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L'ancien arbitre Pieri raconte Calciopoli

Il est l'un des nombreux anciens arbitres englués dans l'affaire Calciopoli sans qu'il ne sache pourquoi. Un procès aux mille rebondissements et qui a perdu de nombreux accusés en cours de route. Définitivement innocenté pas la Cassation lundi dernier, Tiziano Pieri raconte tout.

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Petit rappel sur Calciopoli avant de se plonger dans l'interview...

Qui était Tiziano Pieri avant de se retrouver dans cette affaire ?
J'étais un arbitre que l'on définissait talentueux. Je venais de quitter mon job de commercial pour me concentrer uniquement sur ma carrière d'arbitre, et cela avait plutôt bien fonctionné, puisque j'étais devenu international depuis six mois. Mon père était également arbitre, c'est un environnement dans lequel j'ai grandi. À l'époque, j'avais 35 ans et encore dix bonnes années de carrière devant moi.

Où étiez-vous au moment où Calciopoli éclate en mai 2006 ?
J'ai un souvenir très vif. Nous, les arbitres, étions à Coverciano pour l'un des derniers stages de la saison, et les gendarmes sont venus communiquer les mises en examen à de nombreux collègues. Ils étaient terrorisés, certains pleuraient, j'en ai consolé moi-même, on ne comprenait pas ce qui se passait. Au début, je n'étais pas concerné, mais mon tour serait venu.

Dans le cadre de la justice sportive, vous avez été de suite acquitté.
J'ai été déféré dans un des petits procès collatéraux de Calciopoli, celui qui concernait la Reggina considérée comme un club ami de Luciano Moggi, l'ancien directeur général de la Juventus. Cela se basait sur une conversation téléphonique entre Paolo Bergamo, l'un des deux désigneurs d'arbitres, et le président Foti. On me reprochait d'avoir favorisé ce club lors d'un match contre Palerme. Au procès, je suis venu avec la feuille de match et le rapport arbitral pour leur démontrer combien c'était absurde. J'ai averti quatre joueurs de la Reggina et aucun adversaire, j'ai accordé quatre minutes de temps additionnel alors qu'elle menait 1-0 avec un but régulier, et Palerme égalise à la toute dernière seconde. Et si la conversation avait été entre Bergamo et le président adverse Zamparini, est-ce qu'on m'aurait cru, vu le scénario du match ?

Ce n'est qu'une question de temps avant que votre carrière ne prenne fin.
J'ai de nouveau arbitré en 2006-07, mais ce fut ma pire saison, je n'étais pas à 100 % psychologiquement, on me percevait différemment aussi. Les enquêtes de Calciopoli se terminent en avril 2007, et là je reçois une mise en examen pour cette affaire de cartes SIM. L'Association italienne des arbitres m'a suspendu plusieurs fois sans respecter les règles. On aurait pu régler ça entre hommes, je pouvais m'auto-suspendre vu la situation, mais eux ont même inventé une suspension pour raison technique, ce qui arrive lorsque vous êtes mauvais, mais je n'arbitrais plus depuis près de trois ans !

Passons au procès dans le cadre de la justice ordinaire qui débute l'automne 2008.
J'ai choisi la version abrégée ( « dito abbreviato » , ndlr) pour accélérer les choses, car j'étais persuadé de mon innocence. Il s'agit de juger directement sur les conclusions de l'enquête, sans débats, sans témoins, donc c'est risqué. Mais moi, je voulais que cela se fasse le plus vite possible afin de pouvoir arbitrer de nouveau. Et en fait, la Cassation s'est prononcée au même moment sur la version abrégée et la version ordinaire, c'est-à-dire lundi dernier, ce qui est scandaleux ! Six ans et demi pour une version abrégée, vous vous rendez compte ?

« Il y a énormément d'erreurs dans l'enquête. Par exemple, s'il y a 50 appels sortants de la SIM de Moggi vers la mienne, il doit y avoir 50 appels entrants de sa SIM vers la mienne, non ? Eh bien pas du tout »

De quoi étiez-vous accusé ?
Association de malfaiteurs finalisée à la fraude sportive, le tout basé sur une carte SIM suisse que l'on m'a attribuée via également les antennes relais correspondant aux contacts téléphoniques. Il y avait énormément d'erreurs. Par exemple, le nombre d'appels entre les cartes SIM que l'on attribuait à moi et Moggi était différent. S'il y a 50 appels sortants de sa SIM vers la mienne, il doit y avoir 50 appels entrants de sa SIM vers la mienne, mais pas du tout ! Tout ceci servait à tenir debout l'accusation d'association de malfaiteurs qui prenait l'eau de toute part. Concernant les fraudes sportives, il y avait quatre matchs : Reggina-Palerme aller-retour, Juve-Chievo et Bologne-Juve. L'accusation a laissé tomber le match aller lors du réquisitoire, j'ai été acquitté en première instance pour le second, mais déclaré coupable pour les deux autres. C'est en appel que j'ai été totalement blanchi.

