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L'étrange OL de Mister Claude

Sur la corde raide depuis le début de saison, l'étrange inconstance de l'OL n'en finit plus d'intriguer. Tentatives d'explication à quelques heures de la réception de Toulouse à Gerland.

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La phase de qualification de Ligue des Champions bouclée, il y aurait deux choses à dire de l'Olympique Lyonnais de cette première moitié de saison : l'une est que cette équipe est décidément inconstante, incapable d'aligner deux matchs, deux mi-temps avec la même intensité, pas plus qu'avec une idée de jeu bien établie. L'autre est qu'à force de laisser croire qu'ils n'ont plus beaucoup de jus, ni beaucoup de ressources dans lesquelles piocher pour s'en sortir, les Lyonnais ne sont pas loin de paraître finis, foutus, kaput en vue d'un huitième de Ligue des Champions qui se disputera contre une pointure de la scène européenne. Encore un peu et on serait tout prêt d'annoncer que l'OL n'a peut-être plus autant d'importance, qu'il ne représente plus vraiment l'idée qu'on se fait de la tête d'affiche du football français.


Ce qui pourrait bien être une chance après tout pour les Gones, plus franchement obligés de porter ce fardeau devenu trop lourd pour un seul club. Et mener leur parcours d'équipe sur la corde raide qui, à force d'alterner le meilleur (premier quart d'heure face à Montpellier) comme le pire (première période à Bollaert), n'en finit plus d'intriguer. Au point de passer pour la grande schizo du foot français.


Caisses sous pression


Pour bien comprendre ce qu'il se passe dans la tête de l'ancien champion à la recherche de ses titres lâchés ces dernières années, il vaut mieux encore écouter ce qu'il a à raconter. De Puel aux joueurs jusqu'à Jean-Michel Aulas, on n'a eu de cesse d'invoquer une certaine délicatesse dans le registre physique lorsqu'il a fallu trouver des explications à pareille inconstance. Bien plus que les blessures à tour de rôle qui ont contraint Puel à faire sans certains cadres – toujours pas de Gourcuff cette fois, mais avec Delgado et Toulalan sur le retour –, c'est l'impossibilité de situer une période de pic de forme pour les Lyonnais qui étonne. Dans un club où la préparation physique a toujours été mise au centre de la réussite ces dernières années, le constat a de quoi étonner. Plutôt que de s'interroger sur le travail mené par les successeurs de Duverne, c'est encore du côté du tout début de saison lyonnaise qu'il faut revenir.


A ce moment où, comme à chaque fois ou presque, tout l'OL cherche à tirer les leçons de sa dernière participation en Ligue des Champions, histoire de pouvoir viser l'étape au-dessus pour les fois suivantes. L'idée qui anime Puel lorsqu'il entame sa saison 3 est d'amener son bloc équipe à exploiter au mieux son savoir-faire en termes d'intensité du pressing et de rigueur dans le placement, mais en le resituant un cran plus haut sur le terrain. Pour ça, il mise sur la relance de Toulalan en défense centrale, avant de compter sur la caisse physique et sur la qualité de conservation de balle de Gourcuff. L'idée est suffisamment séduisante pour voir toute la com' lyonnaise chanter avant l'heure les mérites d'un jeu qui pourrait remettre au goût du jour les belles mélopées en 4-3-3 accords. Jusqu'à ce que le coup de déprime de la Toule et les difficultés de reprise de Gourcuff obligent Puel à revenir sur ses nouveaux principes une fois le plan d'alerte déclenché par Aulas. Depuis, constamment sous pression, les Lyonnais n'ont eu de cesse de courir après ce début de saison foireux. Quitte à s'en remettre à quelques expédients (combinaisons travaillées à l'entraînement) ou aux quelques hommes en forme du moment (Briand puis Lisandro). Mais en laissant suffisamment d'énergie pour donner l'impression d'un collectif qui ne sait plus vraiment avancer à l'unisson et manque de sombrer au moindre temps faible.


L'empire du milieu


Entre autres manifestations spectaculaires de ces sales moments qui peuvent émailler l'actuelle saison lyonnaise, il y a cette défense par moments incroyable de légèreté dans ses placements (Diakhaté sur le premier but de l'Hapoël) ou bien tendre dans son marquage, notamment sur coups de pied arrêtés. Bernard Lacombe qui avait consacré avant l'heure sa trouvaille en défense centrale (un Pape et un Cris) y est même allé de son coup de gueule cette semaine : «  Le nombre de buts que nous encaissons est l'élément le plus inquiétant. Je suis déçu. Nous avons concédé 31 buts sur 23 matches. Le problème ne vient pas que des défenseurs » . Le problème vient notamment de ce milieu de terrain où, depuis les départs successifs de Diarra, Essien puis Tiago, les animateurs plus techniques (Pjanic, Gourcuff) ne peuvent plus compter sur une garde prétorienne ou un esprit suffisamment retors pour, comme le rappelle Malouda, «  ne pas laisser respirer l'adversaire, qu'il sache jamais où mettre la balle » .


Faute de milieu suffisamment doué dans le harcèlement, Puel doit sacrifier certains de ses joueurs à vocation plus technique, voire offensive à des taches plus obscures. Au risque d'en lasser certains (Lisandro) ou d'en perdre d'autres au physique plus fragile (Pjanic). Cette semaine, Jean-Michel Aulas a annoncé une nouvelle émission de titres et la levée de 24 millions d'euros dans le cadre de la politique de recrutement du club. Il serait bien inspiré de mettre la main sur ce genre de milieu qui pourrait soulager tout un effectif.


Une seule solution, l'autre gestion


Au-delà du seul physique, c'est aussi dans les têtes que les Gones laissent apparaître une certaine fébrilité d'un match à l'autre, d'une mi-temps à l'autre. On a souvent parlé de la difficulté à maintenir sous tension un effectif obligé de puiser dans ses ressources pour se sortir d'un début de saison duraille. Comme si tout l'OL avait intériorisé sa marge désormais plus réduite quand il faut sauver la mise d'une partie mal embarquée. Une nouvelle donne avec laquelle Puel a dû composer en misant tout ou presque sur les vertus du collectif au détriment parfois de l'expression des talents qui peuvent le composer.


Pourtant, l'inventaire des années 00, celles de la domination lyonnaise, a fait surgir de la part des principaux témoins de l'époque l'équilibre qu'avait su trouver Houllier entre un projet collectif et l'émergence de « joueurs de classe mondiale » en son sein. Une épaisseur que seul Lisandro semble être en mesure de posséder pour l'instant. Reste maintenant à trouver d'autres relais eux aussi suffisamment sûrs de leurs qualités et de leur physique pour mettre un terme à la menace qui guette pour l'instant l'ère Puel : la période de transition.

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