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L'hymne perdu de l'Angleterre

Il y a 34 ans, l'équipe d'Angleterre championne du monde en 1966 enregistrait un titre qui aurait dû casser les charts à l'époque. Mise au placard à la dernière minute, la chanson a refait surface il y a peu, grâce à son compositeur qui a décidé d'en faire cadeau à la lutte contre la maladie d'Alzheimer, qui touche certains des anciens coéquipiers de Bobby Charlton.

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Le journal annonce toujours des mauvaises nouvelles, c'est bien connu. En lisant le sien il y a quelques semaines, chez lui sur l'île de Man, au nord-ouest de l'Angleterre, Bob Wragg tombe sur un article qui va lui mettre le cafard. Le papier en question parle de l'équipe championne du monde en 1966, et les nouvelles ne sont pas bonnes. Le temps ayant fait son effet, une partie de l'effectif est morte, mais qui peut lutter contre ? En revanche, Bob se désole d'apprendre que trois des joueurs souffrent de la maladie d'Alzheimer, Martin Peters, la légende de West Ham, Nobby Stiles, l'homme aux près de 400 matchs avec Manchester United, et le défenseur Ray Wilson. Dépité mais pas abattu, l'homme a immédiatement une idée. Ni une ni deux, il file vers son grenier en sachant exactement ce qu'il va y chercher : le CD de la chanson qu'il avait enregistrée avec les gars de 66, en 1982, pour souhaiter bonne chance à l'équipe d'Angleterre qui s'envolait vers l'Espagne y jouer la Coupe du monde. Car avant d'être ce paisible octogénaire parti couler une retraite heureuse avec sa femme sur l'île de Man, Bob Wragg était une pointure de la musique chez les British. Il s'en vante encore aujourd'hui : « J'étais membre du groupe les Dallas Boys dans les années 50. On était le premier boys band de l'histoire de la Grande-Bretagne. » Les Dallas Boys, ce sont cinq gars venus de Leicester qui ont, au sommet de leur gloire, joué avec Cliff Richard, Shirley Bassey, et plein d'autres. Mais le plus beau featuring de Bob Wragg restera cette chanson de 1982 avec sir Alf Ramsey et presque l'intégralité de son XI de 1966.

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Nous sommes en 1982, et les grandes années de Bob Wragg sont derrière lui. Finies les tournées, terminés les concerts au London Palladium, les passages au Six-Five Special, au Oh Boy Show devant des millions de téléspectateurs. La belle époque où il chantait avec Cliff Richards à Wembley n'est plus, mais Bob compose encore. Quand, un beau jour : « J'étais à Leicester au studio en train de travailler, et j'ai entendu que l'équipe de 66 faisait une tournée promotionnelle en ville. » De ses années showbiz, Bob Wragg garde un carnet d'adresses bien fourni, et surtout quelques contacts chez les footballeurs. En tant que figure de la ville de Leicester, il a déjà fréquenté Gordon Banks, même si Bob est plutôt rugby. Surtout, il est resté en contact avec Alan Ball. « Je l'ai connu quand il jouait à Blackpool. J'étais là-bas en tournée un été, on y faisait des concerts avec les Dallas Boys, c'est une grande station balnéaire. Avec Alan Ball et Jimmy Arfield, on échangeait des tickets, on allait voir des matchs, eux venaient aux concerts. » Les réseaux de Bob fonctionnent, et voilà coach Ramsey et neuf de ses joueurs dans son studio, prêts à enregistrer la chanson qu'il a écrite et composée la veille et pendant la nuit. Quelques conseils plus tard, surtout à Alan Ball « qui avait une voix très aigüe ! » se souvient Bob Wragg en mimant quelqu'un en train de piailler, et les champions du monde sont en cabine pour un « We were there » qui aurait dû résonner pour l'éternité. L'air de fanfare est simple et entraînant, les paroles bon enfant, et le clip tourné dans la même journée.

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Et manifestement, ceux qui se présentent comme les « lads of 66 » se sont sacrément amusés. Le buteur controversé de la finale, Geoff Hurst, impérial, ne créera pas de débat quant à ses qualités au chant ou aux percussions. Bobby Moore est parfait en Esmeralda au tambourin, et Gordon Banks s'éclate à faire semblant d'avoir des savonnettes à la place des mains pendant la strophe qui lui est consacrée. Quant aux joueurs aujourd'hui atteints d'Alzheimer, Martin Peters et le déchaîné Ray Wilson, ils sont à fond quand ils chantent ce désormais cruel « everyone of us remembers well 'cause we were there » . En conclusion, un discours à la Churchill d'Alf Ramsey pour souhaiter bon courage à la team de 82, avant que leurs aînés ne les préviennent, « We'll be there ! » Tout est réuni pour faire un carton, « la maison de disque EMI a trouvé ça merveilleux, ils voulaient le commercialiser et ils ont commencé à presser des CD » . C'était sans compter sur Margaret Thatcher qui engage le Royaume-Uni dans la guerre des Malouines au même moment, et qui fait faire machine arrière à EMI. « Ils trouvaient ça inapproprié, de sortir une chanson joyeuse avec les footballeurs sanglais à ce moment-là » , se désole Bob Wragg. L'œuvre termine donc dans son grenier et y reste 34 ans, « sans que personne ne l'écoute pendant tout ce temps » , jusqu'à ce fameux article. Le timing est parfait, l'Euro 2016 arrive, le 50e anniversaire de la victoire de 1966 aussi, et il s'associe à l'association Alzheimer’s Research UK pour leur verser les recettes des ventes du titre. Et l'Angleterre n'a plus qu'à abandonner son God Save the Queen, en espérant que les joueurs de 2016 aient eux aussi à enregistrer une chanson.

. We were there sur Itunes : https://itunes.apple.com/us/album/we-were-there-single/id1110462494

. Le site de l'association Alzheimer Research UK : http://www.alzheimersresearchuk.org/



Par Alexandre Doskov, tous propos de Bob Wragg recueillis par AD
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