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L'autre match des Brésiliens

À Belo Horizonte, pendant que la Seleção arrachait sa place pour la finale de la Coupe des confédérations, des dizaines de milliers de manifestants brésiliens occupaient les alentours du stade et luttaient durement avec la police. Récit de l'intérieur.

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Depuis le centre ville de Belo Horizonte, il y avait deux options pour se rendre au Mineirão. La première, la plus facile, le bus. Devant le luxueux Dayrell Hotel, sur la rue Espirito Santo, les touristes se précipitent billets en main dans les nombreux cars mis à leur disposition pour aller assister au match. L'autre moyen de locomotion, c'était la foule. Dès midi, des dizaines de milliers de manifestants se réunissent autour de la place Sete de Setembro, à 500m du Dayrell. Débarquant par vagues régulières, ils sont venus avec le kit complet : pancarte, sifflet, tee-shirt jaune et drapeau du Brésil sur le dos. Les revendications concernent majoritairement l'éducation et la corruption, mais l'ampleur que le mouvement a pris dans le pays a transformé ces manifestations en défouloir populaire. Chacun y va de son message : les retraites, la réforme agraire, la maltraitance envers les femmes, le respect des homosexuels et des populations indigènes, les impôts, l'avortement. Le gouvernement brésilien comptait sur cette préparation du Mondial pour montrer sa force au monde entier, c'est finalement le peuple qui profite de cet immense coup de projecteur pour lui rappeler ses faiblesses.

« Go home FIFA  »

Au sein des manifestants, les deux coupables sont facilement identifiés : le gouvernement et la FIFA. « Je troque des stades contre des bibliothèques » , « On ne veut pas de coupe, mais une réforme politique pour un Brésil plus juste » . Le slogan répété sans arrêt : « Une coupe pour qui ? Go home FIFA » . Les hélicoptères tournent au-dessus de la place et les centaines de policiers mobilisés contrôlent son accès par des fouilles de sacs systématiques. Mais la situation devient rapidement incontrôlable et aux alentours de 14h, la foule prend la route, direction le stade. La principale voie d'accès, une voie rapide surélevée, est bondée sur des kilomètres. Le stade est loin, le chemin est long, la marche dure presque deux heures. Le soleil tape, les panneaux électroniques affichent 35 degrés, ce qui permet aux vendeurs ambulants d'épuiser leurs stocks d'eau fraîche et de Brahma. Les maillots de foot en vue sont ceux de l'Atlético Mineiro, de Vasco ou de Flamengo, mais pas ceux du Brésil. Ou alors ceux floqués « Educação 10  » . La route traverse les quartiers pauvres, où la densité des habitats est effrayante. Les résidents sortent des maisons généralement pas terminées pour assister au spectacle, et applaudissent. Des escaladeurs se pendent des ponts drapeaux en main, les tambours font danser les manifestants, la fête est totale. Jusqu'à l'arrivée au stade.

Le match commence, la fête se termine

Au croisement des avenues Presidente Antônio Carlos et Antônio Abrahão Caram, le Mineirão est là, à 500m. Une tentative de barrière humaine est formée par un groupe de manifestants, sans succès. L'idée était d'éviter la confrontation avec la police, qui attend tout ce beau monde une centaine de mètres plus loin. Deux lignes de barricade, puis un nombre impressionnant de flics. Le match va commencer. Le combat aussi. Les barricades commencent à être renversées, quand la police envoie ses premiers tirs de gaz lacrymogène. Dans le tas. Les plus équipés (masque, foulard) s'en fichent et foncent au duel, mais ils reviennent au galop, les yeux qui brûlent et la gorge en feu. L'ambiance devient électrique, ça pète de tous les côtés. Les tambours et saxophones tentent de remettre de la bonne humeur, mais la manifestation a perdu son côté champêtre. L'état d'euphorie est retombé. Les sourires ont disparu. Le match a commencé, et la fête a pris fin. Trois hélicoptères de la police surveillent les manifestants. Chaque bout de barrière ramenée parmi la foule, devenue spectatrice, est synonyme d'ovation. Mais les gaz se propagent et les manifestants reculent. L'air est irrespirable. Du liquide pour les yeux est distribué en abondance. C'est bientôt la mi-temps, Fred vient d'ouvrir le score, et les premiers blessés sont à déplorer.

