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L’Atlético et le Calderón, à la vie à la mort

Si l’Atlético est si beau, il le doit avant tout à ses échecs. Ce qu’il a reproduit lors de son dernier derby de la capitale au Vicente-Calderón avec un succès symbolique. Mais pas pour rien tant les Colchoneros de Diego Simeone ont respecté la majestueuse et dramatique histoire de l’Atléti.

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L’Atlético de Madrid se vit comme un film. Et le Vicente-Calderón en est son théâtre. Une scène vieillotte, rabougrie, aux travées lugubres et rouillées, où les murs suintent le poids des années. Mais qu’elle est belle, cette scène. Tellement belle. Ce qu’elle ne manque pas de rappeler lors de la dernière minute de son histoire européenne, quand un orage apocalyptique déverse des litres d’eau par milliers sur le peuple qui habite l’antre rojiblanca. Encore une fois, le destin se montre facétieux avec le peuple de l'Atléti. En bons fidèles de Neptune, divinité romaine des eaux vives et des sources, mais aussi place éponyme où se retrouvent les supporters de l’Atlético pour honorer chaque titre remporté, ils restent, tout à leur joie, sous ce déluge, pour témoigner de l’amour qu’ils portent à ce cher Vicente-Calderón. Un hommage des tribunes qui se joint à celui, magnifique malgré l’élimination, des héros de cette arène. Tels des gladiateurs éperdus de grandeur, les hommes de Simeone livrent un dernier combat à la hauteur du mythe qu’a été, est et sera le Calderón. ¡ Hasta siempre, Vicente !

Les Matelassiers, « fiers de ne pas être comme vous »


Avant cette fin magnifique par sa dramaturgie, le Vicente-Calderón s’éprend, quarante minutes durant, d’une rêve fou : renverser la montagne Real Madrid et s’offrir une remontada de l’impossible. Une chimère pas si folle à en croire l’entame des Colchoneros qui, comme s’en était amusé Simeone quelques heures plus tôt, «  n’ont rien mangé depuis le week-end dernier » . Les yeux injectés de sang, la bave aux lèvres, ils se livrent corps et âmes jusqu’à disposer, au quart d’heure de jeu, d’une avance de deux pions.


Un matelas insuffisant, comme le démontrent le génie de Benzema et la froideur d’Isco, mais qu’importe pour ces supporters qui vibrent et communient avec leurs joueurs, leur histoire, leur grandeur. Car même si le succès ne renverse pas la vapeur, il ne compte pas pour rien. Bien au contraire, lorsque dans quelques années, ou demain, les Matelassiers regarderont dans leur rétroviseur, ils seront ô combien fiers d’avoir remportés l’ultime derby madrilène de l’histoire du Vicente-Calderón. Comme le récite le tifo qui précède le coup d’envoi – «  Fiers de ne pas être comme vous » –, l’Atlético est aussi digne dans l’élimination que le Real dans la qualification.

Un hymne à l’amour, un hymne au Cholo


Une élimination, mais aussi peut-être des adieux. À l’instar du Vicente-Calderón qui, après 51 années de passion et d’émotion, d’effusion de joie et de larmes, s’apprête à prendre un congé éternel auprès des Colchoneros, Fernando Torres vient peut-être de vivre son dernier derby de la capitale avec son Atlético. Monument de l’histoire magnifique car mouvementée des Colchoneros, le Niño s’éclipse donc avec un succès symbolique face à un ennemi merengue auquel il s’est si souvent frotté sans jamais le terrasser. Tant mieux, dans un club dont la grandeur se trouve dans ses symboles plus que dans son armoire à trophées.



Les titres, eux, appartiennent à Diego Simeone. Homme le plus important des 114 années d’existence de l’Atlético aux côtés de Luis Aragonés, le Cholo a su, par ses mots, par son cœur, convaincre ses protégés que l’impossible appartient aux autres. Même s’il n’était pas sur le pré lors de ce premier quart d’heure, c’était tout comme tant son onze de guerriers le personnifiait, par son activité et sa foi, dans toute sa splendeur. Reste une inconnue, savoir si son aventure avec le club de sa vie s’achève sur ce dernier derby du Calderón. Si tel est le cas, gloire au Cholo !

Par Robin Delorme
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