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L'AFE et son combat pour le droit des footballeurs espagnols

Depuis huit ans, que ce soit par sa Roja ou sa Liga, l'Espagne règne sur la planète du ballon rond. Son football n'en reste pas moins le symbole des inégalités qui frappent la société d'outre-Pyrénées. Des disparités contre lesquels se bat à plein temps l'Association des footballeurs espagnols.

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Son avenir s'annonçait radieux. International avec toutes les catégories de la Roja, Jorge Pina devait prendre la relève de ses aînés du Real Saragosse et, pourquoi pas, rêver d'un destin doré avec la Selección. Quatorze ans après ses débuts professionnels, le constat renvoie l'image d'un échec : « Je joue actuellement dans une équipe de troisième division, en Estrémadure. Avant cela, j'ai connu une période d'un an de chômage qui a pris fin lorsqu'un autre club de la région, le Villanovense, m'a recruté en 2013. » Cette précaire situation, le joueur de l'Arroyo CP la partage avec nombre de ses collègues. Quelques milliers de footballeurs qui, au gré de la crise économique et du laisser-aller des autorités du ballon rond, galèrent à décrocher le graal : un contrat. Un panorama qui inquiète autant qu'il peut surprendre, tant la Roja comme la Liga dominent scènes européenne et mondiale. Depuis désormais cinq ans, l'Asociacion de Futbolistas Españoles se bat aux côtés des ouvriers du football d'outre-Pyrénées en tentant de faire bouger les lois. Et en profitant de soutien de poids que sont Xavi, Iker Casillas, Sergio Ramos ou encore Andrés Iniesta.

En 2011, 70 millions d'euros de salaires impayés


Le 7 mai dernier, l'Espagne se découvre de nouveaux délégués syndicaux. En bons camarades, les stars de la Roja viennent soutenir Luis Rubiales, président de l'AFE depuis mars 2010, face à un décret gouvernemental sur la centralisation des droits télés qui leur semble tronqué. De par leur présence, ils pointent du doigt une énième décision qui ne prend pas en compte les droits des footballeurs. En soi, un sujet redondant qui a poussé à la création de ladite association en 1978. La première direction de l'AFE, menée par l'ancien international Quino, souhaite alors mettre fin à l'omnipotence des clubs, coupables de retenir à vie certains joueurs. « Nous sommes une association au service des footballeurs, rembobine Jesus Diaz, secrétaire général d'une organisation aux 8000 adhérents. Nous promouvons l'union entre les joueurs, nous défendons le développement de leur carrière sportive et nous garantissons le respect de leurs droits sociaux. Les valeurs d'AFE sont : l'union, la proximité, la transparence, l'intégrité et la fermeté. » Dans ses tout nouveaux bureaux de Gran Via, son discours se veut ferme et ses ambitions essentielles.

A contrario de son cousin français qu'est l'UNFP, l'AFE doit, elle, se battre, presque seule, contre un cadre légal qui relègue le footballeur au rang de salarié de seconde zone. Ce combat, elle l'a véritablement entamé en 2010, lorsque la Junta Directiva de Luis Rubiales prend les rênes d'un syndicat à la coquille vide. « Lorsque nous avons pris les commandes, la situation était très, très compliquée, confirme ce même secrétaire général. Avec la crise économique, nous avons dû prendre des mesures drastiques, comme le fait d'annoncer une grève lors de la première journée de la saison 2010 en soutien des joueurs de Segunda B. Plus de 200 joueurs attendaient 4 millions d'euros de salaire… » Une dégradation du marché du travail que confirme Jorge Pina : « La situation des joueurs est pire qu'avant. Il n'y a plus autant d'argent qu'avant, les contrats sont moins importants, et il y a toujours plus de joueurs. En soi, l'économie du football espagnol est à l'image de celle de l'Espagne dans sa globalité. » De fait, en 2011, le montant des impayés, pour plus de 200 joueurs, grimpe à 70 millions d'euros. Une année qui marque, par là même, le premier succès important de l'AFE.

Jesus Diaz : « Les joueurs n'ont pas les mêmes droits que les salariés lambdas »


« La situation du Rayo Vallecano nous a pressés à faire bouger les choses, relance Jesus Diaz. À la fin de cette saison 2011, les joueurs rayistas attendaient que la direction leur règle sept mois de salaire, ce qu'elle a fait. Le club ne pouvait pas être inquiété par la loi, puisqu'à la fin de la saison, il n'avait pas d'impayé. Nous avons réussi à obliger les clubs à payer leurs joueurs à la fin de chaque mois. » Un changement qui prête à sourire, mais qui permet à des centaines de joueur de percevoir des mois d'émoluments en attente. De même, l'association change le règlement de la Fédération : chaque joueur ayant au minimum trois mois d'impayés peut rejoindre un autre club sans pour autant faire une croix sur son dû. Les joueurs au chômage, eux, peuvent profiter des « séances de l'AFE » . « Elle a mis en place des stages durant l'été et l'hiver, avant chaque période de mercato, pour les joueurs sans club, confirme un Jorge Pina qui, en 2013, a retrouvé un club après l'un de ses stages. Ils organisent des stages comme le font les clubs, mettent en place des matchs contre des équipes étrangères pour que les entraîneurs qui le souhaitent viennent nous superviser. »


Remplie d'intentions louables, l'AFE se heurte à des obstacles de poids. Car ses trois interlocuteurs principaux, la Ligue - qui gère la première et la seconde divisions -, la Fédération - en charge des troisième et quatrième - et le Conseil des Sports - l'organisme gouvernemental en charge des sports -, ne rament pas dans son même sens. « Nous avons un rôle plutôt désagréable pour les instances du foot, regrette à demi-mot le secrétaire général. Nous sommes dans une époque où le chômage atteint 25% de la population, où les travailleurs perdent des droits ou luttent pour les conserver. Les joueurs sont affectés par cette situation et, pire, n'ont pas de droits sociaux comme les salariés lambdas. » D'où le recours aux stars du ballon rond espagnol chez qui la solidarité ne fait pas défaut. Suffisant pour inverser le rapport de force ? Jorge Pina reste dubitatif : « Si l'on caricature, nous avons plus de droits, mais aussi plus de problèmes à trouver un club. À mes débuts, il y avait des dizaines et des dizaines de possibilités. Tous les clubs étaient prêts à recruter, ils proposaient des salaires très attractifs. » Le combat de l'AFE s'annonce encore long et semé d’embûches.

Par Robin Delorme, à Madrid
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