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L'Autriche veut tuer le frère

Duel fratricide à Gelsenkirchen, entre l'Allemagne et l'Autriche. Si la Mannschaft est largement favorite, il ne faudra pas sous-estimer les Autrichiens. Bien qu'il se fasse régulièrement corriger, le petit frère autrichien a déjà montré les crocs. Quand il n'a pas carrément rendu service à son grand frère.

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L'Allemagne et l'Autriche, c'est un peu comme la France et la Belgique. Forcément, quand les deux équipes s'affrontent en football, le « grand frère » veut toujours donner l'exemple. La dernière fois qu'Allemands et Autrichiens se sont affrontés en tournoi officiel, c'était en 2008, lors de l'Euro austro-suisse, justement. A cette époque, il y avait une blague qui tournait outre-Rhin. Les joueurs discutent avec Joachim Löw avant le match. Ce dernier déclare: « Ecoutez, les gars. Les Autrichiens sont nuls, mais on doit jouer contre eux, on ne peut rien y faire! » . Jens Lehmann intervient alors: « Je vous fais une proposition. Vous allez tous dans un bar et je joue tout seul contre eux. Ça vous va? » . « C'est super! » , répondent Löw et les autres joueurs. Ils bougent alors tous au bar prendre une bière et jouer au billard. Une heure après, Michael Ballack se rappelle qu'il y a match. Il allume la télé et voit: Allemagne 1 (Jens Lehmann 10ème minute) – Autriche 0. Contents, les joueurs retournent à leurs bières et leur billard. Une heure après, ils rallument la télé pour voir le score final: Allemagne 1 (Jens Lehmann 10ème minute) – Autriche 1 (Sebastian Prödl 89ème minute). « Merde! » , crient les joueurs, qui retournent en courant au stade. Là, ils trouvent Jens Lehmann dans les vestiaires, tout seul, les mains sur le visage, affligé. « Que s'est-il passé, bon sang? » , gueule Löw. Lehmann répond: « Désolé les gars, mais c'est à cause de ce maudit arbitre: il m'a expulsé à la 11ème minute » .

Ha, ha, ha, c'était bien rigolo. Cette blague est surtout très significative: l'équipe d'Autriche, ce n'est plus ce que c'était. Les Autrichiens le savent très bien. D'ailleurs, n'avaient-ils pas fait tourner une pétition pour que l'Autriche ne participe pas à l'Euro 2008, tellement ils trouvaient leur propre équipe nationale nulle à chier, et n'avaient pas envie de se taper la honte en mondovision? Quelque part, cette initiative est compréhensible. La dernière fois que Das Team est allée en Coupe du monde, c'était au siècle dernier, en 1998. En ce qui concerne l'Euro, c'est pire encore: hormis celle de 2008 qu'elle a co-organisée, l'Autriche n'avait plus participé à un championnat d'Europe des nations depuis... 1964.


La Wunderteam emmerde le Reich

Pourtant, il fut une époque où l'Autriche faisait trembler pas mal de monde en Europe. Cette époque s'appelle l'entre deux-guerres, et l'Autriche était alors surnommée la « Wunderteam » (équipe-miracle). Ceci est surtout vrai entre 1931 et 1933, où (presque) tout le monde se faisait taper. Bilan de ces deux années: 15 matchs, 12 victoires, 2 nuls, 1 défaite, 62 buts pour, 18 contre. Kolossal Fußball. Malheureusement, cette équipe cessera d'exister à partir de 1938, suite à l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne de Hitler. Dans les faits, c'est encore plus brutal: le 3 avril 1938 a lieu le fameux « Anschlussspiel » , 58 000 personnes au Praterstadion de Vienne, croix gammées sur les drapeaux. Felix Linnemann, président de la fédé allemande, voulait qu'il y ait match nul. Tel était le vœu du Führer. Mais Matthias Sindelar ne l'entendait pas de cette oreille. Le joueur emblématique de la Wunderteam ne voulait pas voir la fin de son équipe. Il marqua alors le but du 1-0. A la mi-temps, Hans von Tschammer und Osten, le Reichssportführer (en gros, le ministre nazi des sports) se rend dans les vestiaires et met un coup de pression aux Autrichiens. Rien n'y fait: ces derniers doublent la mise sur un coup franc de Karl Sesta, un ami de Sindelar. Quelques mois plus tard, Sindelar sera retrouvé mort à son domicile. Les circonstances de son décès sont encore inconnues, mais tout laisse à penser que le Reich est derrière cette sale histoire. Ou comment le grand frère met le petit au pas.

Par la suite, la Mannschaft bombe le torse, et tape régulièrement la Team qui n'a plus rien de Wunder. Mais voilà, le grand a beau faire le malin, il a beau faire celui qui est le plus fort, celui qui sait tout, il lui arrive d'avoir besoin du petit pour parvenir à ses fins. Comme ce fut le cas ce fameux 25 juin 1982 à Gijon. Groupe B du Mondial espagnol. La RFA perd 2-1 contre l'Algérie, qui perd elle-même contre l'Autriche. Après la victoire 3-2 « seulement » de l'Algérie face au Chili, la Mannschaft doit juste gagner 1-0 face à l'Autriche pour que les deux équipes soient qualifiées. Horst Hrubesch marque à la 10ème minute, le reste du match est un système de passes à dix. Sale.






Arnautovic, la relève de Polster ?

Hormis cette victoire qui n'en est pas vraiment une, l'Allemagne découpe régulièrement l'Autriche. Mais le 29 octobre 1986, un homme s'insurge: Anton Polster. Tel un Matthias Sindelar des temps modernes, « Toni » s'en va déranger l'ordre établi. En amical à Cordoba (Argentine), les Autrichiens balayent les Allemands (alors vice-champions du monde) 4-1, grâce à des doublés de Polster et Kienast. Olaf Thon rate un pénalty, Lothar Matthäus se fait expulser, Franz Beckenbauer s'arrache les cheveux. Il s'agit là de la dernière victoire autrichienne.





Bientôt 25 ans donc que les Autrichiens prennent cher face aux « grands frères » . Ce soir, face aux Allemands, personne ne donne cher de leur peau. Les ouailles de Joachim Löw sont au top de leur forme, et ce malgré les récentes déclarations du capitaine Philipp Lahm en réaction à la sortie de son livre-révélations. La principale préoccupation de Löw en ce moment, c'est de savoir comment faire jouer Mario Götze et Mesut Özil ensemble. C'est dire le problème de luxe. Néanmoins, il ne faudra pas sous-estimer cette sélection autrichienne, qui compte quelques joueurs de bon niveau (Pogatetz, Prödl, Fuchs, Harnik, Janko, voire Alaba). Et qui sait, peut-être qu'en le caractériel Marko Arnautovic se cache le successeur des Toni Polster et autre Matthias Sindelar?


Ali Farhat

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