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Krasnodar, une autre idée de la Russie

L’adversaire de Nice ce soir en Ligue Europa est l’équipe qui monte actuellement en Russie. Fondé il y a moins de dix ans par son président milliardaire, le FC Krasnodar séduit par son ambitieux projet : installer durablement dans le Caucase, loin de Moscou, un club structuré et formateur, loin des éphémères folies à la Anzhi Makhatchkala.

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Krasnodar, un peu moins de 800 000 habitants, dans le nord Caucase, au sud du pays, proche de Sotchi où se sont tenus les derniers Jeux d’hiver. C’est là que Nice se déplace ce jeudi soir. Le journaliste sportif local Fedor Maslov joue les guides touristiques : « C’est une jolie ville, agréable à vivre, avec un climat très doux du fait de sa situation géographique. » Une cité de province que James Ellingworth, correspondant en Russie pour l’agence AP, présente comme « une place économique plutôt secondaire à l’échelle de la Russie. On n’y voit aucun gratte-ciel, la population travaille majoritairement dans le tourisme et l’agroalimentaire.  » C’est dans ce cadre bucolique qu’est en train de se développer à grande vitesse ce qui est déjà considéré comme l’un des meilleurs clubs de football du pays : le FC Krasnodar, né en 2008 de la volonté de son président propriétaire milliardaire Serguei Galitsky de développer son activité dans le sport.


À partir de zéro et avec une simple formation de grossiste, l’homme a développé en moins de vingt ans la première chaîne de grande distribution du pays. L’enseigne Magnit est un monstre avec ses 250 000 employés et ses bientôt 10 000 magasins implantés partout dans le pays, majoritairement dans les petites villes du pays et les banlieues, un peu sur le modèle de la chaîne Walmart, créée par Sam Walton depuis l’Arkansas. « Galitsky a fait sa fortune dans les supermarchés et est resté dans sa ville d’origine de Krasnodar, ce qui en fait un intrus aux yeux des autres super riches de Russie » , observe Ellingworth. Les autres businessmen du pays sont effectivement basés à Moscou ou à Saint-Pétersbourg (voire hors de Russie) et font de l’argent dans le domaine des énergies et du gaz.

Pas un nouvel Anzhi Makhatchkala


Galitsky le provincial travailleur, qui s’est « fait » tout seul loin de la capitale, n’en est pas moins un flambeur à la richesse décomplexée et visible, possédant un yacht aux dimensions incroyables et pouvant sortir tranquillement des déclarations du type « les personnes pauvres le sont parce qu’elles sont paresseuses  » . Son argent, il préfère le consacrer à développer son grand projet : développer son club de football. Lorsqu’il commence à s’y intéresser au milieu des années 2000, il a d’abord pour projet de racheter le club historique de la ville, le Kuban Krasnodar (là où a évolué un temps Djibril Cissé), mais ne parvenant pas à ses fins, il en fonde un concurrent. Le FCK monte en D2 un an seulement après sa création et en élite en 2011.


Depuis, il n’en est plus jamais parti et s’est installé rapidement dans le premier tiers du classement : une cinquième place en 2014 (avec une finale de Coupe de Russie en plus), une troisième place en 2015, une quatrième place au printemps dernier. « Je dirais que le FC Krasnodar est désormais le plus gros club de Russie hors de Moscou ou de Saint-Pétersbourg, situe Fedor. Ses résultats sont intéressants et surtout sa stratégie devrait lui permettre de continuer à s’installer parmi les meilleurs et à viser des premiers titres. Contrairement à l’éphémère projet lancé à l’Anzhi Makhatchkala, il y a la volonté à Krasnodar de ne pas dilapider l’argent dans l’achat de joueurs étrangers, mais plus dans le développement de l’émergence de joueurs locaux. »

