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L'estocade ?

Avec la San Isidro, c'est le moment le plus attendu de la saison à Madrid. Dans le même match, le Real doit se débarrasser d'une bête noire et d'une malédiction. Ici, personne ne doute. A part Mourinho.

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Hier après-midi, le Mou était à l'aise dans son survêt blanc de Champions League. Tellement bien dans son habit de lumière, qu'on aurait dit Guardiola : « On a tous un passé. Avec des choses positives et des choses négatives. Mais le passé ne joue pas (...). Ni mes bons résultats en Champions ne jouent en notre faveur, ni les mauvais du Real ces dernières années sont en notre défaveur » . Sauf qu'au Real, le passé est sur toutes les étagères, dans tous les cadres et dans tous les cauchemars. Du coup, quand le meilleur club du XXème siècle ne passe plus les huitièmes depuis six saisons, ne gagne plus la C1 depuis 2002 et qu'en six rencontres, il n'a jamais réussi à battre le terrible Olympique Lyonnais, forcément, il angoisse. Le huitième de finale de ce soir est le match le plus important de la saison car c'est celui qui servira d'antidote à la fatalité.

Ne pas avoir perdu à Gerland à l'aller, c'est déjà un demi-miracle. Jusque-là, jamais le Real n'était revenu de Lyon avec autre chose qu'une défaite. Cette fois-ci Sergio Ramos a eu beau y mettre du sien –c'est lui qui met en jeu Gomis sur son but–, le Real a frôlé le hold-up à Lyon. Mais c'était il y a longtemps. La rencontre de ce soir est une question d'honneur pour Mourinho et pour toute la Maison Blanche. Un an après, le Mou a l'opportunité d'effacer la double malédiction qui pèse sur les coachs merengues : l'élimination en mars et l'éviction en juin. Alors, comme pour avoir l'air humble, il faut bien douter de quelque chose, le Mou fait semblant de douter de la titularisation de Ronaldo : « Je ne sais pas si Cristiano jouera » . Personne n'y croit. Benzema et Ronaldo seront titulaires. C'est écrit. Non, la seule (vraie) incertitude du coach portugais c'est le public madrilène.

Mise à mort

A Madrid, on va voir les Galactiques à Bernabeu comme on va admirer les taureaux à Las Ventas. Or l'arène madrilène est la plus difficile du monde parce son public y est le plus exigeant. C'est en mai, durant la Feria de San Isidro, que les toreros doivent y triompher ou bien disparaître. Le matador ne sortira sous les vivas que s'il a été brave et le taureau valeureux. Ici, l'enthousiasme démesuré est au mieux une faute de goût, au pire une preuve d'inculture. Avec trente-et-une Ligas et neuf Champions dans les mémoires et sur les étagères, il faut un peu plus qu'un huitième de finale contre l'OL pour amadouer le socio. Dans les tribunes chauffées de Bernabeu, les bouches servent à grignoter les pipas (graines de tournesol) et les oreilles à écouter les transistors. Les ovations y sont des récompenses rares et les broncas des condamnations presque définitives. Les chants ne servent qu'à réchauffer les plus frileux ou les moins attentifs. Et tant pis pour les touristes.

Mais le Mou ce qu'il aime, lui, c'est sentir l'haleine des spectateurs de la première file derrière lui. Le général portugais s'y connaît en guerre psychologique. A domicile, il n'a pas perdu de match en championnat et en coupe depuis 2002. En Champions, il ne s'est incliné que trois fois (contre le Real avec Porto, contre le Barça avec Chelsea et contre le Panathinaikos avec l'Inter). Mais Santiago-Bernabeu n'est ni le stade do Dragao, ni Stamford Bridge, ni San Siro. Alors, en bon entertainer, Mourinho s'adapte à son public et se pique d'estocades. Premier Tercio : piquer juste derrière la tête : « Ce stade de qualification est important d'un point de vue psychologique parce que si tu passes, les sensations changent et tu gagnes en confiance » . Deuxième Tercio : bien placer les banderilles : « Jusqu'à présent, je n'ai pas vu le Bernabeu jouer avec nous » . Troisième Tercio : entamer la faena : « L'heure de vérité est arrivée pour Bernabeu » . Mise à mort ce soir, vers 23h.

Thibaud Leplat, à Madrid

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Bon article.

