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L'abécédaire du CD Mirandés

Il est des épopées improbables que seule la Coupe autorise. Cette année en Espagne, la hype du Roi s'appelle Mirandés, le petit club du Nord du pays vient de faire choire trois équipes de Liga et s'apprête ce soir à recevoir l'Athletic Bilbao en demi-finale aller. Présentation de A jusqu'à Z.

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A comme Anduva: L'enceinte de près de 6000 places des Rojillos, surnommé "pequeño Anfield" dans la ville, est le théâtre du miracle mirandais. Les dirigeants de Mirandés et son entraîneur ont d'ailleurs refusé de quitter leur stade fétiche pour jouer contre l'Athletic ce soir: «  Nous avons beaucoup de socios âgés qui nous suivent depuis des années et pour qui il est difficile de quitter la ville. Nous ne pouvons pas les trahir aujourd’hui que nous écrivons la plus belle page du club. Nous sommes pauvres et nous le resterons, mais au moins nous essayerons de faire plaisir à nos fidèles supporters » . Esto es Anduva!

B comme banque: Le buteur du CD Mirandés, Pablo Infante a une bonne gueule d'employé du mois. La star et capitaine du petit poucet travaille dans une banque et a plusieurs fois refusé de quitter son club pour ne pas perdre son « véritable » travail. Dommage, « Calvo de oro » (le chauve en or) aurait sans douté mérité une chance dans l’élite, mais à bientôt 32 ans, celui qui est marié à une psychologue a pris une décision de père de famille qui lui permet d’allier son travail à la banque et sa passion. Comme Bernard Frédéric.

B comme Bielsa: Ni Mourinho, ni Guardiola. Carlos Pouso, le coach de Mirandes, est un fan inconditionnel de l’Athletic Bilbao et de son futur bourreau, El Loco Bielsa : « C’est un génie, j’aime sa façon de vivre et de penser le football. Je veux être le Bielsa de la segunda B » .

C comme Caneda : César Fernández de las Heras, dit Caneda, est le patron de la défense rojilla. Il est aussi et surtout le seul joueur de Mirandes à avoir connu les joies de l’élite. Athletic Bilbao, Séville, Racing Santander figurent dans un CV qui fait l’admiration de ses coéquipiers. La jalousie aussi ?

D comme Drogue: Miranda De Ebro, cité sans histoire du Nord de l'Espagne, s'est faite connaitre en 2007 à cause d'une étude de l'ONU. Celle-ci révélait que la ville était la deuxième consommatrice de cocaïne du monde derrière New York avec 97 rails journaliers pour 1000 personnes. Pas sûr pour autant que les joueurs carburent à la blanche.

E comme Ephémere : Carlos Pouso, entraineur de Mirandes : « Nous sommes une équipe mûre avec les idées très claires et nous savons où nous allons. Je me charge de répéter à mes joueurs d’où nous venons. Nous savons que tout ça est très éphémère… C’est aussi pour ça que nous n’aurons pas besoin de dépenser nos salaires dans une psychanalyse une fois que tout sera terminé » .

F comme Filière : Même si Mirandés n’a aucun accord de partenariat signé avec l’Athletic Bilbao, Osasuna ou encore la Real Sociedad, les Rojillos accueillent tous les ans des joueurs prêtés ou écartés par ces clubs de l’élite. Résultat : plus de la moitié des joueurs de l’effectif professionnel sont basques.

G comme Guadalajara: La bête noire de Mirandés n'est pas le club mexicain mais son homonyme de Castilla La Mancha qui a privé les joueurs de Pouso d'une accession en deuxième division l'an passé après un match de barrage. Putain de narcos.

H comme historique : Jusqu’à présent, seuls deux autres clubs de D3 avaient réussi l’exploit de se hisser dans le dernier carré de la coupe. Le Deportivo Logrono en 1931 et Figueres (connue surtout pour être la ville natale de Dali) en 2002. Pour l’anecdote, ces deux petits poucets étaient tous les deux tombés face aux futurs vainqueurs de l’épreuve en se faisant éliminer respectivement par l’Athletic Bilbao et le Deportivo la Corogne. Une bien mauvaise nouvelle pour les deux autres demi-finalistes que sont les Valencians et les Barcelonais.

H comme hymne: Parce qu'en Espagne même les clubs sans histoire de Segunda B ont un hymne. La preuve...

