minimum (1-0, un but en deuxième période, voire en toute fin de match, et basta). Mais en même temps, Massimo Moratti n’a jamais demandé à Ranieri de transformer l’Inter en un clone du Barça ou du Real Madrid. Non. L’Inter était dans une situation d’urgence, de crise profonde, et il fallait juste sortir la tête de l’eau et remonter à la surface. Et sur ce point-là, le coach a parfaitement rempli sa mission. « Si vous vouliez du beau jeu, il fallait plutôt allumer la télévision à 11h30 » avait-il déclaré après la petite victoire sur la pelouse de Cesena, faisant référence au Barça qui avait battu Santos (4-0) en finale du Mondial des Clubs plus tôt dans la journée. La lucidité est une vertu.

Attaque stérile et défense perméable

Pour Ranieri, 2012 marque donc le début d’une nouvelle phase. Celle de la conquête du jeu. Si, jusqu’ici, le sésame « points » planait au-dessus du reste, désormais, il va falloir faire plus. Car si l’on veut accrocher une qualification en Coupe d’Europe, il est impératif de battre ses concurrents directs. Et pour le moment, l’Inter n’en a pas été capable. Nul contre la Roma (0-0), défaites contre le Napoli (0-3), la Juventus (1-2) et l’Udinese (0-1) : le tableau de chasse fait peine à voir, surtout si l’on considère que toutes ces rencontres se sont déroulées à San Siro, autrefois forteresse impénétrable. Battre les équipes de milieu et de bas de tableau a donc été bien utile pour remonter la pente. Mais à présent, le coach interiste doit en demander plus à ses joueurs. Il va rapidement en avoir l’occasion. Après la rencontre de ce soir face à Parme, l’Inter affrontera coup sur coup le Milan AC, pour un derby qu’elle n’a plus gagné depuis le 24 janvier 2010, et la Lazio. Deux matches en guise de révélateur, pour constater si, maintenant que la sérénité est revenue, Ranieri a pu bosser ce qui n’allait pas. Mais au fait, qu’est-ce qui n’allait pas ? Pas mal de choses.

Avant tout, l’attaque. Ou plutôt, la construction offensive. C’est en effet le constat fait après chaque rencontre de l’Inter depuis le début de la saison : les attaquants reçoivent trop peu de ballons. Et quand ils en reçoivent, ils sont souvent trop maladroits pour les mettre au fond, Milito s’étant fait une spécialité en la matière. Alors oui, les absences conjuguées de Sneijder et Maicon (le vrai Maicon, pas son grand-père qui a pris sa place depuis l’an dernier) pèsent dans la balance. Pas de passes lumineuses, pas ou peu de centres au cordeau. Or, les petits nouveaux censés apporter du génie en attaque, Zarate et Alvarez en tête, sont pour le moment incapables de s’imposer. A tel point que l’on parle même d’un départ de "Maurito" au mercato. L’autre talon d’Achille, c’est la défense. Du temps de Mourinho, l’arrière-garde de l’Inter était une muraille, dont Lucio et Samuel étaient les deux tours. Aujourd’hui, Lucio a du mal, Samuel ne s’est jamais vraiment remis de sa blessure au genou, et Ranocchia tarde à prendre la dimension qu’on lui prédisait lorsqu’il était à Bari. Résultat : déjà 19 buts encaissés, soit plus que des équipes comme Siena (16), Cagliari (17) ou le Chievo (18).

Révélation Faraoni, rêve Lucas


A en faire le bilan, on pourrait croire que l’Inter est une catastrophe avec uniquement des points négatifs. Non. Loin de là. Il y a eu quelques rayons de soleil, et c’est de là que Ranieri va essayer de repartir. Déjà, les derniers matches ont prouvé que la défense allait mieux (un seul but pris lors des quatre derniers tours) et l’ultime rendez-vous de 2011, un succès 4-1 contre Lecce, a laissé entrevoir des choses positives. Ensuite, les tifosi doivent se faire une raison : « L’Inter de Mourinho n’existe plus » comme l’a récemment rappelé Ranieri. Les artisans de la victoire en C1, bourreaux du Barça et du Bayern, ont vieilli, ou sont partis, et l’heure est au rajeunissement. En cela, Ranieri a trouvé quelques épaules sur lesquelles s’appuyer. D’abord, celles de Yuto Nagatomo. Le Japonais confirme qu’il n’est pas qu’un produit de marketing, et vient de signer deux buts et deux passes décisives au mois de décembre. Derrière, le tout jeune Faraoni, issu du centre de formation de la Lazio, a été l’un des tout meilleurs lors des dernières sorties du club nerazzurro. A tout juste 20 ans, il pourrait être l’une des révélations du championnat s’il continue sur cette voie. Luc Castaignos, auteur de son premier but en Serie A face à Sienne, pourrait lui aussi éclore, si Ranieri lui concède du temps de jeu.

A côté de cela, le technicien espère un petit geste de son président sur le mercato, en tenant compte, aussi, de l'indisponibilité prolongée de Diego Forlan. « Nous interviendrons sur le marché des transferts au mois de janvier » avait assuré Moratti après la défaite contre l’Udinese. Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, et Ranieri se prend déjà à rêver de l’arrivée du Brésilien Lucas, 20 ans, en provenance de Sao Paulo. Coût de ce songe : 30 millions d’euros. Parallèlement, Marco Branca, directeur sportif du club, tenterait en cachette de subtiliser Carlos Tevez au Milan AC. Coût de ce blitz : 26 millions d’euros. De grosses sommes. De très grosses sommes. Oui. C’est le prix à payer pour que l’Inter ne passe pas à côté de la qualification en Ligue des Champions, pour la première fois en huit ans. Capitaine Zanetti ne s’en remettrait pas.

Eric Maggiori
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