L'Enfer de Nantes

Arles-Avignon reçoit Nantes, ce soir, avec un double enjeu : s'approcher de la Ligue 1 pour les premiers, s'éloigner du National pour les seconds. La mauvaise gestion du FC Nantes a transformé, en moins de dix ans, un club régulièrement européen en une équipe moisie dont les matchs ne passent même plus sur Eurosport le lundi soir.

Modififié
0 1
Ne jouons pas plus longtemps avec les « mathématiquement » et les «  tout est possible dans le football » , on sait maintenant que le FC Nantes ne remontera pas en Ligue 1 cette saison. À quatre journées de la fin, être 13e avec onze points de retard n'est jamais un bon signe. Malgré un début de saison correct, les Nantais ont quitté le podium après la 14e journée pour ne plus le retrouver. Depuis, ils ont perdu douze fois et, si le championnat avait débuté à ce moment, ils seraient bons derniers.

La situation est plus que délicate pour l'octuple champion de France, et elle rend l'écriture d'un article sur le club toute aussi délicate : Waldemar, comme son club, est en convalescence (il se bat contre une pancréatite depuis début février), et son fils refuse de s'exprimer avant la fin de la saison. D'ailleurs, ne nous voilons pas la face : si la famille Kita veut attendre le classement final de son club pour annoncer sa stratégie, ce n'est pas parce qu'elle espère encore une montée en Ligue 1, c'est parce qu'elle redoute la relégation en National, qui n'est qu'à cinq petits points. Et à part ça ? À part ça rien. « Vous savez, la direction est assez restreinte maintenant. Je ne vois que le président et son fils pour vous répondre » , avoue l'attachée de presse du club.

Kita dans sa tour d'ivoire

Il faut dire que Waldemar « Voldemort » Kita n'a pas été tendre avec ses aides de camp. Après avoir placardisé Claude Robin et Christian Larièpe (avec lesquels il avait pourtant fait du bon boulot à Lausanne, puisque le club a fini par faire faillite), le propriétaire des Canaris a giclé Pascal Praud début mars et pourrait bien se séparer de Jacky Bonnevay, le responsable du centre de formation, à l'issue de la saison. La politique de la terre brulée n'est donc plus réservée aux « Anciens » , à ceux qui gardaient encore, planqué dans leurs gènes, l'ADN du « jeu à la Nantaise » , les Guyot - remplacé par Bonnevay l'été dernier... -, Da Rocha, etc.

Bien sûr, le déclin du FC Nantes ne peut pas être mis sur le dos du seul Kita. Lorsqu'on a refusé à Jean-Claude Suaudeau son plan à long terme basé sur la formation (celui qui a permis au Barça d'en arriver là où il est, par exemple), lorsque la Socpresse a racheté le club en 2001 et viré Raynald Denoueix pour une demi-saison hésitante après le titre de champion (une équipe qui n'avait connu que cinq entraineurs depuis sa montée en D1, en 1963, en a, depuis, usé onze différents), depuis Gripond, depuis Roussillon, les deux derniers présidents, les choses vont de mal en pis. Morceaux choisis : « J'ai aussi vécu une situation à Nantes où à l'intérieur même du club, c'était extrêmement difficile » , explique Denoueix aujourd'hui*. « A chaque fois qu'il a croisé Gripond, l'ancien entraîneur Jean-Claude Suaudeau l'a ignoré quand il ne l'a pas injurié » , pouvait-on lire dans un article du JDD le 24 septembre 2006. Ambiance.

[page]
Une gestion en mousse

Mais, loin d'arranger les choses, la politique de Monsieur K a enfoncé encore plus le club. Si bien que l'emblématique Coco Suaudeau ne prend même plus la peine de donner des conseils ni d'insulter : « J'ai déjà dit ce que j'avais à dire et rien n'a avancé depuis » , envoie-t-il quand on l'appelle à ce sujet, avant de raccrocher. Seul dans sa tour d'ivoire, le président a fait le vide dans les bureaux au lieu de le faire sur le terrain. À chaque mercato, l'écrémage est annoncé, à chaque mercato, les arrivées sont plus nombreuses que les départs. Aujourd'hui, l'effectif professionnel compte 39 joueurs, sans oublier les sept autres prêtés (dont les deux arnaques Klasnic et Babovic ainsi qu'Aurélien Capoue, qui se bagarre pour le titre avec Auxerre). Avec trois entraineurs en une saison, le FCN doit également gérer les frais liés à la rupture d'un contrat en cours.

«  M. Kita a déjà investi des sommes de l'ordre de 50 ou 60 millions d'euros dans le club, avance Pascal Bolo, adjoint au maire de Nantes chargé des finances. La Ville n'est que propriétaire des équipements et nous n'avons pas notre mot à dire sur la vente ou le rachat du club » . Pour l'instant, pas de signe officiel d'une éventuelle vente du club, mais il y a fort à parier que Waldemar souhaitera bientôt arrêter les frais, surtout en cas de descente au troisième sous-sol du foot français. Cela marquerait, certes, la fin d'une politique totalement inefficace, qui a surtout consisté en un retour au nom FCN (à la place de FCNA, une revendication de longue date des supporters), un nouveau blason, un bus copié sur celui du Barça et un come-back du maillot rayé jaune et vert de 94-95, tout en présentant un immonde maillot extérieur bleu ciel. La supercherie n'a pas fonctionné longtemps et la Beaujoire ne se remplit plus pour assister aux performances pathétiques et désordonnées des Canaris.

Ne nous leurrons pas : elle n'est pas prête de se remplir. Le départ de Kita ne suffira pas pour revenir au jeu jouissif des années 70-80-90. Si l'on ressuscitait José Arribas et qu'on lui adjoignait Suaudeau et Denoueix, il leur faudrait sans doute plus d'une décennie pour reconstruire l'édifice, sans garantie de succès. Finalement, la solution est peut-être plus simple et pourrait se trouver dans le match de ce soir, comme l'entraineur Baptiste Gentili l'explique sur le site du club : « Aujourd'hui, Arles est en passe de monter. Pourquoi ne pas s'inspirer de leur fonctionnement » . Sans doute pour ne pas perdre la dernière once de dignité restant au FC Nantes.



*La citation de Raynald Denoueix est issue de la merveilleuse interview à paraître dans le So Foot N°76, le 5 mai prochain.

Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié

Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
0 1