Youtube

I comme Infante: Pablo Infante est l'enfant prodigue de Miranda Del Ebro, le capitaine, héros et meilleur buteur historique du club, a déjà marqué 7 buts en Coupe du Roi cette saison. Il est d'ailleurs l'actuel pichichi de la compétition. Solide, le Kid.

I comme Invincibilité : Toutes divisions confondues, Mirandes est l’équipe espagnole avec la série d’invincibilité la plus longue cette saison. L’actuel leader de Segunda B a connu la défaite uniquement lors de la 17e journée de championnat, contre Alaves. La deuxième défaite des Jabatos a eu lieu ce week-end à Ségovie. Carlos Pouso avait décidé de faire souffler ses cadres en perspective de la demi-finale contre l’Athletic Bilbao.

J comme Jabato: En France, les sangliers viennent des Ardennes et ont fait chier pas mal de monde au tournant du millénaire. En Espagne, ils viennent de Castille et Leon, terre natale d’un certain Zapatero. La mascotte de Miranda Del Ebro est en effet surnommée Jabato ("marcassin" en VF). Ridicule ? Pas plus que Germain le Lynx.

K comme Kamikaze : Carlos Pouso, entraineur de Mirandés : « On va sans doute mourir, mais nos adversaires mourront avec nous » . L’inconscience, le moteur des héros.

L comme Lillo : Juanma Lillo, entraineur et grand ami de Guardiola, Cappa et Menotti, a fait son service militaire à Miranda à la fin des années 80. Une période de galère qu’il a mis à profit en entrainant Mirandes avec succès puisque sous ses ordres, les Rojillos furent sacrés champions de Tercera Division (équivalent de la quatrième division française). Détail important : Lillo avait à peine 21 ans… Il est aujourd’hui l’entraineur le plus précoce de l’histoire du football espagnol à avoir réussi à faire monter un club en Segunda B. Costaud.

M comme Matagigantes: « Tueur de géants » , comme le surnom donné en Espagne aux petits poucets qui tombent les gros. L'exploit de Mirandés, qui a déjà viré trois clubs de Liga, est d'autant plus retentissant qu'en Espagne, la Copa del Rey se joue en matchs aller-retour. Calais c'est bien, Mirandés c'est mieux.

N comme Nightclub : Le Club Deportivo Mirandes est né un soir de 1927 à la Perejilera (la Persillère), la seule discothèque de la ville à l’époque. Entre deux chansons, un groupe d’amis un peu éméchés décident de doter la ville d’un club de football capable de rivaliser avec les escouades basques voisines. 85 ans plus tard, il semble que cette rivalité soit remise au goût du jour avec l’affrontement contre l’Athletic Bilbao en demi-finale de coupe du roi.

O comme Obelix: Miranda de Ebro est le petit village qui résiste encore et toujours à l'envahisseur. C'est en tout cas comme ça que Carlos Pouso, fan de littérature gauloise, imagine son équipe. Il file même la métaphore en se comparant à Obélix. Son adjoint Lluis Codina, plus svelte, serait donc lui Astérix.

P comme Carlos Pouso : L’entraîneur miracle de Mirandés, ancien travailleur sur les chantiers navals, vit aujourd’hui un rêve éveillé. Grande gueule et bon client pour la presse, il s’amuse depuis le début de l’aventure à déjouer les pronostics sans se prendre la tête. Il faut dire qu’il en a vu d’autres. Pour réaliser son rêve de devenir entraineur, Pouso avait posé des congés sabbatiques. Problème, il n’avait tenu que quelques mois avant de se faire limoger de son premier banc de touche, celui de l’Eibar. Entre-temps, la boite dans laquelle il avait travaillé pendant 30 ans avait fait faillite. Résultat, il attend encore les indemnités de départ, ce qui ne l’empêche pas d’être aujourd’hui « plus heureux que Mourinho » selon ses propres dires. La vraie révélation de Mirandes, c’est lui.

P comme Prime time : Avec plus de 12% d’audience de moyenne lors de ses matchs contre l’Espanyol Barcelone, Mirandes a fait un score plutôt honorable pour son premier passage en prime time à la télévision espagnole. Contre l’Athletic Bilbao, l’audience devrait être encore plus forte.

Q comme qualification : Cf. "G comme Grosse cote".