Des blessés, des feux et des heures de marche

Les pompiers sont peu nombreux, mais courent dans tous les sens. Un homme est au sol et semble mal en point. Le problème, c'est que toutes les rues sont coupées et qu'aucune ambulance ne peut accéder à lui. Un couloir humain est formé pour laisser les pompiers, ovationnés, agir. L'homme est finalement évacué sur brancard. Mais la guérilla continue. Un feu, puis deux, puis trois sont déclenchés sur l'avenue. D'immenses flammes noires s'échappent dans le ciel, et les tirs continuent, provoquant à chaque fois des mouvements de foule. Au bout de la rue, dans le Mineirão, la Seleção est en difficulté, mais tout le monde s'en fout. Les manifestants disputent un autre match avec la police, autrement plus important. La fin de la demi-finale approche, la fatigue se fait sentir. Paulinho libère les siens, le Brésil l'emporte, les spectateurs quittent le stade de l'autre côté des heurts, et peu à peu la tension retombe. Derrière leurs barricades, les policiers quittent progressivement les lieux. Les manifestants pacifiques font de même, les autres restant sur place pour alimenter leurs feux. C'est reparti pour deux heures de marche. Les gens sont épuisés, mais une partie d'entre eux reprendra la lutte jusqu'à tard le soir, en centre ville, où explosions et hélicoptères se feront entendre une bonne partie de la nuit. La Seleção est en finale de sa Coupe des confédérations, et c'est peut-être bien la dernière des préoccupations du peuple brésilien.

par Léo Ruiz à Belo Horizonte
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Surcouf13 Niveau : DHR
INFO OFFICIEL: Les manifestant brésiliens ont décidé d'enlever deux joueurs de leur équipe nationale en guise de symbole. D'après nos informations il s'agirait du duo Jean-Neymar...
ToxikCheese Niveau : Loisir
Déchéance toujours, le Grand Corps Salade local aurait déclaré "Da próxima vez eu levo a bicicleta !
SoAforever Niveau : DHR
On me dit dans l'oreillette que Pelé revendique le prix de la situation la plus précaire, loin devant l'Argentine de Diego.

Diego aurait quant à lui répondu que lui était détenteur de l'état de santé le plus précaire...

On attend la suite de la joute verbale...
Je comprend pourquoi il n'y a pas de bruit dans les stades brésiliens, l'ambiance est dans la rue.
BlanLokal Niveau : DHR
Pourquoi pauvre Bresil? J'aurais plus dit pauvre Bresil si il n'y avait pas eu de manifs, ou si elles n'avaient pas pris une telle ampleur.
Surcouf13 Niveau : DHR
Putain* les gars vous avez pas d'humour, elle est pas mauvaise ma blague.
salvat1985 Niveau : DHR
C'est triste d'en arriver là pour se faire entendre.

Et le Brésil n'en a pas fini parce que 2014 c'est demain.
et ca m'étonnerai qu'ils (les politiques au pouvoir) arrivent à calmer la colère dans la rue.

Une CdM pour moderniser le pays. si c'est ca la modernité et le prix à payer non merci pour moi.
noëlflantier Niveau : District
Quelqu'un sait si ceux qui vont au stade sont perçus comme des collabos ?
KarlHeinz Niveau : DHR
Le Brésil souffre de la dérive autoritariste d'un pouvoir islamiste. Depuis les manifs de la place Taksim, c'est mon interprétation de tout mouvement social dans le monde.
Message posté par Roja69
Pauvre brésil...


Ethnocentrisme quand tu nous tiens ..
Message posté par Surcouf13
Putain* les gars vous avez pas d'humour, elle est pas mauvaise ma blague.


Non, elle n'est pas mauvaise, mais comme ça a déjà été dit une fois sur ce forum:
Bravo! Tu es le 56 000 ème à sortir cette vanne! Pour recevoir ta récompense, clique sur le lien suivant:
http://fermebientagueule.com/
Les priorités se nomment éducation, santé et lutte conte la corruption.

Ce n'est qu'en prônant des politiques volontaristes dans ce domaine que l'on luttera efficacement contre l'insécurité.

La coupe du monde est tout sauf une priorité, bravo aux Brésiliens de sortir dans la rue afin de défendre leurs droits !
Pourquoi il y a des animaux qui peuvent se lécher le sexe? ben parce qu’ils le peuvent
Des petites précisions de "pourquoi ça continue":
1 - Mardi soir a été refusé le projet de loi PEC 37 à une large majorité. Il refusait tout simplement à la Police Militaire le droit d'enquêter sur les activité des députés fédéraux et estaduais sous mandat! (Mon petit doigt me dit qu'il serait passé à la même majorité si personne n'était sortit ces dernières semaines)
2 - Concernant les "droits et respects des homosexuels", il y a un mec député ici qui s'appelle Feliciano, il est pasteur évangéliste et directeur de la commission des Droit de l'Homme ici. Il a réussi à faire passer un projet de loi appelé "Cura Gay" (traduction inutile je crois)... En gros, le combat du "Mariage pour tous" c'(est du pipi de chat à côté de ça!
3 - Dilma a annoncé en début de semaine qu'elle allait former une constituante pour "lutter contre la corruption" à divers échelle... Bah quand on voit les dernière sortie de Lula concernant le Mensalão et ses alliances politiques pour le moins douteuse, on attend de voir ce que ça va donner!

Alors "Vem pra rua" ou mieux "Fica"... Comme dirait Criolo: "o povo não é covarde, o povo não é burro"!!!

Abraços e paz
O gigante acordou Poraaa !
Et le prix de la meilleure vanne auto-gâchée est attribué à ... 01domyno !
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