Athletic Bilbao, le modèle


Anzhi Makhatchkala : le contre-exemple à ne pas suivre en Russie avec ses recrutements dispendieux, Samuel Eto’o en tête, pour que finalement les dirigeants prennent conscience un peu tard qu’on ne bâtit pas un club et un palmarès seulement à coups d’indemnités de transfert XXL et de salaires indécents. Dans la Russie de province, il y a aussi le cas du Rubin Kazan qui a placé le Tatarstan pendant un temps au sommet de la hiérarchie nationale (deux titres de champion en 2008 et 2009), avant de sérieusement rentrer dans le rang à force d’erreurs stratégiques et de recrutements mal ciblés. Au FC Krasnodar, on veut se servir de ces expériences récentes pour proposer autre chose : si Galitsky a potentiellement la fortune pour faire le malin au mercato, il préfère viser le moyen et long terme en mettant des ronds dans les infrastructures – un nouveau stade de 36 000 places doit être inauguré dans les prochaines semaines – et l’école de football.


« Le centre de formation, c’est son grand projet, constate Fedor. Il l’a souvent dit, son grand rêve serait qu’il n’y ait que des joueurs locaux formés au club à jouer dans l’équipe première.  » Une sorte d’Athletic Bilbao du Caucase, voulue par Galitsky qui, en matière de stratégie, en connaît un rayon, lui l’ancien compétiteur d’échecs. « C’est un grand planificateur, il voit très loin. En Russie, il n’y a que le Spartak Moscou comme autre club à être propriétaire de ses infrastructures, tous les autres reçoivent de l’argent des compagnies d’État ou de gouvernements régionaux » , note James Ellingworth.

Tombeur de Dortmund la saison dernière


Une indépendance salutaire, qui doit lui permettre des réussites futures, mais qui crée aussi quelques inimitiés. C’est ainsi qu’à la surprise générale, Krasnodar n’a pas été retenue comme ville-accueil pour la Coupe du monde de football, malgré sa taille relativement imposante, un tout nouveau stade, une bonne popularité locale pour le football et la présence en élite de deux clubs de la ville (une exception en Russie). « Galitsky n’a pas forcément d’ennemis, mais il ne semble pas non dans les petits papiers du pouvoir à Moscou. Ce n’est pas quelqu’un qui a des ambitions politiques » , croit savoir James Ellingworth.


Malgré ce léger climat de défiance, c’est bien à Krasnodar qu’est en train de se développer un excitant projet pour un football russe qui n’est, d’une manière générale, pas en grande forme actuellement : un championnat qui peine à séduire hors de Russie, une stagnation des résultats sur la scène continentale et surtout une sélection qui fait peine à voir. Quelques joueurs de Krasnodar ont déjà intégré l’équipe nationale – dont Fyodor Smolov, le danger offensif numéro 1 – ainsi que les sélections de jeunes. Et en seulement deux campagnes de Ligue Europa, le club s’est tout de suite bâti une jolie réputation en obtenant quelques victoires de prestige contre la Real Sociedad, Everton ou encore le Borussia Dortmund en phase de poules la saison dernière. C’est peut-être bien l’avenir du football russe que s’apprête à affronter l’OGC Nice.

Par Régis Delanoë
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pablolagachette Niveau : Loisir
Je suis foncedé ou le journaliste local du début de l'article c'est le même gars que l'attaquant de la fin de l'article ?
Régis Delanoë Niveau : DHR
Y a eu coquille ! C'est corrigé ;)
"un club structuré et formateur"... Formateur? Combien de joueurs locaux alignes dans l'equipe ce soir contre Nice? 3 ou 4 russes seulement dans le 11 de depart, et surement pas tous issus du centre de formation.
яtibordeaux Niveau : Loisir
"et la présence en élite de deux clubs de la ville (une exception en Russie)"

Hmm, le Kuban Krasnodar est descendu l'année dernière en FNL, et Moscou a tout de même 3 clubs dans l'élite !
Bon article sinon !
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