R comme River: Le CD Mirandés partage avec les Millonarios une date noire. Le 26 juin 2011, alors que River descendait pour la première fois de son histoire en deuxième division, les Rojillos, eux, manquaient l'occasion de monter pour la première fois à ce niveau. A quelques milliers de kilomètres de distance, les fans des deux clubs pleuraient. L’effet papillon sans doute…

R comme Recette : Pour récompenser les joueurs de leurs parcours himalayesque, le président du club Ramiro Revuelta reversera la moitié de la recette du match qui opposera son club à l’Athletic à ses ouailles.

S comme Segunda division: L'inaccessible étoile, la quête du CD Mirandés. Tout proche d'y parvenir la saison passée, le club de la province de Burgos, leader de son championnat, devrait cette année finir par monter en Liga Adelante pour la première fois de son histoire.

S comme Socios : Comme pour le Barça, le Real Madrid, Osasuna ou l’Athletic Bilbao, le club appartient aux socios. Outre le fait d’élire un président tous les quatre ans, les socios sont aussi les patrons et les argentiers du club. Plus de 50% du budget sort de leur poche. Soit à peu près 600 000 euros. Mes que un club.

S comme Synonymes : Real Union de Irun, Figueres, Alcorcon, Numancia, Alaves…

T comme Tombola : Au Parc Des Princes, il y avait le challenge Wanadoo. A Mirandès, il y a la tombola. Le lot est toujours le même : un jambon. Et tant pis si vous êtes muslim.

U comme Unanimité : Casillas, Piqué, Fabregas, Cuenca, Silva, Mata et même le joueur de basketball Rudy Fernandez ont rendu hommage, via Twitter, à Mirandés le soir de la victoire contre l’Espanyol Barcelone. La palme du message le plus inventif revient au Suédois Henok Goitom, attaquant d’Almeria : «  Je vais ouvrir un compte dans la banque d’Infante. Il transforme tout ce qu’il touche en or » .

V comme Vierzon : "T'as voulu voir Vierzon et on a vu Vierzon". le maire de Miranda De Ebro, sans doute fan de Jacques Brel, a décidé de jumeler sa cité avec la commune du Cher. Pas très glam, sauf que Jacques Delors, aka le paternel de Martine Aubry, a remis à la ville l'étoile d'or européenne.

V comme Villarreal: Comme le premier gros tombé par les Jabatos en coupe du Roi, 3-1 sur l'ensemble des deux matchs. Juan Carlos Garrido, coach des sous-marins jaune, à l’époque pointe aujourd’hui à l'ANPE. Il ne leur dit pas merci.

W comme Walt Disney : Parce que c’est bien joli, mais à un moment il va bien falloir que ça s’arrête un jour… On ne va pas se mentir les épopées de Carquefou , Bourg-Péronnas & co, c’est bon pour Daniel Lauclair et France 3 Régions. Alors Mirandés…

X comme interdit aux moins de 18 ans : L’Athletic, en pleine bourre actuellement, risque bien de mettre une branlée aux bonnes intentions de Mirandés. Le combat entre David et Goliath pourrait se transformer rapidement en véritable film de boules.

Y comme Yes, we can : Le véritable cri de guerre des socios de Mirandés depuis le début de l’épopée est toujours le même : « Si, se puede ! » . La furie et la foi.

Y comme YouTube: Le parcours de Mirandés a coïncidé avec l'explosion de mauvaises vidéos faites par des fans du club sur YouTube. Notamment une compilation des buts de Pablo Infante sur fond de Rage Against The Machine. Un peu comme se taper un Best Of de Cédric Fauré sur fond d'Evanescence...

Z comme Zizanie : La Guardia Civil et les forces de l’ordre s’attendent à un joli foutoir ce soir au stade d’Anduva. Le match entre Castillans et Basques à été classé comme match à haut risque par la commission permanente gouvernementale de la lutte contre la violence, le racisme, la xénophobie et l’intolérance dans le sport. Ce n’est pas un conte de fée mais une demi-finale de Coupe du roi après tout…

PS : Certaines infos sont tirées de l'excellent magazine espagnol Panenka, dont le numéro 5 sort bientôt. Suivez-les sur Twitter !

Par Arthur Jeanne et Javier Prieto Santos
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Pas mal du tout ! Sympa le portrait décalé, même si les petits poucets me gavent...
Article sublime; Thanks So FooT!

Première mi temps catastrophique hier ..contre mon club favori, même si cette belle histoire m'a enthousiasmé.

Qui sait au retour.. :)
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