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L'alibye démocratique

Dans un pays miné par la guerre civile, la sélection libyenne constitue le catalyseur des espoirs d'un peuple, la chute de Kadhafi coincidant avec le printemps de l'équipe nationale, qualifiée pour la CAN sans perdre un match. Désormais les chevaliers de la Méditerranée, symboles du renouveau de leur pays tenteront de faire bonne figure en Guinée Equatoriale. Et tant pis pour les raccourcis.

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Le 4 septembre 2010, la Libye commençait les éliminatoires de la CAN 2012 par un match nul au Mozambique 0-0. A l'époque, le drapeau du pays était encore vert, son guide s’appelait Kadhafi et les joueurs de la sélection n'étaient pas encore surnommés les chevaliers de la Méditerranée. Un peu plus d'un an après, un changement de drapeau en prime, la sélection composte son billet pour la Guinée Equatoriale après une campagne qualificative héroïque jouée sur fond de guerre civile. L'image est belle et suscite les éloges unanimes d'une presse internationale prompte à encenser des joueurs symboles de la lutte d'un peuple contre un dictateur. D'autant que quelques mois plus tôt, le 25 juin, 17 joueurs influents dont 4 membres de la sélection avaient annoncé leur ralliement aux rebelles, 17 héros nationaux dans un pays fou de foot. Sauf que tout n'est pas si simple.

Saadi tout puissant

Longtemps l'homme fort du ballon rond de la république arabe s'est appelé Saadi Kadhafi. Le fils de Mouanmar a phagocyté le football libyen en enchaînant les fonctions de capitaine de la sélection, d'homme fort de l'Al-Ahly et de président de la fédération. Un mec puissant qui avait même réussi sans talent véritable à jouer en Série A, mais surtout un type redouté de tous, notamment de ses coéquipiers comme Patrick M'Boma qui a évolué avec lui à Tripoli: "Tout le monde avait peur de lui, il avait le pouvoir de changer la vie de ses compatriotes en un instant, en bien ou en mal". Le genre de caïd dont il vaut mieux être le pote dans la cour de récré. Ce que visiblement certains joueurs avaient bien compris.

Un traître et 17 héros

Car si la nouvelle sélection libyenne a vite été érigée comme porte-étendard de la révolution, certains de ses meilleurs joueurs ont été évincés pour des raisons politiques après la chute du rais. La star du football libyen Tarik El Taib, passé notamment par la Turquie et l'Arabie Saoudite avait fait allégeance au régime de Kadhafi en traitant les rebelles de chiens et de rats. L'idole du peuple est devenu un judas, le traître au milieu des 17 héros. Autant dire qu'on pas prêt de le revoir sous la tunique des Verts devenus chevaliers. Deux ou trois autres joueurs qui avaient ouvertement soutenu le régime chancelant ont été exclus. Bref toute la Libye, n'était pas opposée au dictateur, comme le politiquement correct voudrait désormais le faire croire. Certains joueurs se sont déclarés révolutionnaires quand le vent a tourné. L'images des 17 héros et du traître est belle mais c'est une image.

Accueil sur le tarmac de Benghazi

Il n’empêche que les joueurs ont tout de même un mérite certain, car la campagne qualificative fut un chemin sinueux. Dans un pays en lambeaux où le championnat a été interrompu, pas facile d'organiser des rassemblements et de jouer à domicile. La sélection a donc du se délocaliser au Mali et en Egypte pour battre les Comores et la Zambie. Après le dernier match, le pays libéré du tyran pouvait exulter et les joueurs être accueillis à leur retour sur le tarmac de l’aéroport de Benghazi par des dizaines de supporteurs surexcités, sous les chants du nouvel hymne national et des drapeaux de la « Libye libre".

Le capitaine a 39 ans

L'euphorie de la qualification passée, il y a une CAN à jouer et la Libye a des arguments à faire valoir. D'abord une défense solide, avec 1 seul but encaissé durant les éliminatoires drivée par le meilleur goal africain de l'année Samir Aboud, capitaine des chevaliers à 39 ans. Elle a également un coach expérimenté en la personne du Brésilien Marcos Paqueta, ancien entraîneur de la sélection saoudienne. Enfin elle peut compter sur un petit nouveau, le milieu d'origine tchadienne Djamal. Celui-ci est le seul joueur de l'effectif à évoluer dans un "bon club" européen, au Sporting Braga où il s'affirme petit à petit.

Dans un groupe A, où le Sénégal part sur le papier avec pas mal d'avance, la Libye devra lutter contre la Zambie qui semble d'un niveau équivalent pour la deuxième place. La Guinée Equatoriale, pays hôte est un cran en dessous. C'est d'ailleurs contre le pays du président Obiang que les Libyens entameront la compétition. Un match qui il y a un encore peu, aurait opposé deux des pires dictatures du continent africain. Les temps changent.

Par Arthur Jeanne
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La dernière phrase n'est pas totalement correcte.

Si je puis me permettre, je pense que le Zimbabwe est le dirigé par le pire dictateur d'Afrique.
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