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L’Atlético Madrid, premier de corvée

L’Atlético Madrid squatte actuellement le haut du panier de la Liga. Un leadership des plus logiques qui ressemblait encore à une utopie il y a de ça quelques mois. Tentative d’explication d’une mutation express.

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« Le football est égal aux buts, et les buts sont plus importants que les idées. » Diego Simeone est un homme passionné. Mais un entraîneur cartésien. Après la gifle reçue face au Real Madrid – un cinglant 4-1 avec trois pétards de Cristiano RonaldoEl Cholo règle quelques comptes et remet les pensées en ordre. Son Atlético au jeu chatoyant est encore trop complaisant. Pas assez chien. Sitôt l’humiliation avalée, ses ouailles remettent le bleu de chauffe. Pour ne plus le quitter. Car, depuis ce 11 avril dernier, le club des Matelassiers n’a plus connu le sinistre goût de la défaite. La série en cours fleure bon la hype de 2012 : 19 coups d’envoi, 16 victoires et, donc, trois petits matchs nuls. Le triomphe européen de Bucarest face à Bilbao est le symbole même de ce changement de statut : le club de la lose poursuit sa mue. Avec un départ en boulet de canon, l’Atlético Madrid est actuellement le leader de la Liga – au coude à coude avec le Barça. Mais bordel, comment ce club de coupes a-t-il bien pu devenir une équipe de série ? Éléments de réponse.

La patte Simeone

La métamorphose des Colchoneros résulte de retrouvailles amoureuses. Depuis la descente aux enfers de la saison du 7 mai 2000 – une défaite face à Oviedo et une rétrogradation en Liga Adelante – l’Atlético est affectueusement surnommé le club de la scoumoune. Son millésime 2009-2010 offre certes un raz-de-marée plaza de Neptuno et un hit-parade dans les rues de Madrid, mais l’Europa League est un cache-misère. Modeste neuvième de Liga du même exercice, la bande à Quique Sánchez Flores alterne, du très bon au très mauvais. Un condensé de l’histoire récente du club. L’arrivée de Diego Simeone sonne le retour de la dernière génération dorée à la tête du navire, celle du doublé Liga-Copa del Rey de 1996. Sitôt débarqué, El Cholo appose sa patte : une grinta toute argentine. Depuis sa prise de pouvoir suite au licenciement de Gregorio « la pomme » Manzano un soir de décembre, l’enfant de Buenos Aires a inculqué son horreur de la défaite aux siens. Bilan : 19 victoires, sept matchs nuls et cinq défaites. Bref, des statistiques à faire pâlir le Philippe Doucet ibère.

Tout aussi fougueux sur son banc de touche que lors de sa carrière de joueur, Diego Simeone inculque sa rage de vaincre. Dorénavant, une rencontre face à Chelsea devient aussi importante qu’un déplacement à Vigo. De fait, ses poulains ne miaulent plus, ils aboient. En ce début de saison, les succès étriqués face à l’Espanyol, Valladolid ou encore Málaga ne l’auraient pas été quelques mois auparavant. Chaque petit détail, contre favorable, erreur d’arbitrage tirent en faveur des Colchoneros. Mais la force de Diego Simeone ne peut se résumer à un simple état d’esprit. El Cholo se mue aussi, pour ne pas dire surtout, en fin tacticien. Dans un système en 4-5-1 (ou 4-2-3-1, les puristes décideront), il offre une part prépondérante à sa doublette du milieu. Quadrillant le pré, Gabi et Mario Suárez lancent sans fioriture les flèches Adrian, Arda Turan, Koke ou Rodriguez. A contrario de la patience du toque, le Vicente-Calderón apprécie le jeu direct, très direct. Quitte à devenir brouillon de temps à autre. Quand il y a des buts, les idées prennent tout leur sens.


La griffe Falcao

Et niveau tremblement de filets, l’Atlético a dans ses rangs un expert. Si ce n’est le plus sensuel des goleadors actuels. Avec Radamel Falcao, tout devient plus facile. Un centre-saucisson, un dégagement à l’aveugle peuvent de suite devenir une potentielle passe décisive. Depuis son arrivée, le Tigre est en perpétuelle progression. Sa ligne de compte placarde 57 apparitions pour 47 buts. Actuellement, il en est à onze en sept rencontres (et encore, sans les sélections). De quoi donner la frousse aux insatiables Cristiano et Lionel… S’il y a un hic, c’est la profondeur de banc. Hormis Rodriguez, Diego Costa, Tiago, voire Raúl Garcia, les choix de premier ordre se font rares. Les Colchoneros sont à la merci d’une vilaine blessure ou d’une suspension. Et une saison, c’est long… Bien trop pour un effectif réduit à une rotation d’une quinzaine de joueurs. Pourtant, l’objectif inavoué et inavouable des locataires de Vicente-Calderón est bien de tenir tête aux deux cadors du Royaume. Le premier test, le derby de Madrid, n’a lieu qu’en décembre. D’ici là, la bande à Simeone aura étalée, ou non, sa nouvelle maturité sur les prés espagnols. Pour ce qui serait un réel bain de jouvence dans le championnat le plus déséquilibré du Vieux Continent.

Par Robin Delorme, à Madrid
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