Pourquoi ces cartes SIM n'ont-elles jamais été mises sur écoute pour s'assurer de leurs possesseurs ?
Je ne sais pas, ils disent qu'étant des SIM étrangères, ce n'était pas possible, mais le contraire a été démontré au procès. On peut tout mettre sur écoute. Pourquoi ne sont-ils jamais venus faire des perquisitions chez moi, ainsi que chez les autres arbitres durant les enquêtes ? Ça aurait été plus simple, non ? Après tout, l'argent du contribuable italien déjà investi, ils n'étaient plus à ça près.

L'affaire Calciopoli est remplie de contradictions et inexactitudes qui ont pourtant traversé plusieurs instances de jugement, comment cela est-ce possible ?
Et oui, j'attends des réponses. En plus, ces jours-ci, j'ai lu que les enquêteurs se plaignent encore des fuites d'informations qui les ont empêchés de continuer l'enquête à l'époque. Mais qui a fait sortir ces infos si ce n'est eux ? Qui a fourni les écoutes aux journaux ? J'ai aussi entendu parler d'omerta du monde du foot, mais justement, pourquoi il n'y a pas une seule personne qui a avoué en huit ans sur plus de 100 impliquées au départ ? Il y a juste deux témoins de l'accusation qui l'ont fait, l'ex-arbitre Nucini et Manfredi Martino employé de la Fédération. Le premier considéré non fiable par la juge, le second qui se contredisait constamment ! Souvenez-vous du Calcioscommesse où de nombreux joueurs ont vidé leur sac au bout de cinq minutes, là c'était autre chose !

Pourquoi ces erreurs ont-elles étaient si peu rapportées dans les médias italiens ?
Voilà une bonne question. De nombreux organes de presse ont choisi une ligne univoque. On y reviendra plus tard, mais un des témoins clés de l'accusation vient d'être inculpé pour faux témoignage, c'est une info dont presque personne n'a parlé.

De l'extérieur, on a l'impression qu'il n'y a eu aucune solidarité de la part des arbitres encore en activité, alors que vous avez tous été innocentés sauf deux, mais avec des accusations toujours aussi bancales.
C'est vrai, mais tout le monde a peur dans ces moments-là, difficile de savoir comment se comporter. À leur place, je n'aurais pas su quoi faire. Je les comprends et je les justifie presque. J'ai toutefois eu des marques de soutien en privé. En revanche, je m'attendais à un autre comportement des dirigeants, surtout qu'ils n'arrêtent pas de parler de grande famille de l'arbitrage. C'est tout l'inverse, personne ne m'a jamais contacté. Ils n'ont pas été corrects d'un point de vue procédural et zéro au niveau humain. Il faut savoir que pendant tout le procès, j'ai choisi de rester affilié à l'Association des arbitres italiens, ce qui – vu le règlement interne - m'empêchait de m'exprimer dans les médias. C'était un choix, car je comptais reprendre du service, mais du coup, j'ai tout subi en silence. Au final, c'est moi qui ait donné ma démission dix mois après mon acquittement, car j'avais compris qu'on ne voulait plus de moi.

« J'aurais préféré marcher la tête haute en tant que coupable, plutôt qu'en tant qu'innocent prescrit »

Le procès s'est terminé avec beaucoup de prescriptions qui ont surtout permis aux juges de ne pas juger.
Moi, la prescription, j'ai été le premier à y renoncer dans cette affaire, car j'aurais préféré marcher la tête haute en tant que coupable, plutôt qu'en tant qu'innocent prescrit. Mes avocats ont pourtant insisté pour que j'y renonce, mais je ne voulais pas ! C'est pour cela que j'ai apprécié De Santis, qui y a renoncé quitte à être condamné, comme c'est le cas (avec du sursis, ndlr). C'est le seul, les autres sont ou acquittés, ou prescrits.

La sensation est que le point de non-retour était atteint depuis trop longtemps pour que la justice fasse machine arrière.
C'est vrai, mais j'ose espérer que ce ne soit pas ça. Moi, par exemple, j'ai choisi la version abrégée pour accélérer les choses, comme pour Giraudo, l'autre dirigeant de la Juve. Si cela s'est fini en prescription, ce n'est sûrement pas de la faute des accusés. Il y a une grosse confusion là-dessus, c'était à la magistrature d'accélérer les choses pour l'éviter, mais peut-être que c'est ce qu'ils cherchaient pour éviter de juger.

Après votre acquittement en appel en décembre 2012, l'accusation s'est pourvue en cassation, le preniez-vous comme de l'acharnement ?
C'est vrai qu'on peut se sentir un peu persécuté, mais je me demande si cela n'a pas été une stratégie judiciaire. Tant que la sentence n'était pas définitive, les acquittés de la version abrégée ne pouvaient pas aller témoigner pour la version ordinaire qui concernait notamment Moggi. J'espère que ce n'est pas le cas, on ne joue pas aux échecs avec la vie des personnes, parce que j'en ai repris pour deux ans et demi d'angoisse.

