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L’Atlético, la cour des grands à quel prix ?

Alors que leur implantation dans le gratin espagnol et européen ne fait plus aucun doute, les Colchoneros s’attèlent désormais à tenir la dragée haute au Barça et au Real sur le terrain financier. Une émancipation entre Asie, Amérique et Nord de la France qui n’est pas sans risque.

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« Papa, pourquoi sommes-nous de l’Atlético ? » Cette question, en suspens depuis le lancement de la plus fameuse campagne d’abonnement des Colchoneros, entrevoit le début d’une réponse en la personne de Diego Simeone. Débarqué sous la guérite du Vicente-Calderón au cœur de l’hiver 2011, le Cholo rend au peuple rojiblanco une fierté oubliée et ramène des titres à la pelle. Autant dire qu’en l’espace de ces 4 saisons, l’Argentin s’est imposé comme l’étendard d’un fanion en pleine résurrection. Pour ne pas retomber dans une instabilité chronique et presque historique, la direction des Matelassiers s’attèle donc à tenir la dragée haute aux deux mastodontes espagnols, aka le FC Barcelone et le Real Madrid. Une volonté quasi pieuse, tant la dette, même en baisse, reste abyssale et gangrène les finances des locataires du bord du Manzanares. Pour ce, la direction emmenée par Enrique Cerezo tente de diversifier ses rentrées d’argent grâce à une politique d’expansion internationale, quitte à s’immiscer dans des combines financières pas des plus saines. La dernière en date : ouvrir une voie de financement à Wall Street.

Entre Pékin, Calcutta et Lens


Bien avant cette entrée à la bourse new-yorkaise, l’Atlético de Madrid préfère regarder vers l’autre géant économique et financier du globe. Autrement dit, vers la Chine et son soudain intérêt pour le ballon rond. Ainsi, en avril de l’an dernier, le Dalian Wanda Group s’offre 20% de l’Atlético de Madrid. Une rentrée d’argent à 45 millions d’euros qui augmente le capital d’un club aujourd’hui estimé à quelque 225 millions d’euros. Par là même, l’arrivée du multimilliardaire Wang Jianlin permet à l’Atlético de s’ouvrir au juteux marché chinois. Une aubaine, tant les millions y coulent à flots - cf. le dernier mercato hivernal et la vente de Jackson Martínez - et les retombées économiques y sont intéressantes - tournée estivale, vente de maillots… Dans le même temps, les Colchoneros promettent de former quelques joueurs et éducateurs chinois. « Mon espérance est que les jeunes Chinois puissent jouer des matchs des championnats européens dans les années qui viennent » , rêve ainsi la seconde plus grosse fortune de l’Empire du Milieu. Un vœu chimérique, mais dont se carre bien la direction d’Enrique Cerezo.


Cette ouverture aux capitaux chinois s’accompagne plus globalement d’une ouverture sur tous les marchés à fort potentiel économique. En d’autres termes, l’Inde et son plus d’un milliard d’habitants regorgent de promesses. Lorsque la création de l’Indian Super League est annoncée en grande pompe, l’Atlético ne se trouve donc pas très loin. De fait, en mai 2014, Miguel Angel Gil, membre de la junta directiva des Rojiblancos, présente l’Atlético de Kolkata. Franchise financée par de richissimes hommes d’affaires indiens, elle porte le nom et le maillot des Matelassiers grâce à un accord de développement qui octroie 25% des parts du club au locataire du Vicente-Calderón. « L’Inde est l’un des plus grands marchés au monde, c’est pour cela que nous voulons nous implanter maintenant à Calcutta » , abonde ainsi le señor Gil. Une tactique que l’Atlético souhaite même pousser à son paroxysme, en atteste son récent intérêt pour le Racing Club de Lens. Selon L’Équipe, le club madrilène, loin de se muer en Bon Samaritain, souhaiterait s’offrir le fanion nordiste. Un investissement en grande partie motivé par la qualité de la formation lensoise plus que par son potentiel économique.


Wall Street pour s’offrir une belle dentition ?


La dernière folie en date de la direction de Cerezo renvoie pourtant de l’autre côté de l’Atlantique. Loin de l’effervescence chinoise, de l’attraction indienne ou de la chaleur nordiste, New York offre un autre panorama. Moins dans les strass et paillettes, c’est du côté des arcanes de Wall Street que l’Atlético espère faire recette. Pour ce, il a ouvert, avec d’autres clubs européens, un fonds de titrisation de créances achetées. Un nom horrible autant que diabolique qui renvoie à l’avant-crise économique de 2007. Autrement dit, une voie de financement des plus risquées où l’Atlético mise ses droits télés ainsi que ses plus-values du mercato. « C’est une nouvelle voie de financement à long terme » , déclare anonymement un dirigeant des Rojiblancos à l’Expansion. « Plusieurs fonds et banques d’investissement nous ont approchés. » Un pari risqué, puisque cette méthode était au cœur de la crise des subprimes… Reste que les Colchoneros pourront toujours s’acoquiner d’une belle dentition, eux qui ont également ouvert la Clinica Dental ATM à deux pas du Calderón. Pas sûr que cela soit suffisant pour venir à bout de l’hégémonie des protagonistes du Clásico.

Par Robin Delorme
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