Les Madrilènes ont beaucoup de chance, ils ont le meilleur Club du Monde mais aussi la meilleure Plaza de Toros. Dans un rayon de cinquante kilomètres un Aficionado a los Toros peut voir plus de cent corridas à l'année, on ne peut pas lui servir n'importe quoi, il n'est pas là pour s'emmerder, il est compétent et très exigeant, il paye sa place et entend bien que le torero justifie son Contrat en donnant Tout avec brillo. En Foot, pareil, il exige le meilleur, une motivation sans frein avec la manière supérieure qui sied à son équipe, sinon rien.
Formidable! En plus, ils ont la chance de d'avoir un exceptionnel répertoire d'excuses toutes faites (arbitrages, fédération pro-barça, calendrier et dopage). La classe, le senorio madrilène, quoi...
Bernabeu et son public passif et déstabilisant de cinéphiles peuvent être un bel avantage pour les lyonnais !
Mourinho avait aussi perdu contre l'AC Milan (avec Porto).
Agréable de lire ce genre d'articles qui posent le décor. Et vivement ce soir pour un très gros match pour moi toujours particulièrement indécis car les lyonnais ne sont pas les marseillais...
Sinon, est-ce que le public sera déterminant? Dur de jouer aux Cassandres...
Durkheim l'expliquait déjà à son époque lorsqu'il parlait de solidarité mécanique et organique.
En France, le "supportariat" repose sur la solidarité mécanique. On ne sait pas tellement pourquoi on chante, on ignore la raison de notre attachement, mais par l'effet de masse, on encourage mécaniquement, quel que soit le match, quel que soit le scénario.
A Madrid, les socios vivent le football différemment. Il y a une attente, un prestige et une volonté d'assister à de la création.
On ne va pas à Bernabeu pour encourager son équipe mais pour vivre le football. Si l'équipe ne vit pas, le public meurt.
Les Gones vont se faire éclater

Ils se sont relancés en L1 c'est pas pour s'encombrer avec une Champions trop grande pour eux.
@mario

et le Réal? Ils se sont relancer en Liga c'est pas pour s'encombrer avec une LDC trop grande pour eux?
Soyons sérieux, le Real n'a pas plus le niveau pour gagner la LDC que l'OL.
Barca, MU, Chelsea et Inter sont pour moi les grands favoris de l'épreuve et si le tirage ne les fait pas se retrouver en 1/4 alors je suis quasi certain que c'est le 4 qu'on retrouvera en 1/2.
@ Skidi : Faux. Avec Porto, Mourinho n'a jamais joué en Champions' contre le Milan. Tu parles surement de la Super Coupe d'Europe, que Porto a perdu, mais pas à domicile puisque c'était à Monaco.

Sinon Mourinho a aussi perdu un autre match à domicile en coupe d'Europe, c'était en coupe UEFA contre le Panathinaikos. Mourinho, voyant les Grecs fêter leur victoire comme des fous, était parti voir leur entraineur Sergio Markarian pour lui dire "fait pas la teuf parce que c'est pas encore fini". On connait la suite.

@ bods33 : "et le Réal ? Ils se sont relancer en Liga c'est pas pour s'encombrer avec une LDC trop grande pour eux ?"

Un peu de sérieux. On parle du Real Madrid, vainqueur 9 fois de la Champions' League. En aucun cas cette compétition peut être trop grande pour un club comme le Real. Puis de grands joueurs composent cette équipe, un ballon d'Or, des Champions du Monde, d'Europe, des joueurs parmi les meilleurs à leur poste.
Puis José Mourinho aux manettes.

Puis c'est toujours le même schéma avec les équipes de Mourinho en coupe d'Europe : jamais favori mais toujours là à la fin pour soulever la coupe.
Guinoa,la corrida c'est vraiment malsain, un spectacle cruel. Lorsqu'un torero y passe ce n'est que justice, mais ça n'arrive pas assez souvent à mon goût.
Le public, l'exigence, c'est bien gentil, mais historiquement le Barça préfère bien jouer et perdre et le real mal jouer et gagner. D'où la dfférence de palmarès entre les 2 clubs.
@dayinho : je suis pas certain que les théories en sociologie de Durkheim s'appliquent au "supportariat" moderne, en plus d'être réductrices quand tu évoques le cas français...
Ne jugeait-il pas plutôt de l'évolution de la solidarité dans un contexte de changement social massif ?

Mais il faut reconnaitre que la démarche de transposition est intéressante !
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