Certains pensent que Calciopoli est finie avec la sentence de lundi.

C'est loin d'être terminé. J'ai porté plainte pour faux témoignage contre Teodosio De Cillis, le témoin clé de l'accusation. Sa version concernant l'acquisition des données des cartes SIM étrangères prétendument distribuées aux arbitres par Moggi ne correspond pas avec celles des gendarmes. Il a été inculpé et sera jugé. S'il est considéré coupable, il devra payer, car il aura conditionné une enquête entière. Pourquoi aurait-il menti ? Peut-être qu'étant en Suisse, il aurait fallu une commission rogatoire internationale et que ces données n'auraient pas fait partie du procès. Concernant d'autres initiatives, mes avocats s'en occupent. J'ai fait ouvrir une enquête concernant la vidéo qui devait prouver que le tirage au sort était truqué, qui a soudainement disparu des actes pour être remplacée par une séquence photo qui ne correspondait pas à la réalité, probablement pour induire en erreur. Le comportement du ministère public a été stigmatisé, mais l'affaire classée sans suite. Cela reste quelque chose de très grave.

D'où vient Calciopoli, de très haut ?
J'aimerais vous répondre, j'aimerais savoir comment j'ai fini là-dedans. Le parquet soutient que tout a commencé via une enquête sur la Camorra. La sensation est qu'ils sont partis d'un coupable, Luciano Moggi, et qu'ils ont cherché les preuves ensuite. Moi, je pense qu'il aurait été plus juste de ne faire qu'un procès sportif, bien analyser la situation et stopper le championnat s'il le fallait.

« Le parquet soutient que tout a commencé via une enquête sur la Camorra. La sensation est qu'ils sont partis d'un coupable, Luciano Moggi, et qu'ils ont cherché les preuves ensuite »

Combien de forces, de sous et de rêves vous a coutés cette affaire ?
Toutes les forces que j'avais, je dois remercier ma famille, mes enfants Tommaso et Alessandra, ma femme Silvia que j'ai demandé en mariage à la télé deux jours après mon acquittement ! Toutes mes économies y sont passées, j'ai appris à me retrousser les manches, j'ai même fait serveur. Ensuite, j'ai repris mon boulot de commercial, parce qu'au moment de Calciopoli, ma femme ne travaillait pas, mais je ne veux pas qu'on me prenne en pitié, j'ai fait des sacrifices comme tout le monde. Concernant les rêves, je voulais conclure ma carrière arbitrale. Quand je pense que quelqu'un a déclaré que tous ceux qui étaient impliqués dans Calciopoli étaient des voleurs de rêves, cette phrase m'a fait enrager. C'est à moi qu'on a volé un rêve, mais sûrement pas ma dignité.

Que pouvez-vous nous dire sur le grand accusé Luciano Moggi, l'impression est que son côté antipathique lui a joué des tours.
Vous avez parfaitement compris. Il s'était créé un personnage qui était antipathique. Mais avec le temps, j'ai vu un homme vraiment vidé de ses forces. Dans un sens, ce procès nous a rapprochés, car on avait des blessures en commun. J'ai vraiment apprécié son attitude et sa sensibilité, il a toujours répété qu'il était désolé pour tous ces arbitres innocents qui avaient fini dans cette affaire.

En avez-vous après vos anciens désigneurs ?
Même si c'était autorisé par la Fédération, le fait de s'entretenir téléphoniquement avec les dirigeants de tous les clubs, et pas seulement la Juve contrairement à ce que disait l'enquête initiale, était une erreur. J'aurais seulement pu leur en vouloir si le tirage au sort pour désigner les arbitres avait été truqué, mais ce n'est pas le cas.

Il y a eu d'autres scandales après Calciopoli, mais les arbitres ont toujours été loin de tout ça.
L'arbitrage est une école de vie, les seuls qui ont renoncé à la prescription sont des arbitres, ça veut tout dire.

Comprendra-t-on un jour que les arbitres font des erreurs de bonne foi, ou faudra-t-il toujours inventer des complots ?
Je ne veux pas faire de généralisation, c'est la culture de chaque personne qui fait la différence. Les arbitres se tromperont toujours, c'est une des variables d'un match, comme un joueur qui retire son maillot pour fêter un but alors qu'il est déjà averti.

Une dernière chose, pourquoi avoir choisi de participer à la Moviola de la RAI, une rubrique qui massacre souvent les arbitres ?
Au début, j'ai refusé. Ma femme aussi ne voulait pas, mais mes enfants eux voulaient me voir à la télé, ils étaient tellement enthousiastes, je n'ai pas pu dire non ! J'essaye de faire une moviola différente, et de faire comprendre combien il est difficile d'arbitrer et ce qu'il passe dans la tête d'un arbitre. Car c'est ce que j'espérais quand j'arbitrais, plutôt que de pilonner mes anciens collègues, je suis plutôt un gardien du phare, je montre les erreurs, mais aussi les bonnes décisions.


Propos recueillis par Valentin Pauluzzi
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